Intervention de Hubert Julien-Laferrière

Réunion du mercredi 30 septembre 2020 à 9h35
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaHubert Julien-Laferrière :

Je salue tout d'abord le travail de fond qu'a effectué notre rapporteur, avec près de soixante-dix personnes auditionnées, des rapports d'experts, un questionnaire à destination des étudiants et un site internet dédié. Nos concitoyens ont bien compris ce qu'implique l'urgence climatique dans la transformation de nos modes de vie. Une part croissante d'entre eux rejette la consommation effrénée que la publicité suscite et encourage.

Mais soyons positifs : la publicité peut être utile. M. Matthieu Orphelin l'a dit, elle a pour vocation d'exercer une action psychologique sur le consommateur pour modifier son comportement d'achat. Elle crée donc de l'imaginaire. Et demain, elle peut créer un imaginaire plus propice à la préservation du vivant plutôt qu'à sa destruction. Qui, parmi nos concitoyens, parmi les acteurs économiques ou les acteurs politiques que nous sommes n'a pas pris conscience de l'accroissement de la pression publicitaire et de la nécessité de réguler ce secteur ?

La présente proposition de loi rejoint ce qu'expriment les Français : 36 % d'entre eux affirment désirer consommer moins et 20 %, autant, mais mieux. Surtout, depuis 2018, un mouvement se dessine : la vente des produits de grande consommation baisse quand celle des produits bio augmente de 15 % en une année.

Le Gouvernement nous invite souvent à être dans une écologie de l'action plutôt que de l'incantation. La proposition de loi poursuit précisément cet objectif : nous voulons être dans l'écologie de l'action et invitons tout un secteur économique à nous suivre.

Les étudiants en publicité, vous le savez, vont dans ce sens – en cela, l'article 1er est essentiel. Ils sont nombreux à faire partie de cette jeunesse engagée en faveur du climat. Comment leur projet professionnel pourrait-il être incompatible avec leur engagement et le sens qu'ils veulent donner à leur action ?

Certains acteurs du secteur considèrent qu'ils font déjà beaucoup. Cela est vrai mais nous sommes à un moment charnière, où il faut impérativement changer d'échelle.

Ayons un débat apaisé. M. Matthieu Orphelin l'a rappelé, nous devons nous affranchir des caricatures qui fleurissent depuis quelques semaines – « écologie de l'incantation », « ayatollahs », « Khmers », « Amish »… Nos débats méritent mieux.

Ce texte, on l'a dit, n'est ni antipub ni anticonsommation : c'est une loi pour la consommation durable et la transition écologique.

Dans 99 francs, Frédéric Beigbeder décrit un univers où le rédacteur publicitaire détient le pouvoir absolu sur notre consommation : il suscite l'envie, influence notre inconscient, décide à notre place ce qui lui semblera indispensable d'acheter. « Tout s'achète : l'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi » dit Octave. Si le publicitaire a le pouvoir de vous faire acheter ce qu'il veut, il n'a pas celui de recycler ni celui de régénérer ou de guérir. Et si le fameux Octave nous incitait plutôt à acheter des produits écoresponsables et durables, ou des services respectueux de l'environnement et de la biodiversité ?

Ne passons pas à côté d'enjeux majeurs comme celui-là. Les Français ne le comprendraient pas. Pour un enjeu qui leur est aussi cher, dépassons nos clivages et donnons une majorité à cette proposition de loi.

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