Intervention de Delphine Batho

Réunion du mercredi 23 septembre 2020 à 15h00
Commission des affaires économiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaDelphine Batho :

Lorsque, le 1er septembre 2018, Emmanuel Macron a revendiqué la paternité de l'interdiction des néonicotinoïdes, des collègues députés en 2015 et 2016 se sont plaints de cette récupération. Je leur avais répondu qu'il fallait s'en réjouir, puisque cela rendrait la loi inattaquable.

Et pourtant, elle est aujourd'hui remise en cause. Non seulement vous revenez sur votre parole, mais vous faites un contresens historique. Nous assistons à un effondrement sans précédent et sans équivalent du vivant, avec des chiffres qui donnent le vertige : les populations d'insectes ont baissé de 85 % en France en vingt-trois ans, un tiers des oiseaux des champs ont disparu en quinze ans. Et dans ce contexte, vous proposez le retour des néonicotinoïdes, malgré le fait que la communauté scientifique internationale est unanime à 100 % sur la toxicité de ces substances et les ravages qu'elles entraînent.

Un orateur a expliqué que personne, ici, n'était pro-néonicotinoïdes. Mais ce que l'on nous demande, ce n'est pas de donner une opinion, mais d'assumer des responsabilités et des décisions. Il est surprenant, en 2021, d'entendre affirmer qu'il n'y a pas de problèmes avec les semences enrobées – toutes les conclusions scientifiques montrent le contraire –, d'entendre proposer d'installer les abeilles dans les sites Natura 2000 – ils sont eux-mêmes contaminés aux néonicotinoïdes.

Estimant que le législateur a fait l'erreur de croire que l'on pouvait se passer des néonicotinoïdes, vous mettez en avant une situation d'urgence, celle de la filière betterave. Il serait intéressant de commencer par déterminer de quoi cette filière est victime. Il semble que c'est la suppression des quotas européens, plus que le puceron, qui a entraîné la fermeture de quatre sucreries en France. Il semble que le changement climatique a aussi sa part dans les pertes de rendement : sur les 15 % de pertes cette année, 8,5 % seraient liés aux pucerons, le reste à la sécheresse et aux ravageurs – phénomène lui-même lié au changement climatique. Si vous additionnez les déserts biologiques nés de l'utilisation, des années durant, des néonicotinoïdes et de la disparition des auxiliaires prédateurs de pucerons et le changement des températures, cela donne la situation calamiteuse que connaissent un certain nombre de producteurs aujourd'hui.

Des solutions existent : le groupe Écologie Démocratie Solidarité propose d'indemniser les pertes et de garantir le revenu, en contrepartie d'une adaptation des pratiques agronomiques. Vous dites : « on est d'accord pour la transformation, mais plus tard ; remettons d'abord du poison, on verra ensuite ! ». Cette logique ne fonctionne pas ! L'INRAE nous l'a indiqué très clairement lors des auditions : dans trois ans, nous en serons strictement au même point.

Quant à la souveraineté et à la sécurité alimentaire de la nation, il faut savoir que l'effondrement de la biodiversité menace aujourd'hui les récoltes des autres filières agricoles : sans pollinisateurs, les rendements de colza chuteront de 70 %, ceux de tournesol de 50 %. Il existe des marges de manœuvre économiques pour apporter des solutions aux producteurs, sans retomber dans les néonicotinoïdes.

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