Intervention de Jérôme Pécresse

Réunion du jeudi 14 décembre 2017 à 9h30
Commission d'enquête chargée d'examiner les décisions de l'État en matière de politique industrielle, au regard des fusions d'entreprises intervenues récemment, notamment dans les cas d'alstom, d'alcatel et de stx, ainsi que les moyens susceptibles de protéger nos fleurons industriels nationaux dans un contexte commercial mondialisé

Jérôme Pécresse, président-directeur général de General Electric Énergies renouvelables :

Je suis PDG de GE Énergies Renouvelables, la branche mondiale du groupe General Electric pour les énergies renouvelables, basée à Paris. Avec 10 milliards de chiffre d'affaires, elle comprend les activités éolien en mer, éolien terrestre, pâles d'éoliennes et équipements hydroélectriques. J'ai mené une carrière de cadre dirigeant dans l'industrie depuis 1998 ; comme vous le savez peut-être déjà, je dirigeais ce même secteur des énergies renouvelables chez Alstom. J'ai été nommé à mon poste actuel à l'issue de l'acquisition des activités « Énergie » d'Alstom par General Electric, après avoir dirigé pour Alstom tout le processus d'intégration de ces activités au sein de GE pendant les dix-huit mois qui ont précédé la clôture de cette opération. J'ai donc été particulièrement impliqué dans ce projet ; c'est tout le sens de ma présence devant vous aujourd'hui. Je vais m'efforcer de répondre à une partie des questions que vous avez soulevées dans votre introduction.

Il est important pour moi de participer à vos travaux, non pour revenir sur la relation historique qu'entretiennent GE et la France comme vient de le faire Corinne De Bilbao, mais pour évoquer les motivations qui ont conduit à conclure ce rapprochement stratégique entre General Electric et la branche énergie d'Alstom, et sur les conditions de ce projet industriel. Je voulais surtout échanger avec vous sur son caractère stratégique et les perspectives qu'il offre, pour Alstom, pour GE et pour la France, dans une période cruciale de révolution dans le secteur de l'énergie, et partager quelques éléments factuels importants, dans l'esprit de transparence que vous souhaitez.

Cette opération, conclue en 2015, s'est pleinement inscrite dans la continuité de la relation industrielle de long terme entre GE et la France, que Mme De Bilbao a évoquée. Elle a aussi été portée, je tiens à le rappeler, par l'attractivité de la France et ses avantages économiques importants pour les investisseurs étrangers. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas : plus de deux millions de personnes en France sont aujourd'hui employées par des filiales de grands groupes étrangers.

Lorsque Patrick Kron a envisagé la cession des activités « Énergie » d'Alstom à GE en 2014, la situation financière difficile du groupe et la transition énergétique mondiale vers les énergies renouvelables commandaient de prendre des mesures drastiques. Il est important de comprendre que, sans GE, le groupe Alstom tel que nous le connaissions en 2014 n'existerait de toute façon plus aujourd'hui. Alstom ne disposait ni de la masse critique ni des marges de manoeuvre financières nécessaires pour envisager de rester sur tous ses marchés, notamment en raison de la transformation majeure de l'industrie et du secteur de l'énergie, qui n'a cessé de s'amplifier depuis.

Patrick Kron et son équipe ont fait un choix de raison, celui de pérenniser les activités énergie de l'entreprise, ses 65 000 employés et les 500 gigawatts de son parc existant au sein de GE, tout en permettant à l'activité transport de continuer sa croissance grâce à la trésorerie générée par la vente de ses actifs, ce qu'elle a fait depuis lors.

La logique de ce projet reposait et repose toujours sur le fait qu'ensemble, les activités fusionnées de GE et d'Alstom dans l'énergie bénéficieraient d'une dynamique positive et disposeraient d'un portefeuille de produits plus complet, combinant les activités gaz et éolien terrestre de GE aux activités turbine à vapeur, îlots conventionnels de centrales nucléaires, éolien en mer et hydroélectricité d'Alstom, et apportant l'offre conséquente d'Alstom en matière de réseaux à la présence forte de GE dans ce domaine en Amérique du Nord.

