Intervention de Tristan Mendès France

Réunion du jeudi 7 mars 2019 à 14h00
Commission d'enquête sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en france

Tristan Mendès France, enseignant à l'École des hautes études en sciences de l'information et de la communication (CELSA), maître de conférences associé à l'Université Paris-Diderot :

Merci pour votre invitation. Je vais essayer de répondre au mieux aux différentes questions que vous avez posées. Je n'aurai pas de réponse à tout, notamment sur le volet des propositions – il faudra que je sois très précautionneux quant à ce que je vais vous dire sur ce plan. Je vais essayer d'être le plus utile possible en m'efforçant de décrire une partie des nouveaux usages, notamment ceux des jeunes générations que l'on peut identifier, en gros, comme l'extrême droite en ligne.

J'insisterai dans mon propos liminaire sur le fait – et je pense que d'autres intervenants ont pris la même précaution avant moi – qu'il y a toujours un problème de délimitation de ce sujet. L'extrême droite est un terme assez vaste, et les spécialistes ne sont pas tout à fait d'accord sur son périmètre exact. Je vais, en outre, vous parler d'une mouvance un peu plus spécifique qui est l'extrême droite en ligne : elle n'est pas forcément représentative de l'extrême droite telle qu'on l'entend traditionnellement.

Si j'en ai le temps, je vais surtout essayer d'identifier, de décrire ou de dépeindre le profil des toutes nouvelles générations qui arrivent sur le marché et qui sont porteuses de pratiques et d'usages assez déroutants. Il me semble assez important de les baliser, car ils sont annonciateurs, à mon avis, de l'extrême droite qui vient, ou en tout cas des pratiques qui vont faire surface – elles commencent déjà un peu à le faire.

Plusieurs termes, très discutés, viennent à l'esprit pour qualifier cette nébuleuse, cet activisme en ligne de l'extrême droite. On parle souvent de « fachosphère », ce qui n'est pas un terme scientifique, j'en conviens, de « réacosphère » ou de « réinfosphère ». Ce sont des terminologies utilisées par certains spécialistes mais décriées par d'autres, je le répète. Il est également question de « patriosphère ». C'est un terme qui a pour avantage d'avoir été employé par Marine Le Pen elle-même, et il a donc un certain poids. Quels que soient la dénomination et le périmètre, qui va être difficile à tracer, de cet activisme en ligne – et je serai assez descriptif sur certains aspects –, cette mouvance, hétéroclite, repose essentiellement sur une myriade de sites, de blogs, de pages, de profils sociaux, de chaînes YouTube, de groupes, de forums et de services de messagerie, où l'on retrouve une trace évidente des courants traditionnels de l'extrême droite telle que des spécialistes ont dû vous la présenter, que ce soient les néoconservateurs, les ultralibéraux, les identitaires, les nationalistes, les catholiques traditionalistes ou les intégristes. Bref, toutes les familles du courant de pensée de l'extrême droite en France, à l'heure actuelle, sont évidemment représentées en ligne, mais elles ne font pas bloc. Il n'y a pas d'unité d'action en ligne, sur les plateformes numériques. Mais il existe des convergences opportunistes, en fonction des sujets, des enjeux et de l'actualité.

Même s'il ne m'est pas agréable de citer ces sites, car cela leur fait un peu de publicité, il faut quand même illustrer le propos. Parmi les sites les plus influents de cette nébuleuse que l'on pourrait qualifier de « fachosphère », il y a notamment, en France, Égalité et Réconciliation de M. Soral, qui est visiblement le premier blog politique français, sur le plan de l'audience. Elle doit être comprise entre 5 et 7 millions de visiteurs par mois, ce qui n'est pas quelque chose de marginal : c'est une vraie plateforme. Il en existe beaucoup d'autres, comme Novopress, Fdesouche, Polémia, Riposte laïque et Boulevard Voltaire. On en trouve des centaines. Et je parle de la fachosphère francophone, qui n'a pas de frontières : il y a aussi des sites belges particulièrement influents en France, ou des sites canadiens francophones qui peuvent aussi avoir une certaine audience. Il existe vraiment une internationale de sites ayant une certaine « traction » dans cette nébuleuse de la fachosphère.

