Intervention de Général Christian Rodriguez

Réunion du mercredi 13 mai 2020 à 11h30
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale :

Compte tenu des achats de masques et des matériels de protection, nous avons dépassé le budget initial d'environ 48 millions d'euros. Le dégel de la mise en réserve – 51 millions d'euros – permettrait de couvrir cet écart. Je n'ai pas d'information sur les abondements éventuels. Nous avons dépensé ce qu'il fallait, le plus raisonnablement possible.

Je n'ai pas évoqué une montée en puissance du budget de la réserve. Le budget national pour 2020 est comparable à la gestion 2018. À la suite de l'automatisation de notre système de paie, nous avons, une année, payé treize mois de budget de réservistes, en sorte qu'une comparaison d'une année sur l'autre était peu pertinente. Le budget de 2019 n'a pas été très bon, un défaut de maîtrise de la masse salariale nous ayant contraints à piocher dans le budget de la réserve. Au titre II, l'essentiel des marges dont je dispose réside dans le budget de la réserve opérationnel et dans le décalage flux. L'augmentation des besoins IJAT en 2019, en partie liée au niveau d'engagement des escadrons dans la crise des gilets jaunes, a nécessité une compensation sur le budget de la réserve. La baisse de crédits observée dans le Finistère peut par ailleurs être imputable au fait que la totalité des crédits ne soit pas encore descendue de la région, puisque c'est elle qui attribue les crédits aux départements.

L'opération « #Répondreprésent » a vocation à être pérennisée. Je ne suis pas sûr qu'en Corse, on continue à apporter des médicaments aux anciens, mais l'état d'esprit doit demeurer. La gendarmerie n'ayant de sens que si elle est proche des gens, nous devons entendre les critiques de la population et des élus afin d'apporter des améliorations. Les actions engagées par Richard Lizurey, mon prédécesseur, doivent être poursuivies, prolongées et accélérées. Notre stratégie « GEND 20.24 » érige un principe simple mais exigeant : « Pour la population, par le gendarme ». Or les attentes ne sont pas identiques dans les Pyrénées ou dans le nord de la France. Nous avons besoin du regard critique des élus et d'expérimentations pour être encore plus performants.

Les réservistes éprouvent un sentiment de frustration. Nous avons engagé 4 000 réservistes opérationnels disposant de contrats d'engagement à servir dans la réserve opérationnelle (ESR) à la faveur de l'opération de réouverture des agences postales. Compte tenu du faible taux d'attrition, la ressource était disponible, mais je n'ai pas voulu dépenser un budget dont j'ai anticipé le besoin pour l'été. La sociologie sera peut-être différente, avec moins de touristes venant de l'étranger, mais davantage de Français qui resteront en France. Nous aurons parfois besoin de renforts et je serai très heureux de pouvoir compter sur nos réservistes.

Des violences à l'encontre des gendarmes, comme celles constatées au bord du canal Saint-Martin, sont dues à une certaine irritation. S'il faut réviser la doctrine pour être davantage en sécurité, nous le ferons.

Le désir d'une autre formule de logement n'est pas le fait des jeunes, mais de ceux qui, à force de mutations, sont revenus dans leur région d'origine et souhaitent habiter dans leur logement avec leur famille plutôt qu'à la gendarmerie. Mais quelle limite de distance fixer à la possibilité d'habiter son propre logement ? Quelle application faire du droit du travail ? Si le gendarme est en mesure d'intervenir immédiatement, c'est parce qu'il habite sur place et parce qu'il est militaire. Modifier l'un des deux critères reviendrait à transformer la gendarmerie en police nationale. Quand on est gendarme, on est militaire et on habite sur place. En corollaire, on doit disposer de logements corrects. J'ai fait déménager une brigade complète le mois dernier après avoir vu des photos de logements dans un état inadmissible. Nous regarderons de près la situation sur le territoire national. Les taudis ne doivent plus être acceptés.

