Je me suis beaucoup interrogé sur le rôle de l'histoire : nous avons fort heureusement été peu confrontés, ces dernières années, à des besoins importants de masques. Est intervenue cette évolution de doctrine à propos du stock d'État – sachant évidemment que les établissements et les professionnels de santé ont les réserves nécessaires et en commandent régulièrement et sans problème. Puis survient une crise totalement inédite, marquée non seulement par sa brutalité, mais aussi par le fait que l'ensemble des pays demandent le même produit en même temps. C'est l'irruption brutale de la crise, avec des gros producteurs totalement à l'arrêt, ou qui utilisent leur production pour eux-mêmes, qui nous a mis en difficulté. La situation a été exactement la même dans d'autres pays européens ou d'outre-Atlantique.
Outre cette évolution brutale et le fait que nous souhaitions rendre le stock dormant plus dynamique, l'arme du masque est aussi apparue moins « utile » face à des menaces posant des questions d'immunoglobulines, de vaccination, d'antiviraux, d'antibiotiques, d'immunothérapie, de molécules efficaces. Ce que l'on recherchait, à croire les experts internationaux, ce n'était plus cet outil utilisé au quotidien par les soignants mais une réponse anti-infectieuse innovante ou la vaccination immédiate.
Nous avons énormément échangé avec les acteurs locaux, qui se sont fortement mobilisés. Les deux sont absolument indispensables : il faut un État régalien, parce que la puissance de l'État est importante quand on doit commander massivement, discuter au niveau européen, organiser des ponts aériens et maritimes ou des évacuations ; il paraît logique d'utiliser la puissance de l'État, la richesse de ses forces de sécurité civile ou de ses forces militaires. Mais la compréhension fine du terrain est également nécessaire car chaque organisation de santé est différente : chaque acteur a un rôle important à jouer. Nous avons appris pendant cette crise à échanger sur les besoins et sur les circuits les plus adaptés. En tout cas, nous nous sommes efforcés d'être au quotidien à l'écoute des acteurs et des élus de terrain.