Intervention de François Ruffin

Réunion du mercredi 20 juin 2018 à 9h30
Commission des affaires économiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

Lors de l'examen du projet de loi EGALIM, l'argument de l'Union européenne nous a été régulièrement opposé pour bloquer nos amendements visant à imposer des prix planchers ou à favoriser le produit local. Ce qui est à mon avis regrettable, à la fois pour les paysans et pour la transformation écologique de l'agriculture.

Vous avez cité Edgar Pisani à de nombreuses reprises, en oubliant de parler de son quasi mea culpa à la fin de sa vie ! Certes, c'est l'homme qui a mis en place la PAC en 1962, qui a contribué à la modernisation de l'agriculture française et l'a tournée vers l'exportation. Mais il a évolué sur le sujet et s'est mis à défendre d'autres objectifs, à ses yeux primordiaux : dans ses derniers propos, il dénonce les usines agricoles, appelle à ne pas faire une loi du mécanisme de marché, aussi nécessaire soit-il, et plaide pour une remise en chantier de la PAC pour que celle-ci assume, conformément au traité de Rome, non plus seulement une fonction productive, mais également sa fonction sociale, territoriale et culturelle.

Et alors qu'un de ses fondateurs appelait à un virage et à une transformation, le paquebot de la politique agricole commune de l'Union européenne, emporté par son inertie, continuait à foncer dans la même direction… Pourtant, l'autosuffisance alimentaire française – et européenne – est désormais assurée !

Les traités signés – accord économique et commercial global (CETA), accord avec le Mexique ou bientôt avec le Mercosur – sont symptomatiques de ce libre-échange mondialisé qui ne correspond absolument ni aux besoins des agriculteurs, ni au désir profond des citoyens et des consommateurs. La PAC est emportée par cette idéologie…

J'ai rencontré un paysan arboriculteur à Châteauneuf-sur-Isère, producteur d'abricots. Il est en concurrence avec les Espagnols et n'arrive pas à s'en sortir car ses coûts de production sont supérieurs aux prix du marché. Il m'explique que tout ça, c'est la faute de Milton Friedman. Je lui demande ce que ce néolibéral, fondateur de l'école de Chicago, a à voir avec ses problèmes. Il me répond : « J'habite une région située dans un pays, la France, qui fait partie de l'Union européenne. Mais les dirigeants de l'Union européenne sont adeptes des théories de l'école de Chicago ! Il y a quelques années, j'ai rencontré à Bruxelles les cadres en charge du secteur du lait et ils ne vénèrent que le marché ! Le marché, le marché, le marché ! J'avais l'impression de voir de petits soldats de Milton Friedman ! ».

Face à cette orientation fortement politique, mais où ce ne sont plus les politiques qui dirigent, mais des technocrates à Bruxelles, nous devons exprimer notre désir d'une réorientation radicale de la politique agricole commune : elle ne doit plus être menée par la force d'entraînement des petits soldats de Milton Friedman.

Nous voterons donc la résolution qui nous est proposée : elle va dans le bon sens, même s'il faut aller plus loin et faire de la PAC un véritable outil de transition écologique.

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