Intervention de Laurent Ridel

Réunion du mercredi 15 septembre 2021 à 14h30
Commission d'enquête sur les dysfonctionnements et manquements de la politique pénitentiaire française

Laurent Ridel, directeur de l'administration pénitentiaire (DAP) du ministère de la justice :

Je souhaiterais citer trois chiffres en la matière, permettant de nous resituer par rapport au contexte européen :

Le taux d'incarcération français, de 105 pour 100 000 habitants, se situe dans la moyenne du conseil de l'Europe. La justice française n'est donc ni plus laxiste ni plus répressive que la moyenne du Conseil de l'Europe.

Le taux de probation français est de 265 pour 100 000 habitants. Seule l'Angleterre fait plus. Ces deux chiffres montrent que le recours massif à la probation n'entraîne pas une diminution mécanique du taux d'incarcération. En Angleterre, les taux d'incarcération et de probation sont tous les deux très élevés. La réponse pénale française arrive immédiatement après celle de l'Angleterre. Le nombre de personnes prises en charge par l'administration pénitentiaire française est extrêmement élevé par rapport à la moyenne européenne.

Le taux de densité carcérale française – 115 % d'occupation – nous place en cinquième position en partant de la fin, devant la Turquie, Chypre, l'Italie et la Belgique. La surpopulation se concentre en maison d'arrêt – 130 à 135 % selon les régions. Au regard de la situation européenne, la problématique française est donc celle du surencombrement.

Nos publics détenus ou probationnaires présentent souvent les mêmes caractéristiques. Il s'agit d'une population relativement jeune, en moyenne 32-33 ans. Le nombre de mineurs n'a quant à lui pas augmenté depuis vingt ans : il oscille entre 600 et 800. Depuis une vingtaine d'années, la PJJ – protection judiciaire de la jeunesse – a développé un système intermédiaire dans la prise en charge des mineurs entre la mesure en milieu libre et l'incarcération.

Cette population est essentiellement masculine. Il n'y a que 3 à 4 % de femmes en détention, contre un taux de 5 à 6 % en Europe. La moitié des actes de délinquance sont des actes de violence, phénomène qui se développe. Le reste des actes de délinquance est constitué de trafic de stupéfiants, de vols avec violence, de délinquance routière, de vols simples, etc.

Du point de vue des caractéristiques socioprofessionnelles, ce public est carencé dans tous les domaines : carences éducatives, carences psychologiques et psychiatriques non traitées, carences professionnelles, etc. Dans la sphère privée, le parcours affectif et familial est souvent très cabossé ; peu de personnes incarcérées disposent d'une situation amoureuse et familiale stable. La prison arrive souvent en dernier ressort face à un public aux caractéristiques particulièrement lourdes en ce qui concerne la prise en charge.

Par ailleurs, ce public suit les évolutions de la société. Je ne pense pas que les détenus soient plus difficiles actuellement. La prison est un lieu difficile de tout temps. Les menaces sont différentes. On craint plus actuellement les actes de violence individuelle et les actes de personnes souffrant de troubles psychiatriques, que les personnels ont beaucoup de mal à anticiper et à accepter. Cependant, le phénomène d'individualisme qui a gagné notre société a gagné également les détenus, ce qui est à notre bénéfice. Il n'y a plus de mutineries organisées, comme dans les décennies 1970-1980, sur fond de revendications politiques. Ces actes sont devenus rares. En revanche, les incidents individuels sont plus présents. C'est la raison pour laquelle je souhaite mettre en place un grand plan de lutte contre les violences.

Enfin, la durée de détention effective a augmenté. Elle est actuellement de onze mois, contre neuf mois auparavant.

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