Clairement, et nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir lors de vos questions, ce rapprochement entre GE et Alstom était donc motivé par une forte logique de complémentarité. Le panel de solutions du nouveau groupe permettait de couvrir l'ensemble des besoins de nos clients. À cette addition de savoir-faire s'ajoutait également la présence des deux entreprises dans des zones géographiques complémentaires. Il n'en restait pas moins que son portefeuille d'activités était et reste fortement dominé par les énergies fossiles.

Nous voulions associer toutes nos ressources pour réaliser les investissements nécessaires dans les nouvelles technologies, notamment les énergies renouvelables, et dans le développement des talents, dans une optique de long terme. En outre, le regroupement GE-Alstom pouvait bénéficier d'un positionnement fort sur les marchés émergents pour exporter depuis la France. Dans le monde entier, nos clients ont d'ailleurs salué la perspective de ce regroupement.

Notre objectif était et reste de positionner la France comme un leader mondial de l'énergie, notamment en y implantant quatre sièges mondiaux, en renforçant nos investissements dans les domaines créateurs d'emploi que sont l'ingénierie et la production d'équipements de grands projets intégrés et de services à forte valeur ajoutée.

Les négociations, démarrées en avril 2014, ont permis de mener un dialogue constructif avec le Gouvernement pour déterminer quelles seraient les meilleures conditions d'investissement, pour la France et pour GE. Nous avons été transparents sur nos projets et avons pris des engagements concrets et rendus publics auprès du Gouvernement, en particulier auprès du Président de la République François Hollande et du ministre de l'économie de l'époque, Arnaud Montebourg. J'en rappelle les principaux : création de trois co-entreprises dans les domaines des réseaux électriques et des énergies renouvelables et dans celui, très stratégique, du nucléaire ; implantation de quatre sièges mondiaux, ceux des activités réseaux, hydroélectricité, éolien en mer et turbines vapeur ; développement du site de Belfort, pour en faire le pôle principal de l'activité énergie thermique de GE en Europe ; croissance du nombre d'emplois en France, notamment avec la création de 1 000 emplois nets d'ici le 31 décembre 2018 ; création enfin d'une filière industrielle de l'éolien en mer en France, et des emplois associés dans les régions.

Nous avons également entendu les inquiétudes des autorités publiques concernant le caractère souverain de certaines activités industrielles, notamment dans le secteur du nucléaire. Nous nous sommes engagés à collaborer avec l'État, Areva et EDF afin de protéger ce secteur et de préserver toutes ses compétences et son potentiel d'exportation. Comme Corinne De Bilbao vous l'a rappelé au début de cette présentation, nous étions déjà, et ce depuis longtemps, un fournisseur et un partenaire fiable pour ces entreprises comme pour l'État, dans des secteurs stratégiques.

Quel bilan tirons-nous aujourd'hui de cette fusion, deux ans après sa conclusion ?

L'association stratégique des technologies et des implantations géographiques de GE et d'Alstom a effectivement permis de créer une valeur significative pour les activités concernées. Ensemble, nous disposons désormais d'un des portefeuilles d'énergies thermiques et renouvelables les plus importants et les plus diversifiés du marché mondial. Nous sommes à la tête d'une très large base installée, à laquelle nous avons pu apporter plus de productivité et de fiabilité : environ 2 000 GW de capacité installée de production énergétique, principalement dans le gaz et le charbon, en hausse de 50 % par rapport à la base installée de GE avant l'opération. Le fonctionnement de cette base installée est optimisé pour le bénéfice de nos clients par l'introduction de solutions digitales, élaborées notamment ici, à Paris.

Enfin, la capacité de GE à investir aux côtés de nos clients dans leurs projets s'est révélée un avantage compétitif important. Nous avons remporté de nombreux projets à l'export à partir de la France, comme la commande récente de turbines pour équiper la centrale nucléaire d'Hinckley Point en Angleterre et le projet de trois centrales à cycle combiné installées au Pakistan, qui permettra de fournir de l'électricité à plus de 20 millions de foyers.

