Intervention de Roberta Mecozzi

Réunion du jeudi 6 mai 2021 à 9h00
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Roberta Mecozzi, Cheffe du service Recherche, Innovation, Technologie et Protection de l'environnement (RIA) à l'Agence nationale pour les nouvelles technologies, l'énergie et le développement économique durable (ENEA) :

. – Le programme italien de recherche en Antarctique (PNRA) est contrôlé par le ministère de la Recherche qui le finance. Le PNRA fait intervenir trois acteurs : la Commission nationale de la recherche en Antarctique (CSNA) qui est une commission consultative du ministère chargée d'élaborer le plan triennal de stratégie et les priorités de recherche et de préparer les appels d'offres, le Conseil national de recherche (CNR) chargé de la coordination scientifique et l'Agence nationale pour les nouvelles technologies, l'énergie et le développement économique durable (ENEA‑UTA) chargée de la mise en œuvre et de la logistique des expéditions polaires en Antarctique.

Notre financement est stable depuis environ dix ans à hauteur de 23 millions d'euros, ce qui n'est pas tout à fait suffisant. Le coût du personnel de mission représente une large partie de ce budget. 20 % de notre budget est consacré au fonctionnement des stations antarctiques. Le soutien à la recherche en représente 7,84 %. La logistique représente 70 à 80 % du budget total. L'unité technique Antarctique chargée de l'organisation des expéditions regroupe 40 personnes de l'ENEA, mais le coût de ce personnel n'est pas compris dans le budget du PNRA. La loi italienne impose aux institutions de mettre leur personnel à disposition du programme. Sur la campagne 2019‑2020, 218 personnes (scientifiques et logisticiens) ont participé aux projets. Le rapport entre la partie scientifique et la partie logistique oscille entre 1 et 1,2.

Nos activités se déploient depuis Christchurch et Hobart avec des transports aériens pris en charge par l'Armée de l'air italienne. Nous pouvons aussi utiliser l'A319 de l'AAD. Nous disposons également d'un navire brise‑glace : le Laura Bassi. Depuis Christchurch, les avions intercontinentaux qui transportent le personnel et le matériel atterrissent sur une piste préparée sur la glace de mer. Cette piste est opérationnelle d'octobre à novembre en fonction des conditions météorologiques et de l'épaisseur de la glace. Nous comptabilisons une quinzaine de vols intercontinentaux vers Mario Zucchelli tous les ans. Nous apportons aussi notre soutien à d'autres programmes, notamment ceux de l'IPEV mais aussi aux programmes coréens et allemands du BGR. Nous échangeons enfin des services aériens avec les Américains.

Le PNRA dispose de deux à trois hélicoptères par saison. Nous sommes responsables des transferts aériens continentaux entre Dumont d'Urville, Concordia et Mario Zucchelli mais aussi entre Casey et Mac Murdo. Pour cela, nous utilisons deux avions.

En Antarctique, le PNRA dispose de deux stations : Mario Zucchelli et Terra Nova en mer de Ross. Cette dernière est uniquement ouverte l'été car elle n'a pas été conçue pour les hivernages. Elle peut héberger jusqu'à 100 personnes. Elle dispose d'une salle d'opération pour la prévision météorologique et fournit un support aux plongeurs avec notamment une chambre hyperbare. Nous y proposons aussi une aide pour les zones lointaines avec des guides alpins. Cette station a 36 ans et des rénovations y sont en cours, notamment pour économiser le fioul et réduire son impact sur l'environnement. 380 m2 de panneaux solaires ont été installés pour une puissance de 62 kW et prochainement de 90 kW. Nous y avons aussi mis en place des installations éoliennes pour une puissance de 34 kW.

Pour le support à la science, le système PAT (plate‑forme automatique télécontrôlée), système de générateur en cascade, permet d'alimenter les connexions Internet et les appareils effectuant les manipulations scientifiques lorsque la station est fermée. Malgré la crise Covid, le renouvellement des laboratoires a été achevé en 2020. Enfin, l'aquarium propose une infrastructure qui permet de maintenir en vie les espèces pêchées et de modifier les conditions de l'eau (température, gaz dissous). Cet aquarium dispose de plusieurs bassins et étuves permettant aux scientifiques de conduire leurs expériences.

Le projet de piste en dur de Boulder Clay a reçu un financement particulier d'un montant de 5,2 millions d'euros. Cette piste sera un atout car elle permettra une plus grande flexibilité et une meilleure fiabilité dans les déplacements. Actuellement, il nous est difficile d'organiser l'évacuation des personnels en milieu de saison lorsque la piste sur glace de mer n'est plus utilisable. Les vols doivent alors atterrir à la station américaine de Mac Murdo ou à Casey, mais l'utilisation de ces aérodromes est également limitée par la fonte des glaces. Avec cette nouvelle piste en dur, le calendrier des opérations ainsi que les possibilités de collaborations logistiques seront élargis.

Le PNRA utilise le brise‑glace Laura Bassi, ancien navire Ernest Shackleton, racheté au British Antarctic Survey en 2019. C'est un navire équipé pour la logistique et pour des campagnes océanographiques à raison de deux ou trois rotations par an. Il est aujourd'hui en bassin pour l'installation d'instruments scientifiques sous la coque.

La station Concordia est gérée par la France et l'Italie. C'est un exemple de coopération internationale. Ce partenariat nous permet d'être l'une des trois nations ayant une station permanente sur le plateau antarctique avec les Russes et les Américains. La France et l'Italie travaillent ensemble sur le dossier du renouvellement des installations logistiques et scientifiques de cette station. Le fonctionnement de Concordia est le symbole d'une coopération internationale basée sur la confiance, nécessaire pour faire de la science de bonne qualité. Trois comités gèrent Concordia : le comité directeur, le comité opérationnel et le conseil scientifique. Nous y avons un projet de rénovation des installations qui datent de 1995 mais aussi plusieurs défis technologiques à relever : la robotisation des installations, la mise à disposition de véhicules propres, le stockage de l'énergie, etc. Dans cette station, nous venons en appui à divers programmes internationaux dont EPICA, Ice Memory et BE‑OI coring. Ces collaborations se traduisent également par des échanges de soutiens logistiques pour le transport de personnels et de fret. Nous avons enfin lancé un appel à projets commun avec l'IPEV et l'ESA sur la biomédecine.

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