Intervention de Alice Guitton

Réunion du mercredi 7 octobre 2020 à 17h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie :

Ces sujets sont relativement hermétiques l'un à l'autre. La manière dont nous coopérons avec ces pays sur l'un ou l'autre sujet diffère. Il y a un certain cloisonnement. Au demeurant, l'Allemagne est faiblement engagée dans EMASoH.

La dernière question portait sur la présence chinoise en Afrique, et sur nos stratégies vis-à-vis de Djibouti et d'autres endroits importants où nous avons des intérêts à protéger. Il existe plusieurs phases dans l'appréhension de cette situation. Tout d'abord, il s'agit d'être capable d'observer, d'anticiper et de surveiller là où sont nos intérêts majeurs, et de se donner la bonne mesure de ce que Pékin est capable de faire, est en train de faire, ou pourrait souhaiter faire.

Cela implique une consolidation d'informations, au niveau national, mais aussi avec nos partenaires. Nous avons notamment engagé un rapprochement et des échanges d'informations en P3, avec les États-Unis et le Royaume-Uni, mais également dans le cadre de l'IEI. Nous partageons ainsi notre appréciation de ce qui se passe en Afrique, et de ce que les Chinois peuvent être tentés d'y exercer comme influence, à travers des leviers économiques, des acquisitions, l'imposition d'un certain nombre de normes et de standards, à travers la 5G, des prises d'intérêt sur les structures portuaires et aéroportuaires, voire des manœuvres de désinformation.

Les leviers que nous pouvons utiliser en retour sont évidemment la richesse des coopérations bilatérales que nous avons nouées sur le continent, notre crédibilité opérationnelle, les liens historiques et les accords de défense sur lesquels tout ceci s'adosse. En ce qui concerne Djibouti, il s'agit de faire en sorte que les Djiboutiens aient les yeux ouverts sur ce que la France et la Chine proposent respectivement. Les propositions et demandes chinoises sont parfois assorties de pressions ouvertement agressives.

De telles pratiques nécessitent pour les contrebalancer une coordination renforcée des Européens et des Occidentaux.

De manière plus générale, j'observe que les routes de la soie chinoises n'ont pas simplement vocation à s'arrêter à la façade orientale de l'Afrique, mais potentiellement à traverser le continent, et à rejoindre l'Atlantique. Il s'agit évidemment d'une source de préoccupation significative pour nous, ce qui n'exclut pas que certains programmes de coopération chinois puissent être bénéfiques. Pour l'ensemble de ces questions, un dialogue franc avec Pékin est nécessaire, afin d'établir une base de réciprocité dans la construction des relations sur place.

Nous espérons également une attitude responsable de la Chine dans le cadre de ses responsabilités de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU. Le président de la République a très clairement invité Pékin à faire plus pour l'Afrique, y compris en matière de réponse au changement climatique ou d'allégement de dettes. La Chine bénéficie de leviers économiques, et si elle souhaite être un acteur international responsable, il s'agit d'une mesure intéressante et constructive à envisager.

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