Intervention de François Ruffin

Séance en hémicycle du vendredi 14 septembre 2018 à 21h30
Équilibre dans le secteur agricole et alimentaire — Explications de vote

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

Il faudra fixer un cap à tout cela. Il faudra mettre en place, pour reprendre les mots de Bruno Dufayet, un nouveau contrat social, qui n'est pas affirmé dans cet hémicycle : je veux parler de l'agroécologie. Il faudrait que l'État et le monde agricole mettent la même énergie à sortir de la chimie, du pétrole et des engrais qu'ils en ont mis pour évoluer, dans la période de l'après-guerre, vers l'auto-alimentation et la souveraineté alimentaire.

Pour cela, il faut à la fois produire et diffuser de la recherche en allant vers l'émulation, l'objectif étant de redonner une autonomie aux paysans afin qu'ils sortent de la techno-structure des banques, de l'industrie, de la chimie et de la grande distribution.

Pour conclure, une anecdote, trouvée dans un bouquin intitulé Comment notre monde est devenu cheap : ses auteurs expliquent que la grande crise de l'épidémie de peste noire ainsi que la chute démographique qui a suivi s'expliquent par la baisse de rendement des sols. Mais cette crise s'explique également parce que l'ordre social de l'époque ne s'est pas adapté : les seigneurs n'ont pas laissé les paysans produire ce qu'ils voulaient.

Ils écrivent ceci : « Si on les avait laissé, les paysans, faire, ils seraient passés de la monoculture du blé ou de seigle à des mélanges de cultures qui auraient inclus des produits maraîchers. La production de nourriture en Europe occidentale aurait pu alors doubler, voire tripler. Mais cette transition fut impossible parce que les seigneurs féodaux veillaient jalousement à la reproduction d'un système agricole qui privilégiait les gains à court terme au détriment d'ajustement vitaux, parce qu'ils avaient l'inconvénient d'écorner leurs revenus ».

Ce qui est raconté dans cet ouvrage à propos du XIVe siècle est exactement ce qui prévaut aujourd'hui. Aujourd'hui aussi, les seigneurs veillent jalousement à la reproduction d'un système agricole qui privilégie leurs gains à court terme au détriment d'ajustements vitaux qui présentent l'inconvénient d'écorner leurs revenus.

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