Intervention de de développement économiques

Réunion du mercredi 16 décembre 2020 à 9h30
Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire

de développement économiques :

Les prévisions que je vais vous présenter intègrent une approche internationale et ont été publiées le 1er décembre dernier.

Nous avons retenu plusieurs hypothèses. Premièrement, l'année 2021 au moins serait nécessaire pour que la population des pays de l'OCDE soit vaccinée, et la population des pays développés serait vaccinée plus vite que celle des pays émergents. Deuxièmement, les restrictions applicables à certaines activités seraient maintenues au premier, voire au second semestre, de façon à éviter une politique de stop and go et à contrôler au mieux l'épidémie. L'horizon 2021 reste ainsi très incertain. Les politiques économiques doivent donc continuer à soutenir l'économie toute l'année 2021 au moins.

Jean-Luc Tavernier a déjà évoqué l'indice de restrictions élaboré par l'université d'Oxford, qui prend en compte la fermeture des écoles, les interdictions de rassemblements et le télétravail. C'est une réalité assez disparate selon les pays, mais la mobilité des individus a de nouveau ralenti lors de la deuxième phase de la crise, même si ce ralentissement a été moindre que durant la première phase.

Nos prévisions de reprise sont plus optimistes que celles de la Banque de France et de l'INSEE, car elles intègrent les données relatives à la Chine, qui sont favorables. La trajectoire du produit mondial brut est inférieure à celle que nous avions prévue l'année dernière, mais nous devrions assister à une reprise progressive, au fur et à mesure de la levée des restrictions à la mobilité. Évidemment, de nombreuses incertitudes demeurent. Notre scénario le plus optimiste se fonde sur un déploiement rapide des vaccins et sur une reprise anticipée de la confiance, tandis qu'à l'inverse une nouvelle flambée de l'épidémie, la persistance de restrictions et la perte de confiance des ménages et des entreprises conduiraient à une reprise moins rapide.

Nos projections conduisent à deux principaux constats : premièrement, la croissance devrait être négative pour tous pays de l'OCDE en 2020 ; deuxièmement, ils ne rattraperont pas en 2021 la totalité de la croissance perdue, sauf la Chine et la Corée du Sud. La reprise dans les pays situés dans la zone euro et en Amérique latine serait plus lente. Nos prévisions concernant l'Allemagne sont prudentes, en partie parce que la question de la capacité d'investissement y est un peu plus compliquée.

Pour ce qui est de la France, par rapport aux prévisions de la Banque de France qui viennent de vous être présentées, l'OCDE s'attend à un rebond plus important en 2021, mais moins fort en 2022. Les prévisions sont hétérogènes entre les pays : d'un côté, les pays de la zone euro et latino-américains, dont la croissance sera très heurtée entre 2019 et 2021, et, de l'autre, la Chine.

Quant aux risques, nous ne sommes pas non plus à l'abri de bonnes surprises. La hausse des dépôts bancaires, qui constitue une approximation du taux d'épargne liquide, est spectaculaire dans l'ensemble des pays de la zone, puisque tous ont, d'une façon ou d'une autre, mis en œuvre des politiques de soutien aux salaires et aux ménages, en une période où il était difficile de consommer. En cas de retour de la confiance, cette accumulation de liquidités pourrait permettre une forte hausse de la consommation.

À ce titre, l'écart entre la prévision de consommation privée que nous avions réalisée au troisième trimestre 2020 avec celle réalisée quelques mois plus tôt, au deuxième trimestre – ce que l'on appelle la « surprise de consommation » – est nettement positif : en sortie de confinement, les ménages ont ainsi beaucoup consommé, bien plus que ce à quoi s'attendaient les économistes.

Le taux de liquidité des ménages américains a explosé, car le gouvernement américain a très largement soutenu les ménages, parfois au-delà de ce qu'ils pouvaient dépenser ; néanmoins, comme la politique budgétaire est assez incertaine aux États-Unis, la surprise de consommation a peut-être été un peu moins forte, par exemple, qu'en France.

Le marché de l'emploi nous inspire toujours des inquiétudes. Le nombre d'heures travaillées pendant le confinement a diminué dans des proportions importantes. Cela reste vrai même lorsque l'on s'intéresse aux données les plus récentes. Au mois d'octobre, alors que les pays de l'OCDE n'étaient pas reconfinés, le nombre d'heures travaillées restait inférieur au niveau d'activité habituel.