Toutefois, force est de constater que les marchés traditionnels de l'énergie, gaz et charbon, qui représentaient la majeure partie de l'activité d'Alstom, sont en perte de vitesse. Les volumes ont considérablement baissé partout dans le monde, dans les produits et les services, du fait de la forte croissance des énergies renouvelables. Cette croissance ne cesse de s'accélérer et le coût de production de ces énergies, éolienne et solaire, désormais à parité avec celui des énergies fossiles, crée des surcapacités de production importantes sur ces secteurs du gaz et du charbon.

Les exemples de cette évolution rapide sont nombreux : ainsi l'annonce par EDF en ce début de semaine de sa volonté de créer 35 GW de capacité de production d'énergie solaire sur le territoire français.

Nos marchés pour les turbines à gaz et les turbines à charbon ont décru. De plus, nos équipes s'attendaient à finaliser la transaction bien plus rapidement, en douze mois et non en dix-huit comme ce fut le cas. Ce délai a eu une incidence notable sur notre relation clients, ces derniers ayant préféré retarder leurs commandes en attendant de connaître l'issue de la transaction, ou se tourner vers la concurrence.

Confrontée à cette transition brutale, notre activité GE Power vient d'annoncer un plan de réduction mondial de son effectif, d'environ 12 000 postes, soit 18 % de l'ensemble de ses salariés dans le monde, dont 4 500 en Europe, avec des répercussions importantes à la fois sur les employés et sur la production. Comme vous le savez, la France n'est pas concernée par ce plan. Certains de nos grands concurrents mondiaux ont lancé des restructurations d'ampleurs similaires jusque dans leurs marchés domestiques.

Voilà le bilan de l'acquisition d'Alstom, dont un grand nombre des objectifs stratégiques ont été remplis. L'évolution des marchés a été beaucoup plus adverse que nous le pensions à l'époque.

Je souhaite revenir sur vos déclarations liminaires concernant les déclarations de notre PDG, M. John Flannery, le 13 novembre dernier, retranscrites dans la presse de façon exagérément condensée. Je voulais, pour lui rendre justice et en faire bénéficier la commission, vous remettre un extrait précis de son intervention, traduite en français. Vous verrez que la position de M. Flannery y est beaucoup plus nuancée que ce qu'en a rapporté la presse française, et cohérente avec ce que je viens de vous expliquer.

Dans ce contexte difficile, qu'en est-il des engagements pris par General Electric pour la France au moment de l'accord ?

Nous avons créé, comme prévu, les trois joint-ventures qui fonctionnent dans le respect de leurs règles de gouvernance. Ces règles de gouvernance négociées avec le ministre de l'économie de l'époque, M. Arnaud Montebourg, sont tout à fait claires. Ces joint-ventures sont détenues pour deux d'entre elles, l'activité réseaux et l'activité énergies renouvelables, à 50 % plus une action pour General Electric et 50 % moins une action par Alstom. GE est donc l'actionnaire majoritaire de ces joint-ventures, qui sont consolidées dans ses comptes et dont il exerce le contrôle opérationnel. Alstom n'est pas consulté sur les décisions de gestion courante, mais en tant qu'actionnaire minoritaire très important, il est représenté au sein de leurs conseils d'administration, qui se tiennent de façon régulière. Nous avons tenu un conseil par trimestre pour les joint-ventures réseaux et énergies renouvelables, et un nombre plus important de conseils d'administration pour la joint-venture nucléaire, eu égard au caractère stratégique et spécifique de ce métier et aux sujets importants qui se sont présentés. Lors de ces conseils, nous avons communiqué à Alstom des informations sur la marche de nos affaires et l'avons consulté sur les décisions de gouvernance qui relevaient de sa compétence. Ces joint-ventures ont fonctionné dans le strict cadre des accords négociés avec le Gouvernement de l'époque.

