Intervention de Philippe Benassaya

Séance en hémicycle du mardi 1er février 2022 à 21h45
Dysfonctionnements et manquements de la politique pénitentiaire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPhilippe Benassaya :

Mais ne craignons pas les mots, et ne détournons pas notre regard. « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde », écrivait Albert Camus. Pour beaucoup de nos compatriotes, la prison, ce sont d'abord des murs et, derrière ces murs, l'inconnu, un monde qui fait peur. Or la commission a cherché à comprendre et à faire comprendre ce qu'il y a derrière, le bien et le moins bien.

Une commission d'enquête a pour objectif de pointer du doigt ce qui ne va pas et ce qui pourrait être amélioré. En l'espèce, il s'agissait non pas d'incriminer l'administration pénitentiaire, mais plutôt d'examiner sans complaisance notre politique pénitentiaire.

Cet examen nous a semblé urgent. Surpopulation carcérale persistante, radicalisation croissante, taux de suicide endémique – 120 suicides en 2020, soit un suicide tous les trois jours environ –, faiblesse des moyens dévolus au secteur médical, baisse de l'employabilité des détenus, manque de considération envers un personnel pénitentiaire dont le travail n'est pas toujours reconnu, implication encore parcellaire des élus locaux dans les projets bâtimentaires : ce sont autant de signaux révélateurs d'une situation tendue. Il n'a donc jamais été question de mettre la poussière sous le tapis mais, au contraire, de jeter un regard lucide sur l'avenir de nos prisons dans l'Hexagone et en outre-mer.

Pour mieux comprendre, commençons par les chiffres. La France compte près de 190 établissements pénitentiaires, dont plus de 80 maisons d'arrêt qui débordent. Je reviens d'un déplacement avec notre candidate Valérie Pécresse, très impliquée sur la question carcérale, à la maison d'arrêt de Tours, dont la surpopulation dépasse 200 %. Au total, il y a 69 000 détenus pour un peu plus de 60 000 places, et 1 600 d'entre eux dorment sur des matelas au sol dans des cellules de neuf mètres carrés – ce nombre a bondi de 140 % en un an. Le nombre de détenus devrait atteindre 80 000 en 2027. Plus de 1 000 détenus sont radicalisés. La politique d'insertion professionnelle est en chute libre : 11 % des détenus sont en situation d'illettrisme et 65 % étaient sans emploi avant d'être incarcérés.

Certes, des efforts ont été fournis ces dernières années, en faveur de la rénovation bâtimentaire et de la création, par exemple, des structures d'accompagnement vers la sortie (SAS), mais le compte n'y est pas. Dans de nombreux domaines, la prison accumule retards et dysfonctionnements.

Cependant, les travaux d'une commission d'enquête, aussi fondamentaux soient-ils, ont leurs limites. Les conclusions sont le fruit d'un large consensus et d'un exercice parlementaire transpartisan. Est-ce un mauvais rapport ? Non, bien sûr – je l'ai dit. Il dresse un état des lieux précis de la situation de nos établissements pénitentiaires. Va-t-il assez loin ? Non, malheureusement. Le cahier des charges des Républicains était ambitieux, exigeant, précis.

Il nous appartient donc ce soir, avec mon groupe, d'aller plus loin et de porter un regard plus politique sur cinq thématiques prioritaires. La première est la plus importante : c'est la question centrale de la surpopulation carcérale. Voilà le nœud du problème, qui freine toute politique crédible et concrète, qui parasite la réponse pénale. La surpopulation carcérale est un vieux serpent de mer idéologique. Robert Badinter – tout Robert Badinter qu'il était – avait dit en son temps : « Je ne serai pas le Vauban de la pénitentiaire », et Christiane Taubira, en 2012, avait annulé le plan de construction de 24 000 nouvelles places lancées par la droite lorsqu'elle était aux responsabilités.

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