Intervention de Jérôme Salomon

Réunion du mardi 16 juin 2020 à 17h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Jérôme Salomon, directeur général de la santé :

Les premiers messages officiels de l'OMS datent du 5 janvier, la réunion de sécurité sanitaire a eu lieu le 8 janvier et une première alerte a été envoyée aux agences régionales de santé le 10 janvier, la veille de la première identification de la séquence virale et alors que l'OMS indiquait que rien ne montrait une transmission interhumaine. Nous avons donc été extrêmement réactifs et même proactifs dans le partage de l'information, puisque la première des nombreuses conférences de presse qui se sont tenues a été donnée dès le 21 janvier, c'est-à-dire bien avant la conclusion de la visite du directeur général de l'OMS en Chine. Nous étions quelques heures seulement après l'identification du coronavirus, et nous ignorions beaucoup de choses encore sur ses caractéristiques, sa capacité à passer d'un individu à l'autre ou les moyens à mettre en place en termes d'antiviraux.

En ce qui concerne les stocks, lorsque je prends mes fonctions de directeur général de la santé en janvier 2018, nous disposons de 750 millions de masques. C'est seulement en octobre 2018 que l'on découvre qu'une quantité importante de ces masques est périmée, ce qui compromet leur efficacité en termes de respirabilité et de contamination microbienne et les rend donc inutilisables. Je commande immédiatement 100 millions de masques le 30 octobre, mais nous prenons surtout la décision de fonctionner avec des stocks tournants, basés sur des commandes régulières. Cela étant, je rappelle que le ministre Olivier Véran a fait réaliser de nouvelles expertises, qui ont permis de récupérer une partie des masques périmés, non plus pour un usage sanitaire professionnel mais à destination du grand public.

En janvier 2020, nous avions en stock 117 millions de masques immédiatement disponibles, pour une consommation hebdomadaire qui se situe, en temps ordinaires, entre 3 et 5 millions. Les besoins ont ensuite augmenté très régulièrement pour atteindre le chiffre de 40 millions de masques par semaine et nous en avons commandé dès le 30 janvier et très massivement en février.

Cela m'amène à souligner deux évolutions importantes. La première est que les soignants avaient pour habitude de ne porter le masque qu'en entrant dans les chambres des malades ou lorsqu'ils étaient en contact avec eux. Progressivement, certains services ont évolué vers la pratique du port permanent, ce qui est une très bonne chose, en particulier dans les services de maladies infectieuses, ou lors des épidémies hivernales.

La seconde évolution est que, lorsque le professeur Stahl évalue le besoin en masques, il prend en compte les masques utilisés par les malades : il y a une dizaine d'années, les malades n'en portaient pas. J'ai donc voulu encourager, dès 2018, la généralisation du port du masque chez les malades – ce fut notamment l'objet de la campagne très originale et créative lancée par la CNAM fin 2019.

C'est donc dans ce contexte d'évolution des pratiques que s'est organisée, en janvier et en février, la réponse à la situation épidémiologique : le 15 février, alors qu'était apparu le cluster des Contamines-Montjoie et qu'est survenu le premier décès en France, nous avions déjà commandé plusieurs dizaines de millions de masques, prélude à une réponse encore plus massive : le 16 mars et le 14 juin, c'est-à-dire en moins de trois mois, nous avons distribué 770 millions de masques, chiffre totalement inédit et qu'il faut rapporter aux 140 millions de masques déstockés en 2009.

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