Cette nébuleuse – encore une fois, je resterai toujours un peu vague dans la délimitation de l'objet dont je vais parler, même si je serai ensuite un peu plus spécifique quand j'aborderai davantage la question des jeunes militants d'extrême droite en ligne – utilise de façon privilégiée les plateformes numériques pour diffuser ses idées, pour recruter, pour renforcer ses communautés, quelles qu'elles soient, pour se mobiliser en vue d'actions spécifiques, pour mutualiser et échanger avec différentes mouvances – il y a des passerelles – et pour contourner les médias auxquels ces acteurs n'ont pas accès. Cela correspond d'ailleurs assez bien à leurs fantasmes et à leurs discours antimédias et antisystème. Ils font donc d'une pierre deux coups : ils profitent de ces plateformes pour s'exprimer, et c'est aussi une façon de dire qu'ils évitent une intermédiation, celle des médias, pour s'exprimer – on parle directement aux internautes, avec une sorte de fantasme de démocratie un peu directe.

La régulation de ces espaces numériques, et c'est l'un des problèmes qui vous concernent particulièrement, est extrêmement complexe. Je ne citerai qu'un seul exemple pour montrer les limites auxquelles la justice et le législateur sont confrontés. C'est probablement l'un des sites les plus abjects de cette mouvance, ou nébuleuse, d'extrême droite en ligne. On trouve derrière ce site un personnage qui s'est exilé au Japon, et que certains intervenants ont probablement évoqué avant moi : Boris Le Lay. Cela m'écorche la bouche, mais il faut bien citer le nom de ce site : il s'agit de Démocratie participative. L'individu dont je parle a été condamné par la justice française à de la prison ferme, et le site a également été condamné à être bloqué sur notre territoire. Outre le fait que cette personne se soustrait à la sanction pénale en évitant de fouler le sol français, le site reste malheureusement accessible, bien que la justice ait mis en place un dispositif qui empêche d'y accéder via certains canaux et que Google ait été contraint à le déréférencer – cela veut dire qu'on ne peut pas y accéder en cherchant son nom sur le moteur de recherche de Google. Ce site hystériquement abject et toxique reste néanmoins accessible, tout simplement parce qu'il suffit à son créateur de changer le lien, l'URL, notamment l'extension de l'adresse.

Autre élément, peut-être plus anecdotique mais que je trouve assez surprenant, le site n'est plus accessible si on le cherche via Google, mais il le reste malheureusement sur le moteur de recherche Qwant, qui est apparemment vu de manière favorable par l'administration française. C'est un moteur de recherche français qui est tout à fait respectable, notamment sur le plan des données personnelles, mais si l'on tape « démocratie participative » sur cette plateforme, le premier résultat qui apparaît est le site en question.

Tout le monde le sait : c'est un espace qui est extrêmement difficile à réguler et à contrôler à partir du moment où l'on joue sur le fait que la législation a une base territoriale alors que le Web, lui, n'en a pas. Cette problématique existe depuis de nombreuses années, mais on y est particulièrement confronté avec les discours haineux et d'extrême droite. C'est un espace qui leur est particulièrement favorable.

La nébuleuse dont nous parlons est compliquée à identifier, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, elle n'a plus de frontières, et les partenariats qui se tissent peuvent être transnationaux. Il peut y avoir des partenariats ponctuels entre des gens qui n'ont pas les mêmes agendas idéologiques, mais qui peuvent se coordonner, à un moment donné, pour une action spécifique. Il existe des associations opportunistes. On voit également que différents acteurs, de différentes natures, viennent jouer dans cet écosystème. Il y a des acteurs étatiques – on a de forts soupçons d'ingérence de la part d'agences pro-russes qui chercheraient à soutenir ou à accentuer la visibilité de certaines propagandes qui font irruption dans la fachosphère – mais aussi – et l'article paru ce matin dans Le Monde le révèle – des milliardaires américains, comme la famille Mercer, assez connue, qui soutient les mouvances d'extrême droite un peu partout en Europe – soit des initiatives en ligne soit des individus. Les Mercer sont notamment connus à travers le scandale « Cambridge Analytica » qui a eu lieu aux États-Unis. Cette famille, qui est favorable à Trump, était liée à cette affaire de fuite et d'exploitation de données. Il y a donc, aussi, des milliardaires américains qui peuvent essayer d'influer sur cet espace particulièrement dérégulé que recouvre la fachosphère. On y trouve également, et c'est une évidence, des acteurs politiques, des militants et de simples internautes qui ont une certaine inclination idéologique.

