Intervention de Jean-Marc Fourcault

Réunion du mardi 26 octobre 2021 à 18h15
Commission d'enquête sur les dysfonctionnements et manquements de la politique pénitentiaire française

Jean-Marc Fourcault, aumônier national témoin de Jéhovah :

Depuis 2014, l'aumônerie du culte des témoins de Jéhovah apporte une réponse aux demandes d'assistance spirituelle exprimées dans la quasi-totalité des établissements pénitentiaires de métropole et d'outre-mer. Dès le départ, notre aumônerie s'est organisée en s'adaptant au caractère déconcentré des administrations pénitentiaires avec un aumônier national également chargé de l'outremer, des aumôniers régionaux et locaux, soit un total à ce jour d'environ 230 intervenants agréés, dont 35 femmes et 195 hommes. Je précise que cet effectif s'avère actuellement suffisant tant sur le plan de la répartition géographique que pour faire face au nombre de personnes qui sollicite l'assistance spirituelle d'un de nos ministres du culte.

Nos aumôniers ont entre 33 et 74 ans, 75 ans étant l'âge-limite pour exercer cette fonction. Les deux tiers d'entre eux mènent une vie active sur le plan professionnel et sont par exemple artisans, fonctionnaires, salariés du secteur privé, chefs d'entreprise, etc. Le troisième tiers est composé de retraités. L'ancienneté moyenne des aumôniers témoins de Jéhovah est de cinq ans. D'un point de vue religieux, tous assument des responsabilités ou des missions cultuelles au sein de leur assemblée de fidèles. Dans leur grande majorité, nos aumôniers sont de nationalité française. Quelques-uns disposent de titres de séjour réguliers ou sont citoyens d'un des pays de l'Union européenne.

Les aumôniers témoins de Jéhovah considèrent que leur activité cultuelle en tant que telle représente une composante de leur sacerdoce et de leur dévotion à Dieu. C'est sur cette base qu'ils financent eux-mêmes les dépenses occasionnées par leur activité d'aumônerie. De cette position de principe découlent trois effets sur leur statut. Premièrement, les aumôniers disposent déjà d'une couverture d'assurance maladie et de retraite liée à leur régime social. Aucun d'eux n'est demandeur d'un quelconque statut. Le deuxième effet a trait au budget national. En effet, lorsqu'en 2014, la DAP – direction de l'administration pénitentiaire – a proposé à l'aumônerie des témoins de Jéhovah de bénéficier comme les autres aumôneries d'un remboursement, même partiel, des dépenses d'aumônerie comme prévu par la loi, elle a décliné cette proposition. Vous l'avez compris, les aumôniers témoins de Jéhovah sont bénévoles.

La formation initiale et continue est au cœur des préoccupations et de l'action de notre aumônerie. Elle est dispensée individuellement lors de l'agrément puis lors de sessions nationales biennales. Elle s'articule autour de sujets tels que la connaissance et la compréhension du rôle et des règles de fonctionnement de l'institution pénitentiaire, à travers un examen minutieux des textes de référence, par exemple, les circulaires de l'administration pénitentiaire. La traduction pratique du principe de laïcité dans l'action de l'aumônier et les modalités de l'assistance morale et spirituelle aux personnes privées de liberté sont également examinées en profondeur. Je soulignerais aussi le rôle des aumôniers régionaux dans la formation continue des aumôniers de leur région pénitentiaire, y compris à travers un accompagnement sur place. Ces formations internes ne remplacent pas les formations que l'administration pénitentiaire dispense à tous les aumôniers, mais elles s'y ajoutent simplement.

Au quotidien, notre aumônerie adapte ses interventions aux sollicitations et besoins exprimés par les personnes détenues. Il s'agit souvent d'entretiens individuels, d'offices cultuels, d'échanges de courriers ou encore de réponses aux appels téléphoniques au numéro vert gratuit qui est en fonctionnement sept jours sur sept à l'initiative de l'administration pénitentiaire. Les sollicitations de certaines personnes détenues conduisent parfois nos aumôniers locaux à sortir de leurs fonctions religieuses et investir un rôle social. D'une manière générale, les aumôniers témoins de Jéhovah font le choix de s'en tenir au périmètre d'assistance spirituelle défini par les lois et textes réglementaires. Ils restent cependant attentifs aux aspects sociaux et signalent par exemple aux fonctionnaires de la pénitentiaire tout risque de passage à l'acte d'une personne détenue, soit contre sa propre vie, soit contre celle d'une autre personne.

Généralement, les infrastructures mises à notre disposition nous conviennent, dès lors que les rencontres peuvent se tenir dans un endroit propice au recueillement religieux et garantissant la confidentialité.

La contribution des aumôniers témoins de Jéhovah face au défi de la radicalisation en prison se manifeste dans les valeurs chrétiennes qu'ils partagent : la non-violence verbale et physique, le respect de l'intégrité physique et de la liberté de l'autre, autant de facettes de l'amour du prochain décrit par l'évangéliste Jean, dont je cite à présent l'épître : « Nous devons aimer non seulement en paroles ou par des discours, mais par des actes et avec sincérité. » J'ajoute que, lorsqu'un aumônier a connaissance de l'existence de pressions de nature radicalisée sur une personne détenue, il se fait un devoir d'assurer une transmission rapide de cette information à l'autorité pénitentiaire compétente, quitte à s'en charger lui-même.

Nous avons identifié deux axes d'amélioration pour garantir le libre exercice du culte en détention. Il conviendrait tout d'abord de réduire les délais d'instruction et de réponses de l'administration pénitentiaire et des préfectures dans le cadre de nos demandes d'agrément. En effet, ces délais sont souvent longs et ont pour effet de priver des personnes détenues de l'assistance spirituelle du culte de leur choix. Le deuxième axe d'amélioration identifié concerne les délais liés au temps d'attente et au nombre de dysfonctionnements constatés dans les établissements entre l'arrivée de l'aumônier et la rencontre avec la personne détenue. Ce temps est long et a également pour effets de priver ces personnes de la durée d'attention dont elles ont besoin ou d'aboutir purement et simplement à l'annulation d'échanges prévus avec d'autres personnes.

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