Intervention de Florence Parly

Réunion du jeudi 6 juillet 2017 à 11h15
Commission de la défense nationale et des forces armées

Florence Parly, ministre des Armées :

Le sujet n'est pas de donner dans l'affichage mais bien de passer de 1,7 %, en effet, à 2 % du PIB ; il n'est pas question d'y intégrer les Anciens combattants et autres missions qui, si elles participent au paysage général, n'ont jamais fait partie du périmètre de comptabilisation de l'effort de défense. Car tout cela correspond à une réalité physique : il ne s'agit pas seulement de chiffres mais de moyens, de personnels, de régénération de nos équipements.

Avant même d'élaborer le prochain projet de loi de programmation militaire, mon objectif est de préparer le projet de loi de finances pour 2018 et, plus urgent encore, d'examiner la gestion pour 2017 puisque, vous le savez, des ajustements, à la suite du rapport de la Cour des comptes, sont prévus à très brève échéance.

Le dimensionnement de notre outil de défense est avant tout un choix politique. Tous les choix politiques sont possibles ; encore faut-il qu'ils trouvent une traduction concrète dans les moyens donnés aux forces armées.

Je reviens sur notre ambition européenne. Les décisions récentes du Conseil européen nous offrent une réelle opportunité de construire une défense forte, plus protectrice parce que conçue, précisément, à l'échelle de l'Europe, et dont les moyens seraient davantage mis en commun. En tant que principale puissance militaire européenne, la France a un rôle éminemment moteur à jouer. Nous devrons d'abord organiser la complémentarité opérationnelle et capacitaire et, au-delà du couple franco-allemand, associer non seulement de grands pays comme l'Espagne et l'Italie, mais aussi le plus grand nombre de nos partenaires européens afin que ces derniers n'aient pas l'impression d'une Europe à deux vitesses, avec d'un côté des acteurs majeurs et de l'autre les « petits pays ».

J'en viens à mes projets pour ce qui concerne les ressources humaines. Mes prédécesseurs avaient lancé un plan important d'amélioration des conditions de vie et de travail des personnels du ministère ; j'entends en poursuivre la réalisation car il est de notre devoir d'offrir les meilleures conditions de vie possible à ceux qui prennent tant de risques pour défendre nos libertés. Beaucoup a été fait dans le domaine de la qualité de vie, des conditions de travail, d'hébergement, de l'habillement – qui constituent également de réels éléments de sécurité pour nos soldats – de plus grande qualité, comme dans celui de la simplification des procédures administratives : c'est un élément de cohésion au sein du ministère et notamment entre personnels civils et militaires.

Si le ministère de la Défense, devenu ministère des Armées, s'est profondément modernisé, l'effort en la matière n'est pas achevé. La véritable mue ainsi engagée a en tout cas valeur d'exemple dès lors qu'on évoque la réforme de l'État – nous pouvons en effet être très fiers de cette performance : la diminution de 65 000 personnels n'a pas empêché des gains d'efficacité significatifs, j'y insiste. Nous allons poursuivre l'adaptation du ministère aux défis de la modernité, en ce qui concerne tant les hommes que les matériels, qui certains doivent être renouvelés par l'entrée en service de nouvelles générations d'équipements permettant un réel saut technologique : la réforme de la DGA sera à cet égard un élément déterminant. Nous allons prochainement désigner un nouveau DGA qui aura pour mission non seulement d'améliorer la qualité et de veiller à la modernité de nos équipements, mais également d'engager une profonde transformation visant à trouver des modes de financement innovants pour accélérer le renouvellement des matériels.

Un mot sur les industries de défense, dont il a beaucoup été question lors du Salon du Bourget. Une défense nationale crédible doit pouvoir s'appuyer sur une base industrielle et technologique de premier plan. J'ai rappelé que la DGA était le premier investisseur de l'État : 17 milliards d'euros par an sont dépensés chaque année pour couvrir à la fois nos besoins d'armement et nos besoins en infrastructures. Ces programmes d'investissement, très structurants pour nos armées et pour notre industrie, apportent une contribution essentielle au développement économique, à l'innovation et à l'emploi. Notre industrie de la défense irrigue un tissu de 1 800 entreprises représentant quelque 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 150 000 emplois. Elle dégage sept milliards d'euros d'excédent commercial, contribuant ainsi de manière décisive à notre commerce extérieur.

L'industrie de défense est aujourd'hui confrontée à deux défis principaux : celui de l'innovation et celui de la coopération et l'intégration européenne.

L'innovation est un des moteurs du développement de l'économie. Nous la soutiendrons en portant à un milliard d'euros le budget annuel de la recherche et technologie de défense, contre 730 millions aujourd'hui. Un effort tout particulier sera consacré aux petites et moyennes entreprises (PME). Nous serons particulièrement attentifs aux technologies et aux filières clés qui seront protégées. Enfin, nous proposerons une initiative pour l'innovation dans les technologies de sécurité et de défense, appuyée sur les programmes des investissements d'avenir (PIA).

Par ailleurs, la période récente a été riche en consolidations industrielles dans le secteur de la défense, avec des mouvements tels que nous n'en avions pas connu depuis le début des années 2000 : KNDS, OneMBDA, Airbus Safran Launchers, ou encore le rapprochement en cours entre Safran et Zodiac. La consolidation industrielle reste un enjeu primordial de développement de nos entreprises et il reste encore beaucoup à faire, en particulier au niveau européen.

Je tiens enfin à partager quelques-unes de nos réussites à l'exportation. Mon prédécesseur s'est montré particulièrement actif en la matière et j'entends bien poursuivre dans cette voie. En 2016, les prises de commande ont en effet atteint 14 milliards d'euros. La France exporte donc désormais plus d'armements qu'elle n'en achète ; il faut s'en féliciter compte tenu du rôle que joue cette industrie dans le développement économique du pays et sa balance commerciale.

Nous remportons également des contrats de long terme comme la conception et la réalisation pour l'Australie de douze sous-marins. J'accueillerai le Premier ministre australien dimanche prochain à Cherbourg pour inaugurer les premiers locaux dédiés aux travaux d'ingénierie de ce chantier. Nos succès commerciaux sont le fruit de la grande qualité de nos matériels et de nos technologies ainsi que d'une structuration coordonnée et efficace entre les autorités politiques, la DGA, les armées et les industriels. « L'équipe France » est en ordre de marche ; j'y prendrai pleinement ma place au service d'une politique d'exportation volontariste, coordonnée et dynamique.

Pour finir, je souhaite placer au coeur de mon action à la tête du ministère le renforcement du lien entre armées et Nation, lequel commence naturellement par le respect pour les anciens combattants qui doivent être pleinement intégrés à la société et recevoir à la hauteur de ce qu'ils ont donné – anciens combattants qui, vous le savez, sont de plus en plus jeunes. Ce lien passe également par la jeunesse : les armées ont toute leur place dans leur formation. Elles doivent continuer à porter auprès des jeunes les valeurs de la République. Le chantier du service national obligatoire, voulu par le président de la République, participe de cette dynamique. J'ai demandé à la secrétaire d'État placée sous ma responsabilité, Geneviève Darrieussecq, de bien vouloir suivre spécifiquement ces dossiers.

J'en ai terminé, vous présentant mes excuses pour l'excessive longueur de mon propos. Je me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions, sollicitant votre indulgence dans la mesure où j'ai pris mes fonctions il y a seulement deux semaines et que je ne saurai donc avoir réponse à tout. J'entends toutefois vous répondre, quitte à le faire de manière différée. (Applaudissements)

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