Tout cela fait que, lorsque l'on parle de la fachosphère, de l'extrême droite en ligne, on a affaire à un espace qui n'a pas de centre, et qui relève un peu, si cela peut vous parler, de mouvances décentralisées telles que les Anonymous ou les Gilets jaunes, qu'il est difficile de quantifier et dont il est également délicat d'identifier les demandes, parce qu'elles sont diverses et variées, voire contradictoires. C'est la même chose pour cette nébuleuse d'extrême droite en ligne.

Il reste que l'on peut identifier trois modes opératoires au sein de cette mouvance. Ils ne lui sont pas uniquement propres, mais ils la caractérisent particulièrement. Il y a ainsi trois niveaux d'action. Le terme de « guerre » est un peu fort, mais je l'utilise pour la formule : on observe une guerre à la fois sémantique, sémiologique et de l'information.

Il existe tout d'abord une guerre, ou un combat, sémantique, c'est-à-dire qui porte sur les mots. C'est un combat traditionnel de l'extrême droite, mais ces acteurs vont pousser en avant et essayer de s'approprier certaines terminologies : la « réimmigration », le « globalisme », qui a une signification très particulière dans cet écosystème, et le terme de patriote, tout simplement, qui tend à être accaparé par ce milieu en ligne. À cela s'ajoutent certaines inventions. Pendant la primaire des Républicains qui a précédé la dernière élection présidentielle, la fachosphère a utilisé l'expression : « Ali Juppé », pour décrédibiliser le candidat Alain Juppé en soulignant l'idée qu'il était pro-migrants ou pro-islam. C'est une guerre des mots, sémantique, qui a évidemment une vocation de propagande.

Il y a aussi une guerre sémiologique, portant sur les signes, qui est menée avec l'utilisation extensive et très agile d'un élément propre à cette culture de l'extrême droite en ligne, de cette nouvelle génération, que sont les mèmes. Cela peut être des images ou des motifs chargés idéologiquement, qui constituent un vecteur très digeste pour les jeunes générations – c'est quelque chose qui leur parle énormément.

Le dernier volet est la guerre de l'information classique, traditionnelle, qui consiste à essayer de propager une information ou une fausse information, une infox – une fake news –, par différents moyens. Je mentionnerai deux aspects. Il y a notamment ce que l'on appelle l'astroturfing, terme qui a une certaine popularité en ligne et qui désigne tout simplement le fait de simuler ou d'essayer de créer l'illusion d'une foule spontanée en ligne, en cachant la coordination qui se trouve derrière elle. Pour donner une illusion de foule, on peut multiplier les comptes et les faux comptes, alimentés par des individus ou par des bots, c'est-à-dire d'une manière automatisée. Cela permet d'augmenter la visibilité des contenus. De façon concomitante, ce type d'action a un impact significatif sur l'écosystème des algorithmes, qui est absolument central et dont je dirai un tout petit mot tout à l'heure. L'extrême droite en ligne est très familière des algorithmes : elle sait les utiliser, peut-être les tromper, en tout cas les optimiser à son profit. Ces acteurs le font mieux que d'autres, malheureusement.

Je vais maintenant me focaliser davantage sur la nouvelle génération qui arrive, et qui a un profil assez déroutant, à mes yeux : il ne correspond pas nécessairement à l'image que l'on a traditionnellement de l'extrême droite, celle que l'on connaît en France depuis de nombreuses années. Je voudrais retracer l'origine particulière de ces profils en ligne. Je pense qu'ils sont une déclinaison, ou qu'ils ont un lien généalogique avec ce que l'on appelle l'Alt-right américaine. C'est une mouvance qui est apparue en ligne aux alentours de 2010. L'Alt-right, qui veut dire « droite alternative », regroupe une sorte de droite radicale assez originale. Elle ne repose pas uniquement sur les canons traditionnels de l'extrême droite : c'est un mélange, un ensemble composite qui peut être assez déroutant, et qui est lié, notamment, à son origine. Son origine, sa « traction », sa visibilité et sa mise en orbite sont associées à deux sites mythologiques dans la culture numérique et du Web, au plan américain et mondial, qui sont vraiment extrêmement importants dans l'histoire du Web, à savoir 4chan.org et un autre forum permettant de partager du contenu anonymement qui s'appelle Reddit.