À l'évidence, les violences intrafamiliales sont sous-évaluées. L'augmentation du nombre des dépôts de plaintes n'est que de 3,8 %, mais les femmes confinées avec leur conjoint violent ne peuvent venir déposer plainte. La proximité avec les plus vulnérables permet d'avoir à une meilleure vision du phénomène. J'ai proposé au ministre de l'intérieur de transformer nos brigades de prévention de la délinquance juvénile en brigades de protection de la famille, en ajoutant des effectifs et en en créant dans des départements où il n'y en a pas, afin d'avoir davantage de gendarmes spécialisés dans les violences intrafamiliales : là où les enfants sont battus, la femme l'est souvent aussi, et vice-versa. Nous devons être davantage présents, détecter et intervenir plus rapidement. À cet effet, nous collaborons avec des associations, comme e-Enfance.

La crise nous permet de repérer les retouches à apporter dans les réformes engagées. Des officiers et sous-officiers du corps de soutien de la gendarmerie sont des logisticiens. Dès la première semaine, j'ai demandé à une cellule de retour d'expériences de suivre la crise avec un regard extérieur, afin de préserver les bonnes pratiques. Le livre blanc commandé avant la crise devra naturellement être modifié et enrichi à la lumière des enseignements de la crise.

Afin de renforcer le maillage territorial, je voudrais revoir certaines méthodes. Des réservistes pourraient garder leur arme à la maison, ce qui permettrait, en cas de nécessité, de réagir dans les dix minutes, ce qui laisserait le temps d'envoyer la brigade. Les Suisses laissent bien leurs armes aux réservistes. La proximité, c'est aussi une présence « bleue » plus rapide.

Une LOSPI nous aiderait à remplacer les VBRG et les hélicoptères. Une étude est en cours sur les besoins de la gendarmerie pour les dix à quinze prochaines années afin de permettre au ministre de fixer des priorités et de proposer des choix budgétaires appropriés.

Quand une brigade vient d'être construite, une pléthore de gens souhaite y être affectée. Si le montage financier de la construction d'une caserne est bon, les collectivités ne sont pas perdantes mais l'équilibre n'est pas immédiat. Soutenir l'investissement des collectivités favoriserait une relance du secteur du bâtiment.

J'ai reporté la relève des escadrons en outre-mer pour éviter un trou dans la ressource opérationnelle. Nous nous sommes inspirés du protocole des armées. Pour les destinations où est prévue une quatorzaine, comme la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, nous testerons les gendarmes avant leur départ. Ceux testés positifs resteront et les autres placés en quatorzaine sur place. Pour les autres destinations, nous testerons et placerons les gendarmes en quarantaine avant. Nous ne l'avons pas encore fait, parce que j'avais besoin de beaucoup de monde sur le terrain.

Pour le port du masque et des visières, nous appliquons la directive gouvernementale. Vous avez raison d'évoquer le devoir d'exemplarité. Nous avons fait une réunion de calage des normes et des doctrines afin que les gens de terrain sachent quand porter le masque. Dès lors qu'on n'est pas capable d'être à plus d'un mètre, notamment dans un véhicule, il faut en mettre un.

Nous avons 4 100 gendarmes départementaux outre-mer et 21 escadrons hors renfort, ce qui représente un palier haut. Ces deux dernières années, au travers des plans Mayotte et Guyane, nous avons accru les effectifs de 250 gendarmes. Les moyens sont suffisants. Nous avons toujours deux escadrons d'alerte prêts à être projetés, mais nous en constituerions davantage en cas de besoin. Nous faisons des projections intra-théâtre, entre La Réunion et Mayotte, par exemple. Un gendarme mobile effectue un déplacement outre-mer tous les quinze mois, puisque les CRS n'y vont plus depuis des années.

Je viendrai avec grand plaisir poser la première pierre à Champagney. La caserne date de 1973. Après bien des atermoiements, nous en sommes à l'agrément du terrain et la livraison est envisagée pour 2022 ou 2023.

Nous avons 300 drones. Nous observons en direct, sans enregistrer de données : il faudrait pour ce faire un texte juridique.

Nous affectons des militaires du corps de soutien de la gendarmerie dans les unités pour absorber la charge administrative des gendarmes, comme à Guérande et à Persan.

Enfin, je n'ai pas de difficultés de stock pour les escortes au tribunal, et les masques continuent à arriver.

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