Intervention de Geneviève Delaisi de Parseval

Réunion du jeudi 29 août 2019 à 10h40
Commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi relatif à la bioéthique

Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste :

Vos questions sont très difficiles, dans la mesure où je ne suis pas juriste. J'ai l'impression que vous l'êtes. Je rebondis sur la question de l'altérité. Nous ne pouvons pas faire comme si un enfant avait été conçu par les voies habituelles. Là, il y a la participation d'un troisième personnage. Je rends hommage à la loi qui, dès l'article 2, dit que finalement, un enfant est conçu avec trois personnes : les parents et un donneur qui fait partie de l'histoire familiale. Ce donneur n'est pas un fantôme, mais une personne en chair et en os qui a donné pour des raisons que nous ne connaissons pas, mais nous savons au moins qu'il a lui aussi des enfants. En principe, c'est une clause nécessaire. Je ne crois pas que nous puissions dire que les enfants issus du don sont des enfants comme les autres. Ils ont une histoire particulière, dont ils en feront ce qu'ils voudront. Ce n'est pas une histoire qui les stigmatise, mais c'est une histoire particulière.

Je crois que c'est une façon peut-être imparfaite de répondre à votre question sur le mot « donneur ». Il y a eu un grand colloque, en 1984, qui s'appelait « Génétique, procréation et droit » dont les actes ont été publiés chez Actes Sud. Tous les grands spécialistes de l'époque ont parlé, notamment le doyen Carbonnier. On lui avait demandé : « En droit, comment peut-on qualifier le don de sperme ? » C'était une question tout à fait étonnante posée à un juriste. Il avait répondu en droit, évidemment. Je ne me souviens pas exactement de ses mots mais sa réponse signifiait : « Le donneur est un donneur d'hérédité. Il ne donne pas sa personne, son sourire, son intelligence, son niveau d'études. Il donne son hérédité qui lui vient de plus haut. » Cela m'avait énormément marquée et je ne suis sûrement pas la seule. Je m'en suis servie sur un plan thérapeutique, au moins une fois par mois, pour les patients qui se posent la question : « Au fond, qu'a donné ce donneur ? Peut-être que c'est une personne qui n'a pas fait d'études, alors que moi, j'ai fait des études. Peut-être que ce n'est pas quelqu'un de bien. » Ils se posent 36 questions. Je leur dis : « Le donneur a donné quelque chose qui ne lui appartient pas en propre, mais qui vient de ses parents, de ses grands-parents, de ses arrières grands-parents. Il a donné son hérédité, il n'a pas donné sa personnalité ou son intelligence. » Vous ne pouvez pas savoir à quel point cette phrase thérapeutique soulage nombre de couples. C'est absolument étonnant. Ils ne voient plus le donneur comme une personne qui leur fait face, un rival qui serait mieux ou moins bien qu'eux, mais comme quelqu'un qui est comme nous tous. Nous sommes des vecteurs, nous transmettons nos tares ou les bonnes choses de notre hérédité, mais nous ne transmettons pas notre intelligence ni notre bêtise.

Dans tous mes écrits, je parle de donneur d'hérédité, mais je sais bien que ce n'est peut-être pas très facile à comprendre. Cependant, je vois que les patients le comprennent cinq sur cinq, si j'ose dire. Je ne pourrais pas très bien répondre à votre question, mais l'intervention du tiers donneur crée une histoire particulière, où l'enfant a été conçu grâce à l'apport de trois personnes, les parents et ce donneur d'hérédité. Ce n'est pas forcément bien compris, mais dans certains de mes écrits, je l'appelle « le cogéniteur ». Il serait trop long de vous expliquer mon point de vue, mais le vrai père qui est le mari ou le compagnon de la mère est également un géniteur. J'ai fait des travaux anthropologiques sur le père de la grossesse. Il a eu des relations sexuelles avec la mère avant la grossesse, attend cet enfant et est également un géniteur. Ce n'est peut-être pas lui qui a donné la « petite graine », mais c'est un géniteur. D'ailleurs, les Américains qui ont travaillé là-dessus ont inventé une expression : « engrossment », le père de la grossesse. Quand cette question vient dans l'entretien avec des couples, le père est soulagé qu'on lui rende sa part, qui n'est pas simplement : « J'ai mis mon nom sur l'acte d'état civil. C'est moi qui ai attendu l'enfant. C'est moi qui ai accepté que ma compagne reçoive un don de sperme. C'est moi qui étais là tout le temps, pendant la grossesse, etc. » Je réponds comme je peux…

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