Intervention de Jérôme Salomon

Réunion du mardi 16 juin 2020 à 17h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Jérôme Salomon, directeur général de la santé :

Les tests sont un sujet majeur. Début janvier, le centre national de référence de l'Institut Pasteur met au point un test et le transmet très vite à plusieurs laboratoires ; dès la fin janvier, la plupart des établissements de santé de référence en disposaient. Ce test n'est pas facile à réaliser : outre la technique elle-même de prélèvement, qui n'est pas très agréable, il nécessite un équipement en biologie moléculaire. Il a également fallu abaisser le niveau de biosécurité du niveau 2 au niveau 1 pour en faciliter l'accès. De nombreux laboratoires ont été équipés pour en réaliser 1 000, puis 2 000, puis 5 000 par jour. Le nombre total de tests effectués est désormais de 1,8 million, ce qui est très important. Précisons que la période de confinement a été un peu moins riche en tests, ce qui est assez logique.

Nous avons eu la volonté de passer d'une doctrine de diagnostic à une doctrine de dépistage, avec le soutien de la Haute Autorité de santé. La doctrine hospitalière a été extrêmement efficace : tous les patients qui se sont présentés à l'hôpital et qui ont été hospitalisés ont eu un test. Comme pour toutes les épidémies annuelles – gastro-entérite, varicelle, rougeole, grippe –, la prise en charge s'est faite de façon classique, les médecins et les laboratoires Sentinelle effectuant une surveillance syndromique sur la base de diagnostics, la confirmation biologique n'étant pas forcément nécessaire.

Les propos du directeur général de l'OMS relatifs aux tests ne visaient pas la France, mais les nombreux pays qui n'avaient pas encore accès aux tests et n'étaient pas équipés de laboratoires de référence. Selon lui, on ne peut pas se permettre, face à une pandémie mondiale, d'ignorer ce qu'il se passe dans un pays : il faut donc « tester, tester, tester ». Nous avons répondu à la demande de l'OMS par une mobilisation remarquable des laboratoires – laboratoires hospitaliers, laboratoires d'analyses de biologie médicale, laboratoires départementaux, laboratoires vétérinaires et laboratoires de recherche. À cette réserve près que, s'ils savent faire 500 tests de recherche et des prélèvements multiples dans l'environnement, ils ne savent pas rendre des résultats individuels et doivent pour cela se coordonner avec un laboratoire d'analyses médicales plus classique. De plus, le bénéfice individuel n'est pas évident, puisque c'est la prise en charge parfaite par le médecin traitant qui compte.

Notre stratégie de tests est très volontariste : nous testons toutes les personnes symptomatiques, toutes les personnes autour de ces personnes symptomatiques, et nous investiguons très largement autour des 239 clusters actuellement détectés pour comprendre la circulation virale. Nous déployons des moyens à proximité immédiate des populations les plus éloignées du système de soins. Enfin, nous nous rendons dans les lieux ou activités à risque, comme l'hébergement collectif et les espaces clos où les personnes ont des difficultés à maintenir les barrières physiques et la distanciation d'un mètre. Par ailleurs, nous pouvons être fiers de nos équipes de recherche, qui se mobilisent et innovent pour trouver des tests plus faciles, plus rapides et plus projetables.

La question des EHPAD et du sort de nos aînés est éminemment délicate. Depuis le début, nous sommes extrêmement attentifs au devenir des résidents des EHPAD. Nous avons très vite alerté ces établissements : confrontés chaque année aux épidémies de grippe, ils connaissent les plans bleus et travaillent de façon extrêmement étroite avec les gériatres et les médecins traitants. Nous avons veillé très attentivement à prendre en compte toutes les facettes de cette activité très particulière et très sensible, avec toute l'humanité qui s'impose, car chaque EHPAD est différent, chaque équipe a sa politique propre. Nous avons été très attentifs au dialogue entre les familles, les médecins, les équipes et les gériatres. Nous avons notamment beaucoup travaillé avec la Société française de gériatrie et même saisi le Comité consultatif national d'éthique. Il n'y a eu aucune décision nationale de refuser l'orientation des résidents vers l'hôpital : chaque décision est individuelle, prise avec la famille et le médecin traitant, et systématiquement fondée sur le rapport bénéfice-risque pour le patient.

Nos données sur la répartition par âge des personnes hospitalisées, publiées chaque semaine, démontrent que des personnes de plus de 70 ans, plus de 80 ans, voire davantage sont encore hospitalisées pour le covid, soit en médecine conventionnelle, soit en soins de suite et de réadaptation, soit en réanimation si nécessaire. Cela reste une démarche individuelle des équipes médicales.

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