Ces deux plateformes, qui ont véritablement mis en orbite l'Alt-right américaine, étaient à l'origine des poumons culturels du Web. Elles dictaient un peu les modes et les coutumes que l'on perçoit aujourd'hui encore, même quand on est un utilisateur un peu lointain. Ce sont vraiment des trendsetters, comme on dit – et je suis désolé de cet anglicisme –, qui fixent les modes et les usages. C'est sur ces deux grandes plateformes que l'Alt-right a commencé à récupérer certains forums. Je ne vais pas trop entrer dans les détails, mais la droite suprématiste blanche a été la première à pénétrer ces deux grands sites pour essayer de convaincre ceux qui étaient familiers de ces cultures numériques, sur place. Une jonction a pu se faire sur ces deux sites entre une culture d'extrême droite et une culture numérique – de nouveaux usages, de nouvelles tendances, de nouvelles pratiques, de nouvelles références et de nouveaux codes – autour de 2010.

C'est une véritable soupe numérique dans laquelle certains profils commencent à faire surface. Je ne peux vous donner que quelques aperçus de ce qu'ils peuvent agréger comme contenus, autour de valeurs d'extrême droite traditionnelle, mais pas seulement. On y trouve pêle-mêle, de façon cumulée ou non, un discours antisystème, complotiste, antimigrants, raciste – évidemment –, antimusulmans, antisémite, négationniste, mais aussi et surtout un discours, qui tient une place prépondérante, antiféministe, anti-LGBT et masculiniste, de façon très radicale, un discours assez traditionnellement antimédiatique, anti-élite et anti-Europe – celle-ci étant considérée comme très faible – et un discours favorable aux régimes forts et populistes, ce qui est également propre à l'extrême droite. Une phrase d'une tête de proue de l'Alt-right américaine, mais qui est un Britannique, ayant pignon sur rue dans la fachosphère française, Paul Joseph Watson, a eu beaucoup de succès dans la fachosphère mondiale, y compris en Europe et en France : « le populisme est le nouveau punk ». Cette phrase a eu énormément de « traction » auprès de la fachosphère américaine, mais aussi française – il y a des passerelles évidentes.

Le ton est une autre particularité de la mouvance qui arrive, de la jeune génération militante en ligne. Ce ton, hérité des deux plateformes dont j'ai parlé, 4chan et Reddit, est un peu celui d'un « troll » – je suis désolé d'employer ce terme. Il n'a pas de définition scientifique, mais je voudrais retracer les pourtours de ce que peut être un « troll » aujourd'hui. Beaucoup de gens ne sont pas d'accord avec la définition que je vais donner, mais ce n'est pas grave. En gros, cela consiste à tenir un propos ou à avoir une posture un peu nihiliste, de provocation, de ricanement, de moquerie, d'humour noir, d'ironie. C'est ce ton qui « encapsule » systématiquement le discours idéologique, réel et concret, que l'on cherche à faire passer. Si on a un message, on va toujours essayer d'utiliser ce ton, qui est hérité de la culture numérique et des usages développés sur les plateformes anonymes dont j'ai parlé tout à l'heure. La frontière est évidemment extrêmement ténue entre un « trolleur », quelqu'un qui provoque, qui dit des obscénités sur le ton de l'humour, et le militant convaincu. En ce qui me concerne, j'estime que l'ironie raciste reste raciste, et l'ironie fasciste reste fasciste.

Je voudrais aborder rapidement deux autres points afin que vous saisissiez bien la nature de cette nouvelle génération de militance d'extrême droite en ligne.