Aujourd'hui, cinq sièges mondiaux de nos activités énergie sont bien implantés en France. Les quatre prévus par l'accord – énergies renouvelables, hydroélectricité, éolien en mer, réseaux – et celui de l'activité convertisseurs électriques, GE Power Conversion. De plus, deux de nos activités clés ont basé leur siège européen en France : la santé et les turbines à gaz. Avec toutes ces implantations, la France occupe une place unique et privilégiée au sein de GE dans le monde, et les engagements pris en 2014 ont été tenus.

De même, nous avons poursuivi nos investissements à Belfort, où 60 % des turbines à gaz 50 Hz de GE dans le monde sont aujourd'hui fabriquées, contre 40 % en 2014. En novembre 2016, nous y avons inauguré un centre de services partagés spécialisé dans la finance. Le site de Belfort a donc cru depuis qu'il est intégralement sous l'actionnariat de GE.

Nous avons également créé un leader mondial, basé à Paris, dans les énergies renouvelables, et investi massivement pour construire la filière industrielle française de l'éolien en mer. Cette filière, monsieur le président, que vous avez évoquée dans une audition récente, beaucoup en parlent mais nous sommes les seuls à la faire sur le territoire français. Aujourd'hui, GE est un leader des énergies renouvelables dans le monde. Cette activité basée en France représente 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires et emploie 22 000 personnes à travers le monde.

GE Énergies Renouvelables croit en la France. Nous sommes un acteur structurant de la filière énergies renouvelables française, une des grandes filières d'avenir du pays. Nous construisons depuis la France, dans le cadre défini par les pouvoirs publics, et en collaboration avec les autorités nationales et locales dans les régions où nous sommes implantés, un leader mondial des énergies du futur et investissons dans les territoires français.

Alors même qu'aucune éolienne en mer n'a encore été installée ou commandée au large des côtes françaises, notre usine de Saint-Nazaire est le fleuron de la production d'équipements pour les énergies marines renouvelables. Quatre cent vingt personnes y construisent aujourd'hui les nacelles et les générateurs d'éoliennes de 6 MW chacune destinées au marché mondial. Je vois dans cette salle deux députées de la Loire Atlantique, et je sais qu'elles sont sensibles à cet effort.

Nous avons ainsi fourni le premier parc éolien en mer aux États-Unis, celui de Block Island ; nous avons livré trois éoliennes pour un projet pilote en Chine et sommes en train de produire soixante-six éoliennes à l'Allemagne pour son champ Merkur, en Mer du Nord, projet au capital duquel GE a investi au côté de l'ADEME. En plus des activités industrielles à Saint-Nazaire, Nantes est notre siège mondial pour les énergies marines renouvelables, avec un centre de recherche et développement et de direction qui emploie aujourd'hui plus de trois cents personnes.

L'année dernière, GE a lancé la construction d'une usine de pales d'éoliennes de grande longueur à Cherbourg. Cette usine, construite par LM Wind Power, le leader mondial de ce secteur, acquis par GE en avril 2017, sera opérationnelle en 2018 et emploiera à terme au moins 550 personnes qui produiront des pales d'éoliennes de grande longueur, et ce notamment pour les projets français de champs en mer qui seront un jour construits par EDF. Nous avons pu compter sur le soutien sans faille des autorités locales dans l'élaboration et la concrétisation de ces projets et de ces investissements en France et nous en sommes fiers. Les autres industriels des industries marines renouvelables dans le monde ont préféré investir dans des pays comme l'Allemagne et l'Angleterre, où les champs se développent, plutôt qu'en France où aucune éolienne en mer ne fonctionne pour l'instant.

GE est ainsi aujourd'hui le seul groupe industriel à produire de façon notable nacelles et pales d'éoliennes sur le territoire français, que ce soit pour le terrestre ou l'éolien en mer. Il est le seul à avoir construit cette filière de l'éolien en mer que tous les gouvernements successifs depuis 2011 – dont celui auquel appartenait Mme Batho, ici présente – ont appelé de leurs voeux. Je veux insister sur le fait, et je suis bien placé pour le savoir, que l'Alstom de 2014 n'avait plus les moyens financiers de mener à bien cette aventure ambitieuse et de créer sur nos territoires les emplois, bientôt bien plus de 1 000, et les sites industriels que GE a créés dans ces métiers d'avenir.

