Intervention de Gilles Bonnefond

Réunion du mercredi 29 juillet 2020 à 11h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine :

Les pharmacies, pendant cette période tout à fait inédite, ont tenu le choc. Ce n'était pas facile : nous étions tous confrontés à d'immenses difficultés et à des tensions. Or la présence des pharmaciens dans tous les territoires, avec leur amplitude horaire importante, a constitué un soutien efficace pour la population. Je voudrais saluer la décision courageuse des pouvoirs publics qui a consisté à autoriser les pharmaciens à assurer la continuité des soins – avec ou sans l'accord préalable du médecin, selon les situations – pour les patients ayant des traitements stabilisés et dont l'ordonnance était terminée. Cette mesure s'est révélée extrêmement efficace et a permis de rassurer la population, notamment les personnes les plus fragiles, à savoir les personnes âgées et les patients souffrant de maladies chroniques. Ainsi, personne ne s'est inquiété de savoir si son traitement, qui était indispensable, allait être accessible ou pas. C'était particulièrement important à un moment où l'on demandait à l'ensemble de la population, et plus particulièrement aux personnes à risque, de rester chez elles. Nous avons passé beaucoup de temps au téléphone à rassurer et à répondre aux demandes, mais aussi à dispenser des médicaments à domicile, car beaucoup de patients ne voulaient pas sortir de chez eux.

Nous avons été sollicités pour éduquer les gens aux gestes barrières. Nous-mêmes, nous avons mis en œuvre des protocoles à l'intérieur des officines : nous avons installé des protections en plexiglas et nous sommes équipés de masques et de gel hydroalcoolique. Le simple fait de voir un pharmacien derrière un plexiglas et portant un masque a permis à la population de prendre la mesure du risque : cela a eu un effet non négligeable en termes d'éducation aux gestes barrières. Nous avons également eu la possibilité de fabriquer des solutés hydroalcooliques pour pallier le manque de gels. Nous avons même été autorisés à servir de relais pour certains médicaments dispensés uniquement à l'hôpital. Par ailleurs, nous avons été associés à la lutte contre les violences conjugales : la pharmacie est devenue un point de contact, un recours éventuel pour des personnes en difficulté. Nous avons été autorisés à mettre à disposition des médicaments pour les IVG médicamenteuses. Enfin, plus récemment, nous avons été chargés d'effectuer des TROD.

On s'est donc beaucoup appuyé sur le réseau pharmaceutique et il a répondu présent. Il a montré pendant la tempête qu'il était bien organisé, efficace, professionnel et capable de réagir quand les choses devenaient un peu difficiles.

Nous avons été confrontés à des difficultés ayant trait notamment au bon usage du médicament. À notre demande, des dispositions ont immédiatement été prises pour limiter la dispensation de paracétamol : il fallait éviter que les gens fassent des stocks, provoquant des ruptures d'approvisionnement. De même pour l'ibuprofène. Est ensuite venu le débat autour de l'hydroxychloroquine et de la nicotine : nous avons évité les risques de mésusage. En outre, nous avons beaucoup travaillé avec les pouvoirs publics pour anticiper les incidents, les interruptions d'approvisionnement et les possibles abus.

S'agissant des leçons de la crise, nous avons vu que, quand on se coordonne et quand on fait confiance, quand les pharmaciens travaillent avec les médecins et les autres professionnels de santé, on est capable de rendre le système plus fluide, d'aider les patients qui risquent de se retrouver en rupture de traitement, de rassurer la population et de l'aider à adopter les bons réflexes plutôt que d'écouter ce qui se disait à la radio ou à la télévision, qui n'était pas toujours fiable et avait tendance à verser dans le sensationnel.

J'en viens aux conclusions que nous tirons de la crise. Nous savions que le réseau pharmaceutique était capable de réagir et de résister mais il est bon de l'avoir démontré. On a bien vu que la population était très attachée à la présence de professionnels de santé de proximité, disponibles, dont l'amplitude horaire permettait de les consulter. Nous allons pouvoir nous appuyer sur ce qui a bien marché pour améliorer la coordination des soins. Le seul point noir, dont nous parlerons sans doute, a été la distribution des masques, qui nous a posé les pires difficultés en raison d'incompréhensions, de messages brouillés ou contradictoires. Nous pourrons revenir sur le déroulement des faits.

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