Intervention de Jean-Luc Mélenchon

Séance en hémicycle du jeudi 21 février 2019 à 15h00
Protéger la population des dangers de la malbouffe — Article 2

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Luc Mélenchon :

Je crois que nous allons voir, au fur et à mesure de la discussion, se confronter deux manières de voir le problème dont nous traitons.

Il y a d'un côté ceux qui disent : « On ne sait pas, donc bénéfice du doute positif : laissons faire ». Et ils ajoutent avec humanité – parce qu'il n'y a ici que des gens préoccupés du bien-être des autres : « Il suffit d'informer, les gens décideront ».

Ce sont deux erreurs en une. Il n'est pas vrai, d'abord, que l'on ne sache pas : on sait en tout cas que toute modification des régimes alimentaires des êtres humains provoque des perturbations. On peut suivre sur la carte des maladies qui apparaissent en Europe les vagues d'immigration humaine : à mesure qu'elles se sont déroulées, elles ont amené des consommations inconnues auparavant, et qui n'ont jamais été assimilées par certains groupes humains, ici ou là, même si, majoritairement, elles l'ont été. C'est le cas du lait, ou encore de certains grains, entre autres… On sait donc au moins qu'il n'est pas neutre d'ingérer ceci ou cela, et qu'il ne fait pas de doute, par conséquent, que les produits chimiques posent problème.

Deuxième élément : les comportements humains. Pendant 200 000 ans, nous avons d'abord été des chasseurs-cueilleurs, et, parmi les traits qui ont été sélectionnés, s'est trouvée l'aptitude, la volonté, l'acharnement à trouver du sucre. C'est comme ça : ceux qui s'en procuraient, dans des fruits ou des rayons de miel, survivaient et se reproduisaient. Bref, je ne veux pas vous donner un cours de darwinisme résumé, cette addiction était positive.

Dans la société moderne, elle a été aperçue par les producteurs qui se sont dit : « Profitons-en ! Puisque les gens sont attirés par le sucre, ils le sont d'une manière qui ne tient pas à leur comportement rationnel ». Et c'est là que vous vous trompez, vous qui pensez qu'il suffit d'informer. Si les comportements des êtres humains n'étaient déterminés que de manière rationnelle, le monde ne serait pas ce qu'il est. La plupart des comportements humains sont dictés par des causes irrationnelles.

C'est tellement vrai que, sur l'alimentation, toutes les religions, toutes les philosophies, commencent par fixer des prescriptions extrêmement impérieuses. C'est la première fois dans l'histoire que l'on voit des dirigeants politiques, comme hier des dirigeants religieux ou politiques, dire : « Écoutez, il suffit que vous soyez en forme, et on verra bien ». Eh bien, le prophète n'a pas dit « on verra bien » à propos du cochon, mais : « il est interdit d'en manger ». C'est pareil dans la Bible et dans la Torah.

C'est dire que les prescriptions alimentaires ont toujours été impérieuses, parce qu'elles tenaient compte du fait que les êtres humains suivent des pentes qui ne sont pas celles que la raison leur dicte. L'addiction au sucre est exploitée par les producteurs pour vous faire acheter quelque chose que vous n'achèteriez pas en telle quantité si ce n'était pas pour recevoir du sucre.

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