Je n'évoquerai que deux dispositions du texte pour expliquer les raisons pour lesquelles nous le rejetterons. Ma première observation concerne l'indemnité prévue pour les agriculteurs, en raison du gel qui a dévasté les productions nationales, il y a quelques mois, non pas que je veuille protester contre cette aide, mais plutôt souligner la situation singulière de l'agriculture.
Aujourd'hui même, le Parlement européen vient d'adopter la nouvelle politique agricole commune (PAC) par 452 voix – pas une des nôtres – contre 178 voix – toutes les nôtres. La nouvelle PAC renonce à son caractère de politique commune en renationalisant les politiques agricoles. Je ne me prononcerai pas sur l'opportunité d'une telle évolution, mais je déduis de ce choix que l'Europe n'a pas d'ambition agricole, mais une ambition productiviste : elle aide des entreprises dites agricoles à produire tout et n'importe quoi, n'importe comment, du moment que cela se vende sur le marché mondial.
La France restera dans la situation singulière qu'elle connaît compte tenu de ce modèle agricole, celle de l'absence de souveraineté alimentaire : 50 % de ce qu'elle consomme est importé, tandis qu'elle exporte une quantité considérable de maïs pour des poulets chinois, d'autres produits pour des cochons de l'Inde et pour des animaux de tous les pays du monde, sauf pour ce qui présente un intérêt pour nous. Cela ne serait rien si le contexte n'était pas celui d'une action, signalée, contre le suicide des agriculteurs – un par jour.
Cette situation perdure depuis des mois et des mois, ce qui suffirait, n'importe où ailleurs, pour déclencher l'alarme générale,…