Intervention de Cédric Villani

Réunion du jeudi 23 septembre 2021 à 9h30
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaCédric Villani, député, président de l'Office :

‑ Merci, chers collègues. À mon tour d'apporter ma petite contribution à cet ensemble de questions.

D'abord, je remarque que l'Europe est indirectement présente dans les propositions de la commission d'enquête, à travers l'évocation du règlement REACH. Évidemment, nous sommes preneurs de commentaires sur la place de l'Europe dans la vision qui se dégage de cette commission d'enquête.

Nous avons pris connaissance de plusieurs ensembles de propositions et il serait bien de pouvoir comprendre s'ils sont cohérents, si l'un est un sous-ensemble de l'autre ou s'ils font apparaître des divergences. J'aimerais que l'on parle du bon échelon territorial d'action, sujet que Florence Lassarade a évoqué tout à l'heure. Je remarque que vos propositions parlent de l'échelon national – c'est la proposition n° 1 sur la Conférence nationale de santé –, mais aussi de l'échelon régional et de l'échelon des EPCI – dans la proposition n° 11, il est question de contrats locaux de santé avec les EPCI ; la proposition n° 13 évoque des observatoires régionaux de la santé environnementale. Quelle serait la répartition des tâches ? Est-ce que ce qui se dégage est bien l'idée que la santé environnementale doit être présente à tous les niveaux territoriaux ? Y a-t-il des nuances à apporter ou une répartition des rôles à préciser si l'on entre plus dans le détail ?

Tant la proposition n° 21 de la commission d'enquête que certaines propositions de la présidente traitent de l'information du consommateur sur la toxicité des produits. La proposition 21 évoque le Toxiscore pour évaluer les produits de consommation en fonction de leur contenu en produits reprotoxiques, cancérogènes et perturbateurs endocriniens. D'autres propositions faisaient référence aux avis de l'Anses. Question naïve : dans quelle mesure se satisfait-on d'avoir des produits reprotoxiques, cancérogènes ou perturbateurs endocriniens, certes plus ou moins déconseillés mais non interdits, présents dans les produits de consommation courante ? Est-ce que cela signifie que l'on accepte que certains produits soient toxiques et quand même commercialisés ? Une telle décision est-elle prise sur la base d'une analyse bénéfice-risque ? D'habitude, le rôle de l'Anses consiste à dire oui ou non, tel produit est interdit parce qu'il est dangereux, tel autre est autorisé parce qu'il n'est pas dangereux. Mais peut-être est-ce une vision trop naïve. Doit-on comprendre, avec la proposition 21, que l'on accepte d'être dans une « zone grise » sur un certain nombre de produits ?

Ma dernière question concerne la formation, en particulier celle des professionnels de santé. La proposition n° 14 appelle à « renforcer la place de la démarche Une seule santé dans la formation de santé environnementale pour les professionnels de santé ». J'ai pu voir dans d'autres occasions combien il est difficile de modifier les formations, combien ceci peut s'apparenter à de l'incantation tant que l'on n'a pas de lien direct avec les responsables de formation – ce peut être les responsables de master, les doyens des facultés dans les universités, etc. Quel est le plan d'action concret pour la mise en œuvre de cette proposition relative à la formation ? On a l'habitude de penser que les leviers qui jouent sur la formation et l'éducation sont parmi ceux qui ont le plus d'impact, mais encore faut-il pouvoir les mettre en action réellement.

Je vous renouvelle mes remerciements pour l'exercice que vous accomplissez auprès de nous aujourd'hui, qui est très salutaire.

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