Intervention de Xavier Bertrand

Réunion du jeudi 2 juillet 2020 à 10h30
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Xavier Bertrand, ancien ministre de la santé et des solidarités (2005-2007) et ancien ministre du travail, de l'emploi et de la santé (2010-2012) :

J'ignore si ce grand ministère était une bonne idée, mais c'est moi qui en ai fait la proposition à Nicolas Sarkozy et à François Fillon, de manière à renforcer l'unité de l'action gouvernementale.

Dans le domaine de la santé, j'ai dû faire face au drame du Mediator, et il me semble avoir complètement assumé mes fonctions. Il y eut également les importantes réformes du système de santé faisant notamment suite à la loi Hôpital Patients Santé et Territoires (HPST), tandis que, dans le cadre de mes fonctions de ministre du travail et de l'emploi, j'ai eu à faire face à une forte augmentation du chômage, sur laquelle nous avons travaillé avec de nouveaux outils, en impliquant notamment beaucoup les collectivités locales et les régions. Là aussi, je pense que nous avons été au rendez-vous.

Et puis, je n'étais pas seul, j'avais à mes côtés Nora Berra comme secrétaire d'État à la santé, et Nadine Morano, chargée de l'apprentissage et de l'emploi. Par ailleurs, j'avais davantage d'expérience que dans mes fonctions précédentes, et rien ne remplace l'expérience.

La fermeture des frontières aurait en effet pu être décidée un peu plus tôt, et je m'étais d'ailleurs singularisé lors de différents exercices européens que nous avions menés avec mes homologues en étant le premier à proposer une fermeture des frontières anticipée. Si cela n'empêche pas la diffusion du virus, car on ne peut contrôler des milliers de kilomètres et interdire à certaines personnes, déjà contaminées, de se déplacer, cela retarde son arrivée et permet au système de santé de se préparer et d'être prêt. Cela étant, c'est une mesure qui n'est pas sans problème pour les frontaliers ; j'y ai été confronté dans ma région, comme a dû l'être le président du Grand Est.

Pour en revenir aux masques, je vais vous communiquer la fiche technique de 2006. Pour ma part, j'ai toujours pensé que le masque était indispensable et que nous évoluerions sur cette question. On s'est beaucoup moqué des touristes asiatiques qui débarquaient avec leurs masques, mais c'est oublier que le port du masque est avant tout un geste altruiste : on le met moins pour se protéger que pour protéger les autres – je ne parle pas ici du FFP2, dont le pouvoir de filtration est bien supérieur à celui du masque chirurgical et que l'on porte pour se protéger soi-même.

Je suis convaincu que notre rapport au masque va évoluer dans les mois et les années à venir. Lorsque l'opération « Un masque pour tous » a été lancée, j'ai fait réaliser une enquête pour savoir quel était le type de masque que les gens préféraient porter : à l'époque, la préférence allait au masque en tissu, mais si l'on refaisait cette enquête aujourd'hui, je pense que le choix se porterait à parts égales sur les masques en tissu – il faut en avoir essayé plusieurs pour trouver celui qui est le mieux adapté à sa morphologie – et les masques chirurgicaux.

Reste la question des masques pédiatriques, qu'il est compliqué d'obtenir en quantité, ce qui m'amène d'ailleurs à vous signaler que, dans les stocks que nous avions constitués figuraient également, à côté des masques FFP2, 100 millions de masques pédiatriques – je rappelle que si le covid-19 n'a pas frappé les enfants, le risque en revanche était réel avec le H5N1.

Je pense donc que les masques devraient figurer dans le dispositif ORSAN et qu'ils vont rentrer dans les mœurs – notamment lors des épisodes de fièvre ou des pics de pollution –, comme l'usage du gel hydroalcoolique. Il y a fort à parier que nos habitudes en matière d'hygiène vont également se modifier, puisque, déjà, les enfants ont développé le réflexe de se laver les mains, ce qui pourrait nous protéger lors des épidémies de gastro-entérites.

Il faut donc anticiper. C'est la raison pour laquelle, dans les Hauts-de-France, nous sommes en train de constituer une filière permanente de fabrication de masques, de manière non seulement à ce que tous nos masques chirurgicaux ne viennent pas d'Asie, mais aussi parce que la fabrication de masques en tissu, même si elle ne remplacera pas les dizaines de milliers d'emplois que nous avons perdus dans le textile, représente un gisement de quelques centaines d'emplois. Il faut s'appuyer sur la formidable mobilisation des bénévoles, notamment à travers l'association « le Souffle du Nord », qui a même permis à plusieurs personnes de retrouver du travail.

Il faudra pour cela que tout le monde joue le jeu, que ce soit l'État – Agnès Pannier-Runacher l'a confirmé –, les organismes publics – où la Poste a-t-elle vraiment commandé ses masques ? –, mais aussi la grande distribution qui, après être venue quémander des masques auprès des fabricants régionaux, ne doit pas recommencer à se fournir au Pakistan parce que c'est deux fois moins cher.

Cela impliquera aussi de revoir les règles de la commande publique pour empêcher que l'Union des groupements d'achats publics (UGAP) détruise, comme elle l'a fait à plusieurs reprises, des filières économiques entières, parce qu'il fallait acheter à 10 centimes moins cher. À mes yeux, l'emploi justifie amplement le différentiel de prix.

Je crois à ce point au masque que je souhaiterais mettre sur pied une filière qui couvre tous les besoins de la région, pas seulement ceux du conseil régional mais également ceux de l'industrie agroalimentaire et du système de santé. J'ai d'ailleurs confié à Philippe Lamblin, un ancien DRH, la tâche de rapprocher ceux qui ont fabriqué des masques pendant la crise et souhaitent continuer et ceux qui souhaitent s'en procurer.

En matière de conflits d'intérêts, après l'affaire du Mediator, j'ai fait voter, en 2011, une loi sur le médicament qui a fait couler beaucoup d'encre et n'a pas plu à l'industrie pharmaceutique. Elle posait un certain nombre de règles de transparence et d'étanchéité qui visaient à mettre un terme à la trop grande proximité entre l'industrie pharmaceutique et de nombreux experts. Sauf que voter une loi, c'est bien, s'assurer qu'elle est respectée, c'est mieux, et j'avais d'ailleurs demandé que l'Assemblée évalue son application au bout de quelques années. Il y a aussi des sites recueillant les déclarations d'intérêt des uns et des autres, mais qui les consulte aujourd'hui ?

Madame Wonner, à quoi faites-vous exactement allusion en parlant d'un « comité Théodule » ?

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