Intervention de Julien Denormandie

Réunion du mardi 22 septembre 2020 à 21h30
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Julien Denormandie, ministre :

L'avis du Gouvernement est défavorable. Madame Mathilde Panot, je vais répondre à vos questions dans l'ordre inverse de celui dans lequel vous les avez posées.

Vous affirmez que certaines régions ne sont pas affectées par la jaunisse de la betterave en vous fondant sur les chiffres de l'année en cours, si j'ai bien compris. Ces chiffres ne sont pas consolidés, comme vous l'avez dit, dès lors que, dans certaines régions, les récoltes commencent à peine.

Il s'avère que l'épidémie de jaunisse ayant sévi cette année présente un gradient très prononcé allant du sud au nord. Celle de l'année précédente, au cours de laquelle aucun néonicotinoïde n'a été utilisé, présentait un gradient d'est en ouest. Autrement dit, nous ne savons pas, à l'heure actuelle, comment évolue cette maladie.

La difficulté est que nous ne savons pas prédire les mouvements des pucerons. En outre, nous ne savons toujours pas, dans l'état actuel de la science, où ils se chargent du virus. Là réside notre point de faiblesse. Vous pouvez asséner des chiffres : la réalité, c'est que nous ne savons pas prédire où la jaunisse sévira.

S'agissant de la perte de rendement subie par les agriculteurs, j'indique une nouvelle fois – en m'excusant auprès de vos collègues qui m'ont entendu le dire à plusieurs reprises – qu'il ne s'agit pas de raisonner en fonction du rendement de sortie des sucreries, mais de se mettre à la place de l'agriculteur qui est souverain dans son choix de planter de la betterave, des céréales ou ce qu'il souhaite.

Lorsque vous êtes agriculteur, votre métier consiste d'abord à planter des variétés qui poussent bien ou à élever un animal qui grandit bien. Lorsque vous êtes agriculteur et que vous êtes confronté à une maladie dont on ignore le remède, tel l'agriculteur au milieu de son champ de betteraves frappées par la jaunisse, je vous assure que cela vous prend aux tripes.

Par ailleurs, l'agriculteur est souverain dans son choix. Lorsqu'il constate que certaines cultures subissent les lourdes conséquences d'une maladie dont on ne peut prédire où elle va frapper, lorsqu'il sait qu'il risque de perdre de l'argent et d'affronter la difficulté posée par un champ de plantes malades, il plante autre chose, et vous feriez certainement le même choix si vous étiez à sa place, madame Mathilde Panot.

Enfin – ma précédente réponse, adressée à votre collègue M. Loïc Prud'homme, démontre qu'il existe une cohérence de vues au sein de la France insoumise à ce sujet, ce dont je me félicite –, il faudra vraiment, un jour, que vous m'expliquiez – car je ne parviens pas à le comprendre – le modèle économique que vous appelez de vos vœux.

J'ai évoqué le secteur automobile en réponse à M. Loïc Prud'homme ; je pourrais évoquer celui du médicament, bien représenté dans votre circonscription. Prendre prétexte du fait qu'une filière exporte pour affirmer que ne plus le faire suffirait à résoudre ses problèmes relève d'un modèle économique qui, franchement, me dépasse.

Allez dire aux salariés de Renault, de Peugeot – ou de Sanofi, implanté dans votre circonscription – que la meilleure des solutions économiques est de ne plus exporter : je ne suis pas certain qu'ils comprennent votre choix.

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