Intervention de Luc Chatel

Réunion du jeudi 4 novembre 2021 à 17h00
Commission d'enquête chargée d'identifier les facteurs qui ont conduit à la chute de la part de l'industrie dans le pib de la france et de définir les moyens à mettre en œuvre pour relocaliser l'industrie et notamment celle du médicament

Luc Chatel, ancien député, ancien secrétaire d'État chargé de l'industrie et de la consommation, président de la Plateforme de la filière automobile :

Les ventes accusent un net recul. Malheureusement, cela risque de perdurer. D'une part, les consommateurs s'inscrivent dans une logique de report d'achat liée à l'incertitude des choix technologiques à venir. D'autre part les ruptures d'approvisionnement de l'ensemble de la chaîne (notamment pour les semi-conducteurs) créé des dérèglements considérables. Elles ont pour conséquence la perte de 10 millions de véhicules pour l'industrie automobile au niveau mondial cette année, dont 5 millions en Europe. Renault a ainsi annoncé la perte de 500 000 véhicules. S'y ajoute la hausse considérable du prix de matières premières (doublement du prix de l'acier, multiplication du coût du fret maritime par dix). De tels évènements ne sont pas propices à de bonnes relations entre les acteurs d'une filière, quelle qu'elle soit. Par ailleurs, le prix des automobiles continuera d'augmenter dans les prochaines années, de façon marquée, à cause des choix politiques européens. Un véhicule thermique de gamme moyenne assemblé en France comprend 15 000 euros de valeur ajoutée liée aux achats du constructeur auprès de ses sous-traitants (hors assemblage). Cette valeur ajoutée sera de 23 000 euros pour un véhicule électrique. Ces écarts de prix ne peuvent pas être absorbés par des gains de productivité, car les fournisseurs ne peuvent pas obtenir des gains de l'ordre de 50 % en quelques années seulement. Ces conditions structurelles et conjoncturelles sont de nature à créer des tensions au sein de la filière.

En outre, il ne faut pas oublier que l'exemple de la filière aéronautique tient aussi au fait que les deux donneurs d'ordres ne sont pas concurrents entre eux, mais engagés dans une relation client-fournisseur. À l'inverse, les deux donneurs d'ordre du secteur automobile sont frontalement en concurrence, de même que les équipementiers. Travailler collectivement en est d'autant plus compliqué. Il est toutefois possible de remédier à cette situation. Des avancées ont déjà été obtenues en la matière, avec l'adoption d'un code de bonnes pratiques. Sa mise en œuvre et son respect sont un combat quotidien. Néanmoins, la Plateforme de la filière automobile (PFA) contribue à nouer des collaborations avec ses acteurs. Par exemple, alors que Renault et PSA sont concurrents sur le projet de batterie, ils travaillent conjointement sur la 5G. De tels exemples sont nombreux. Les tensions au sein de la filière n'en restent pas moins une réalité au regard de la situation actuelle.

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