Monsieur le ministre, l'apprentissage du langage est l'occasion d'une première inégalité d'autant plus insupportable qu'elle en entraîne beaucoup d'autres. À l'entrée en CP, un enfant issu d'une famille pauvre emploie deux fois moins de mots qu'un enfant de famille aisée.
Vous avez récemment confié à Boris Cyrulnik une mission visant à faire de la maternelle « l'école de l'épanouissement et du langage », ce dont je me réjouis. L'objectif est de permettre à tous les élèves d'acquérir un vocabulaire suffisamment riche pour réussir leur parcours scolaire. Cependant, les professionnels de l'enfance affirment qu'avant même l'entrée en maternelle, les compétences langagières diffèrent grandement d'un enfant à l'autre. Il paraît donc indispensable de mener une réflexion sur la construction des inégalités face au langage, d'autant que les expérimentations scientifiques montrent qu'une lutte efficace contre les inégalités liées au langage nécessite d'intervenir le plus tôt possible.
Ma question est la suivante : comment envisagez-vous l'articulation de cette mission sur l'école maternelle avec celle dont s'est saisie la délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, à laquelle j'ai l'honneur d'avoir été associée, qui aborde la question des inégalités dès la petite enfance ? Il s'agirait notamment de penser un continuum dans l'apprentissage de la langue par les enfants âgés de zéro à trois ans puis à l'école maternelle, par-delà l'opposition entre ces deux mondes – celui de la petite enfance et celui de l'école – qui s'ignorent souvent, afin de faire émerger une culture commune autour du langage. Je ne doute pas que vous-même, ainsi que Boris Cyrulnik, qui a effectué un travail remarquable avec l'Institut petite enfance, saurez vous saisir de cette question, à laquelle vous êtes très attaché.