Intervention de Jérôme Salomon

Réunion du mardi 16 juin 2020 à 17h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Jérôme Salomon, directeur général de la santé :

Je cherche désespérément un pays qui pourrait se targuer d'avoir été prêt et d'avoir parfaitement géré cette pandémie, compte tenu de son caractère totalement inédit, massif, meurtrier. Même les pays ayant une plus grande culture de la prévention, que ce soit à Singapour ou à Pékin, se retrouvent de nouveau exposés à des menaces.

Il est important de souligner que la France va dans le bon sens. Nous avons développé une culture du retour d'expérience : nous devons nous astreindre à étudier chaque événement, quelle que soit son ampleur et même s'il a été bien géré. Cela ne concerne pas que la santé : quelles conséquences tirer du passage du cyclone Irma pour se préparer aux prochains cyclones, dans le domaine de la construction, des équipements, de l'eau, de l'accueil de personnes victimes de ce type de catastrophes naturelles ? Le plan ORSAN est très récent. La déclinaison précise, secteur par secteur – climat, risque épidémique, risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques (NRBC) –, se fait dans l'ensemble du territoire, en particulier au niveau régional.

La France a la spécificité de disposer d'une structure nationale d'expertise pour la coordination du risque épidémique et biologique, composée d'experts infectiologues, épidémiologistes, réanimateurs, biologistes, virologues. Nous avons également la capacité, soulignée dans la presse et à l'international, de réagir très vite en matière de recherche d'urgence ce qui a été fait avec la structure REACTING. On peut se féliciter du bouillonnement scientifique qu'a connu la France : beaucoup d'innovations sont françaises et c'est tant mieux. Nous avons renforcé le circuit des vigilances et des signalements. Nous avons aussi beaucoup reconfiguré nos agences sanitaires, qui sont désormais cohérentes dans la prise en charge des problèmes de santé : avec Santé publique France, une approche populationnelle et de prévention a été adoptée ; avec l'ANSES, la prise en charge des enjeux d'environnement et de santé au travail est de très haut niveau et son expertise est reconnue au niveau européen ; le pôle produits et pratiques de santé est assuré par l'Agence de biomédecine, l'Établissement français du sang, la Haute Autorité de santé, l'Agence nationale de sécurité du médicament, et même une partie de l'Institut du cancer. On peut donc considérer que nous avons en France une expertise de qualité.

Quant aux agences régionales de santé, elles ont assuré leur mission de surveillance avec rapidité, dès l'apparition des premiers cas, et la réponse sur le terrain a été de très haut niveau. Plusieurs centaines de nos compatriotes ont été rapatriés de Wuhan, puis accueillis dans des centres dédiés et accompagnés pendant leur quatorzaine dans des conditions tout à fait remarquables par les équipes soignantes. De même, en déplacement aux Contamines-Montjoie, le week-end du 8 février, avec Agnès Buzyn, j'ai pu constater que l'équipe d'investigation de l'ARS et les infectiologues hospitaliers s'étaient projetés sur les lieux pour effectuer des prélèvements et expliquer à la population, en présence du maire, le déroulement des tests.

Cela montre tous les progrès accomplis par la France dans la gestion en direct du risque épidémique. Mais ce sont aussi les Françaises et les Français qui sont désormais mieux formés à anticiper les risques et à y apporter les solutions adéquates – l'usage du gel hydroalcoolique notamment –, tout comme ils ont progressé dans leur connaissance du risque infectieux. Nous allons tirer ensemble les leçons de ces derniers mois pour être mieux capables de faire face à un éventuel rebond épidémique.

On ne peut pas réellement parler de changement de doctrine en 2018, car notre position se fonde sur de multiples avis scientifiques et sur une réflexion qui dépasse largement nos frontières, sur la place du masque dans les gestes barrières, en particulier pour les soignants, notamment lorsqu'ils pratiquent des gestes invasifs qui nécessitent des masques FFP2.

Nous avons considéré avec Santé publique France que l'option d'un stock de masques dormant n'était pas nécessairement la meilleure solution et que l'on avait davantage intérêt à fonctionner avec des stocks régulièrement renforcés, rénovés ou remplacés. Cela n'était nullement incompatible avec la doctrine et permettait d'éviter d'avoir à jeter régulièrement des quantités importantes de masques. Le choix a été fait de disposer de stocks tampons et de capacités de commande rapides. Nous disposions ainsi en janvier d'un stock de 117 millions de masques, auxquels sont venus s'ajouter ceux qui ont été validés « grand public » après examen. À ce moment-là, la consommation de masques était extrêmement faible. Lorsque la demande a explosé, il nous a fallu y répondre par des commandes massives et par la mise en place du pont aérien.

On a beaucoup parlé du conseil scientifique, mais il faudrait également évoquer tous ceux qui se sont mobilisés pour réaliser des essais de recherche clinique, de recherche vaccinale, voire de technologies innovantes ; ils sont très nombreux et font la fierté des équipes de recherche française. Le Haut Conseil de la santé publique a également été massivement mobilisé, puisqu'il a fait l'objet de près de soixante saisines depuis le début du mois de janvier. Le Comité analyse, recherche et expertise (CARE) Covid-19, présidé par Mme Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine, a, quant à lui, éclairé le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et le ministère de la santé sur l'état des innovations technologiques et sur l'accès aux innovations et aux technologies de rupture dans le champ de la biologie moléculaire du diagnostic et des innovations numériques.

À leurs côtés, le Conseil scientifique avait vocation, selon la volonté du président de la République et du Gouvernement, à apporter un éclairage indépendant et pluridisciplinaire, puisque, outre des représentants de Santé publique France et du HCSP, différentes disciplines s'y trouvaient représentées : l'épidémiologie évidemment, mais également la modélisation mathématique, qu'il s'agisse de modèles explicatifs ou prédictifs, domaine dans lequel excellent les équipes françaises. Cette évaluation scientifique était indispensable pour éclairer nos décideurs.

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