Il y a la culture des mèmes, héritée des deux sites majeurs que j'ai évoqués : ce sont ces fameuses images virales, sur lesquelles je vais passer assez vite. Il en existe deux qui sont importantes. L'une, historique, est liée à l'élection de Trump : cette image, incubée sur les forums 4chan et par l'Alt-right, est une petite grenouille verte dont je vous épargne l'origine. Elle est devenue un symbole, un étendard viral, une arme de propagande et de regroupement, de façon significative, y compris lors de l'élection de Trump. Cela n'a pas été décisif, mais tout de même notable. En ce qui concerne la France, je ne donnerai qu'un seul exemple pour montrer que l'extrême droite, y compris traditionnelle, est familière de cette culture des mèmes, ce qui n'est pas le cas d'autres partis ou groupes politiques. En 2017, Florian Philippot, qui est un YouTubeur, même si vous ne le savez peut-être pas – il est présent sur des plateformes orientées vers les jeunes générations, sans grande surprise – a soulevé une tasse pour dire au revoir à la fin d'une de ses vidéos. Derrière cette tasse se trouvait une image d'un personnage qui a une moustache et qui a l'air d'être en train de rire : cette petite image est un mème, qui porte un nom – c'est El Risitas. Ce mème est l'emblème, le marqueur tribal d'un autre forum, qui est un peu le petit frère du site 4chan américain, le forum « 18-25 » du site Jeuxvideo.com. Ce site français, qui est particulièrement toxique et dont je dirai peut-être un mot tout à l'heure, regroupe une partie de la nouvelle extrême droite dans cette soupe primitive qui est en train de se structurer à travers différents forums. Lorsque Florian Philippot soulève cette tasse, il envoie un clin d'oeil à cette population, il lui adresse mille messages. Il lui dit : je parle votre langage, j'ai vos codes, je suis des vôtres. Quel autre parti politique le fait ? La connaissance de ces codes est une arme extrêmement efficace pour convaincre les nouvelles générations qui arrivent. J'ai peur que, pour l'instant, ce soit plutôt l'extrême droite qui soit à l'aise avec ces codes. L'exemple que je viens de citer n'en est qu'un parmi beaucoup d'autres.

Autre aspect, qui semble périphérique mais qui est central dans cette nouvelle génération qui arrive, dans cette extrême droite polymorphe, composite, on observe une mixture, une rencontre avec l'univers et la culture des jeux en ligne. Cette jonction est apparue au grand public lors d'un épisode dont je vous épargne les détails, mais dont le nom doit être prononcé : c'est le Gamergate de 2014. Je ne sais pas si d'autres en ont parlé avant moi. Pour dire les choses rapidement, c'est encore un épisode qui est né sur les forums de 4chan et qui a débordé sur Twitter et Reddit. Des joueuses en ligne avaient commencé à critiquer la misogynie des joueurs en ligne, ce qui a été récupéré par le forum 4chan et par les milieux d'extrême droite misogynes, antifemmes, qui ont organisé des raids et des attaques de masse, en meute, contre ces jeunes demoiselles en ligne, qui se sont fait harceler d'une manière hystérique, avec une violence effrayante, notamment sous forme de doxing – c'est-à-dire par la révélation de données personnelles. C'est un épisode qui a été surprenant pour les analystes, car on a vu une jonction entre l'univers des jeux en ligne et le milieu toxique de l'extrême droite, qui est masculiniste et antiféministe, entre autres.

Il existe un parallèle évident avec le forum Jeuxvideo.com, qui a été à l'origine, en 2017, d'un raid absolument abject contre la journaliste Nadia Daam, dont tout le monde a entendu parler. On retrouve évidemment « jeux vidéo » dans Jeuxvideo.com : il y a une culture propre à cette mouvance. Jeuxvideo.com est le petit frère de 4chan, je l'ai dit. Sans surprise, ce forum est à l'origine de certaines attaques en meute, ce qu'on appelle des « raids », et d'un véritable activisme politique qui peut avoir des conséquences dramatiques pour certains individus. Jeuxvideo.com représente des millions de vues par mois : ce n'est donc pas un phénomène marginal. Le Monde s'y est intéressé dans une enquête de 2017. Elle a montré que ce n'est évidemment pas tout le forum qui est concerné, mais une minorité agissante. C'est souvent le cas dans ces différents espaces : c'est toujours une minorité agissante et bruyante qui apparaît, qui est la plus visible dans ces écosystèmes et qui les rend toxiques. Selon l'enquête du Monde, 6 % des utilisateurs généraient 50 % des messages favorables à l'extrême droite. C'est une minorité, je le répète, mais elle arrive à avoir une forte visibilité dans ces espaces. Et cela représente un levier d'action qui est, hélas, particulièrement efficace.

Je vais essayer d'aller vite, car je n'ai peut-être plus beaucoup de temps.

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