Intervention de Sabine Rubin

Séance en hémicycle du vendredi 10 décembre 2021 à 9h00
Projet de loi de finances pour 2022 — Motion de rejet préalable

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaSabine Rubin :

…il suffit d'avoir suivi la dernière conférence de l'Institut des politiques publiques. On y a appris que les mesures pérennes jouaient essentiellement en haut de la distribution et que, pour la seule baisse de l'impôt sur le revenu, on observait un gain nul pour près de 57 % des ménages, mais un gain de 1 milliard d'euros pour les 1 % les plus nantis de nos concitoyens.

Alors oui, à quelques mois des élections, M. Macron fait mine de jouer le Père Noël, après avoir endossé fièrement son costume de Père Fouettard, avec la casse de l'assurance chômage. Face à la flambée des prix, le voilà, telle une dame patronnesse, distribuant plaisamment quelques étrennes à ses pauvres. Après la prime Macron, voilà une prime covid, puis un coup de pouce aux bénéficiaires de l'APL, l'aide personnalisée au logement – pourtant rabotée en début de mandat –, et enfin les fameux chèques de 100 euros, au nom du bouclier tarifaire et de l'inflation.

Alors oui, la propagande ministérielle se rengorge des multiples plans prétendument « de relance » : MaPrimeRénov', plan « 1 jeune, 1 solution » ou encore plan France 2030, autant de mesures qui ne sont souvent qu'une mauvaise compilation d'investissements déjà votés et qui restent toujours largement insuffisants. En somme, c'est la grenouille de la fable qui veut se faire bœuf, car « tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ».

Pourtant, une autre politique fiscale et budgétaire eût été possible. Mais, depuis que je siège à la commission des finances, c'est avec la même morne cadence que nos amendements sont refusés, déboutés, parfois sans un mot.

Évidemment, je conçois que La République en marche ne fasse pas sien le programme de La France insoumise – et je le constate. Mais enfin, en cinq années de débats budgétaires, après le « quoi qu'il en coûte » de la crise sanitaire, il est certaines de nos propositions qui auraient pu faire l'objet d'un véritable échange.

Je pense ici à notre souhait de mieux lisser la contribution fiscale des Français par la création de quatorze nouvelles tranches, pour ne pénaliser ni les classes populaires ni la classe moyenne. Je pense encore au rétablissement de l'ISF, à la suppression des niches iniques, à notre plan de construction, de réhabilitation et d'isolement de logements sociaux ou encore à l'investissement dans le fret et le transport ferroviaire, afin de dessiner une solution alternative au tout-bagnole.

Toutes ces mesures permettraient d'amorcer un véritable choc de relance, bénéficiant de l'effet multiplicateur d'un investissement massif dans l'économie réelle, à l'instar de ce que l'on observe dans d'autres grands pays comme la Chine et les États-Unis.

Alors que la cinquième vague est désormais une réalité, nous avons formulé des propositions concrètes permettant d'atténuer les effets les plus délétères de cette crise aussi bien sanitaire que sociale : bloquer en amont les prix de l'énergie et des produits de première nécessité ; augmenter de façon significative le SMIC, puisque vous chérissez tant la valeur travail ; asseoir et conforter l'autonomie de nos jeunes, quand près de la moitié de nos étudiants sont dans l'obligation de travailler pour financer leurs études ou qu'ils allongent la queue des inscrits à l'aide alimentaire et des pauvres.

Cependant on ne trouve nulle trace de ces réalités humaines dans les bleus budgétaires.

Face à de telles évidences, mentionnées dans des rapports d'experts et reprises dans des tribunes, je me suis souvent demandé : est-ce par mauvaise foi ou pour cause d'endoctrinement que vous occultez cette réalité humaine, qui devrait pourtant guider le politique ? C'est probablement un savant mélange des deux.

Pour finir, je voudrais ici témoigner de ma première expérience au sein de la commission des finances. Parfois, j'ai pu m'y sentir comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Devant la complexité des mesures fiscales, face à des collègues aguerris en la matière, j'avais le sentiment d'être lourdaude et maladroite, défendant nos sempiternels « amendements politiques ».

Mais parfois aussi, face à vos réponses tantôt méprisantes, tantôt moqueuses, mais toujours technocratiques, à vos silences et à vos réponses lapidaires, je me suis aussi sentie comme une porcelaine dans un magasin d'éléphants. L'éléphant, c'est le poids de votre pensée unique : une pensée bardée de certitudes, incapable de concevoir des solutions alternatives, sinon pour en ricaner.

Votre pensée unique, c'est l'ordolibéralisme et ses mantras. C'est aussi votre adhésion aveugle à toutes ces fadaises pourtant contredites par les faits.

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