Enfin, le siège mondial de notre activité hydroélectrique est basé en France. Grenoble est et restera le plus grand centre d'ingénierie et de recherche et développement hydroélectrique de GE Hydro dans le monde, et le siège de la direction de ses activités européennes ainsi que de plusieurs fonctions globales. Vous savez que nous avons dû proposer un plan de réorganisation et de transformation de nos activités hydro en Europe et dans le monde afin de prendre en compte la situation difficile de ces marchés, plus particulièrement en Europe.

Au cours des quatre dernières années, Alstom comme General Electric avaient déjà été conduits à réduire leurs effectifs dans cette activité d'environ 2 400 personnes, ce qui représentait à peu près 30 % de la totalité de nos effectifs dans le monde. Nous l'avions fait, tout en préservant jusqu'à maintenant la quasi-totalité de nos emplois en France, et plus précisément sur notre site de Grenoble, pour une seule et unique raison : les marchés hydroélectriques ne sont plus du tout au niveau que nous avons connu dans les années 2010. Quand je suis arrivé chez Alstom, l'activité hydroélectrique représentait 2 milliards de chiffre d'affaires ; nous nous battons aujourd'hui pour terminer l'année avec un chiffre d'affaires à peine supérieur à 1 milliard. Il y a de moins en moins de grands projets hydroélectriques dans le monde ; un tiers du potentiel hydroélectrique mondial est équipé, mais il sera très difficile d'équiper les deux tiers supplémentaires. Il y a eu très peu de commandes dans l'hydroélectricité en Europe depuis plusieurs années, et la dernière commande importante qu'EDF a passée à GE « Hydro » date d'avant mon arrivée chez GE, au début de l'année 2011.

Toutes ces raisons nous conduisent malheureusement à restructurer l'activité hydroélectrique. Lors du dernier projet de restructuration, nous n'avons malheureusement pas pu épargner le site de Grenoble, qui est donc touché à hauteur de 345 postes. Ces restructurations ne sont jamais des décisions aisées et celle-ci a été particulièrement difficile. Nous savons et comprenons qu'un tel plan est douloureux pour l'ensemble de nos salariés. Je suis cependant convaincu que cette décision était vitale pour pérenniser notre activité « Hydro » au sein de GE dans l'état actuel des marchés, et sauver le plus grand nombre d'emplois.

Pour conclure sur ce sujet, je tiens à réaffirmer la vocation de Grenoble au sein de l'activité mondiale hydroélectrique de GE, et également à préciser que si ce plan est mis en place, à son issue, le poids relatif de la France dans notre organisation globale « Hydro » sera renforcé. Le pourcentage des effectifs d'ingénierie et de recherche et développement basé à Grenoble passerait de 28 % du total mondial en 2016 à 36 % en 2018. Je suis bien sûr prêt à répondre à vos questions sur ce sujet.

Concernant enfin les engagements de création d'emplois, nous avons réalisé des progrès considérables depuis 2015 vers l'objectif à fin 2018, et ce malgré un contexte particulièrement difficile dans le marché des énergies fossiles. Pour atteindre cet objectif de 1 000 emplois nets, nous avons mis en place un plan détaillé et précis, qui se décline en quatre initiatives phares.

La première est la création de la Fonderie digitale à Paris, le premier centre numérique en dehors des États-Unis, inauguré en juin 2016, et qui emploie à ce jour plus de cent personnes. À terme, ce seront deux cent cinquante développeurs et spécialistes de l'internet industriel qui seront basés à Paris.

Deuxième initiative : la création d'un centre de services partagés européen à Belfort, spécialisé dans la finance, inauguré en novembre 2016 et pour lequel nous venons de terminer les recrutements. Nous avons embauché deux cents personnes dans cette activité, comme nous l'avions annoncé.

Troisième initiative : le recrutement de deux cent quarante jeunes talents dans le cadre de notre programme de développement accéléré qui vise à créer un vivier pour la future génération de leaders mondiaux chez GE en France. Plus de cent trente ont déjà pu bénéficier de ce programme et ont commencé une carrière qui, je l'espère, sera longue chez GE.