Les données dont nous disposons, qui concernent en l'occurrence principalement des pays anglophones, soulignent de plus que le nombre d'offres d'emploi publiées a fortement chuté au mois d'avril. La situation s'est progressivement rétablie, jusqu'au mois d'octobre, sans revenir aux niveaux habituels, avant de se dégrader de nouveau, en particulier dans les secteurs de l'hôtellerie-restauration, des loisirs, et, plus généralement, dans tous les métiers qui nécessitent un rapport humain. Cela reste peu rassurant, et nous craignons que cette situation, caractérisée par des difficultés durables, ne laisse des cicatrices sur le marché de l'emploi.

En dépit du soutien apporté par les gouvernements, les analyses faites sur les entreprises dont les bilans étaient sains montrent que les plus petites et les plus jeunes, souvent innovantes, sont particulièrement touchées par la crise. Cette situation accentue la menace sur l'emploi.

Le niveau de la dette des entreprises non financières est revenu à un niveau équivalent ou supérieur à celui de 2009. Ce n'est pas particulièrement inquiétant en ce qui concerne les pays avancés, où les banques centrales jouent un rôle de soutien. C'est plus préoccupant dans les pays émergents, dont les banques centrales n'ont pas les mêmes capacités d'intervention.

J'appelle votre attention sur les risques pesant plus spécifiquement sur la situation des jeunes et des enfants, qui constituent les classes d'âge les plus durement touchées par la crise.

En 2019, le taux de chômage des jeunes n'était toujours pas revenu à son niveau de 2007, son niveau d'avant la crise financière. Il va sans dire que la crise actuelle aura un impact supplémentaire sur cette situation déjà fragile.

Par ailleurs, nous risquons de créer d'autres « générations perdues », en plus de celle qui entre actuellement sur le marché du travail, notamment celle des enfants actuellement à l'école. Si les données dont nous disposons soulignent que les enfants des ménages favorisés ont brièvement décroché au début du confinement mais sont rapidement parvenus à s'adapter et à suivre les cours grâce aux outils en ligne, les enfants des ménages les plus défavorisés ont éprouvé des difficultés bien plus grandes à suivre les enseignements. Cette situation accentue des inégalités et des disparités sociales déjà très fortes. Ces observations, fondées sur des données hebdomadaires des États-Unis, valent également pour d'autres pays de l'OCDE.

Nos recommandations portent prioritairement sur la communication des gouvernements à propos des politiques publiques de santé, et ce pour deux raisons. Premièrement, une part significative des populations des pays de l'OCDE n'a pas adhéré aux mesures de traçage des contacts et d'isolation. Deuxièmement, si la méfiance envers un vaccin diminue au fil du temps et si son acceptabilité augmente, la France est particulièrement mal classée au regard de ces deux paramètres ; il y a là un véritable enjeu.

De plus, les gouvernements doivent absolument continuer de soutenir entreprises et ménages tant que la croissance n'aura pas retrouvé un niveau suffisant. Lors de la dernière grande crise financière, l'erreur de politique économique commise ne tenait pas à une insuffisance du soutien à l'économie pendant la crise mais au resserrement du soutien dès les années 2010 et 2011.

Cette erreur ne doit pas être répétée en 2021 ou en 2022, d'autant que nous en avons les moyens, compte tenu du coût bien plus réduit de la dette. Je ne dis pas qu'il ne faut pas se préoccuper du niveau de celle-ci, dont l'encours a fortement augmenté, et il est très important de veiller à la qualité de la dépense publique afin d'élever le potentiel de croissance. Nous avons toutefois les moyens de continuer à soutenir l'activité, car le coût de la dette est bien moins élevé actuellement qu'en 2014.

Je vois ainsi deux axes principaux. Le premier est de soutenir le revenu des ménages les plus frappés par la crise, notamment l'emploi à bas salaire, qui s'est effondré avec la crise sanitaire et qui n'a pas retrouvé son niveau antérieur. Actuellement, environ 35 % de cette population doivent avoir recours à des banques alimentaires pour se nourrir. Le second concerne l'éducation, car comme j'ai eu l'occasion de le relever, nous risquons de créer de nouvelles « générations perdues ». Le problème n'est certes pas uniquement financier, mais les données disponibles montrent tout de même que les écoles situées dans les milieux défavorisés disposent de moins de personnel éducatif, et de moins de matériel qu'ailleurs. Si cela se vérifie moins en France, notre pays présente d'autres caractéristiques : notre système pédagogique est ainsi l'un de ceux dans lesquels les professeurs passent le moins de temps à discuter de pédagogie au sein de l'institution.

Enfin, nos autres recommandations portent sur la transition énergétique et le développement des technologies digitales, que je n'ai pas le temps de vous détailler ici. J'insiste néanmoins : une question essentielle pour assurer la soutenabilité de la dette réside dans la nature et la qualité des dépenses qu'elle finance.

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