Quatrième volet, la création de trois cent dix postes nets dans des activités industrielles, sur plusieurs de nos sites en France ; nous avons d'ores et déjà rempli la moitié de cet objectif.

Au total, depuis la finalisation de l'opération de rapprochement avec Alstom, nous avons recruté près de 2 500 personnes en France, dont six cents créations de nouveaux postes en deux ans dans le cadre des quatre initiatives dont je viens de vous parler. Si je défalque de ces recrutements les départs naturels et les départs qui ont résulté de l'intégration des activités d'Alstom, nous avons réussi à créer à fin octobre 2017 trois cent cinquante-huit emplois nets sur le territoire.

Des informations plus ou moins fiables ont pu être mentionnées, y compris au cours de ces auditions, et par la suite publiées dans la presse. Les chiffres que je viens de vous donner ont été audités et certifiés par le cabinet Vigeo, qui travaille pour le Gouvernement pour en vérifier la fiabilité ; ce cabinet a un accès complet à nos données d'emplois et à nos cadres dirigeants. Ce sont ces chiffres que nous communiquerons demain au ministère de l'économie dans le cadre du comité de pilotage qui se tient régulièrement pour suivre la tenue des engagements de GE ; ce sont ceux qui doivent faire foi dans le cadre des travaux de cette commission.

Aujourd'hui, il nous reste un an pour atteindre notre objectif de 1 000 emplois net, et le groupe continue de déployer de gros efforts pour y parvenir, avec notamment une équipe de recrutement dédiée de quinze personnes. À l'heure où je vous parle, nous avons plus de trois cents postes à pourvoir immédiatement dans toute la France. J'aimerais savoir combien de groupes français ont recruté plus de 2 500 personnes au cours des deux dernières années… Nous sommes parfaitement conscients de l'importance de cet objectif, non seulement pour le Gouvernement français mais aussi pour la crédibilité et la réputation de GE sur le territoire et vis-à-vis de sa représentation nationale.

Je tiens néanmoins à mettre l'accent de façon transparente sur les difficultés actuelles des marchés de l'énergie thermique dans le monde, qui représentent, je vous le rappelle, près de 70 % de nos emplois sur le territoire français. Ces difficultés et leur impact sur la situation financière de GE créent des vents contraires que nous nous employons à contrebalancer par des actions ciblées, notamment dans les métiers en croissance comme la santé, l'aéronautique et les énergies renouvelables.

Il me semble enfin important de vous rappeler que la relation entre GE et l'industrie française, fondée sur des engagements et des investissements de long terme, ne s'arrêtera pas au 31 décembre 2018, lorsque plusieurs des engagements pris auprès du Gouvernement prendront fin. Nous sommes en France pour investir et nous développer à long terme.

En conclusion, ce projet industriel avec Alstom donne la possibilité de développer une stratégie et des outils qui permettent à GE de collaborer concrètement, avec ses partenaires sur les territoires, et d'être, pour le futur, un acteur majeur de la transformation de l'industrie française. Le développement des activités d'Alstom Énergie a été plus soutenu avec GE que dans tout scénario alternatif, notamment dans celui d'une construction en tant que groupe indépendant qui devenait de plus en plus aléatoire et périlleuse.

GE a un rôle éminent à jouer pour aider la France à construire la position à laquelle elle aspire dans les domaines de la recherche, de l'innovation et de l'industrie. Je le réaffirme aujourd'hui devant vous. Nous continuerons à nous adapter sans relâche aux évolutions, positives ou négatives, mais de plus en plus rapides et brutales, de nos marchés. La concurrence mondiale nous l'impose. Nous poursuivrons nos investissements dans les secteurs porteurs avec tous nos partenaires français : entreprises, collectivités, pôles de compétitivité, parce que nous croyons en la France. Je vous le répète : la relation entre GE et l'industrie française s'inscrit dans le long terme ; nous avons su le prouver depuis bientôt cent vingt-cinq ans.

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