Intervention de Anna Creti

Réunion du jeudi 4 avril 2019 à 16h40
Commission d'enquête sur l'impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l'acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique

Anna Creti, professeure à l'université Paris-Dauphine :

Si nous portons un regard croisé sur l'impact de la concurrence et sur l'impact des renouvelables sur les prix de l'électricité dans une perspective historique de vingt ans en Europe, qu'observons-nous ?

L'impact des énergies renouvelables a été plus fort que celui de la concurrence. Le marché électrique est très complexe et y introduire la concurrence n'a pas été aisé. Pendant dix ans, on a tapé sur les doigts des anciens opérateurs historiques. Il s'agit d'un secteur très intensif en capital. Il s'est constitué pour être un marché où la concurrence ne peut être très forte et très dispersée comme l'avait imaginé la Commission européenne quand ont été élaborées ses directives ; elles ont en fait été plaquées sur le modèle des télécommunications. Or, on n'arrivera jamais à avoir une concurrence aussi dispersée.

L'intensité de la baisse du prix de l'électricité a donc été relative. Les anciens opérateurs dominants ont opéré un mouvement de leurs parts de marché primaire de leur pays national vers les autres pays de l'Europe, avec des investissements croisés et spécifiques sur certaines technologies jusqu'au moment de l'introduction des énergies renouvelables qui ont un peu modifié les panoramas, à la fois de la concurrence et de la formation du prix de l'électricité.

La position de ces opérateurs historiques a été bousculée par l'entrée de nouveaux opérateurs parce que les investissements dans les énergies renouvelables ont été subventionnés. Elle a également été bousculée par le mouvement des opérateurs internationaux, notamment dans la filière des énergies renouvelables. Je pense à l'éolien et au photovoltaïque. Les énergies renouvelables peuvent présenter des défauts, dont l'intermittence. Il n'en reste pas moins qu'on a constaté une baisse du prix sur tous les marchés européens de l'énergie et une petite augmentation de la volatilité, qui est inhérente au marché de l'électricité.

Si l'on étudie les prix de l'électricité à partir de 2008, 2009, 2010, on constate deux phénomènes : la baisse et l'alignement du prix de l'électricité dans des pays qui ont un mix de départ relativement différent. Cela répond en partie à votre question, qui est de savoir pourquoi nous faisons tout cela. L'objectif européen est très important, il vise à la fois la concurrence et le verdissement du secteur de l'électricité. Bien sûr, les modèles ne sont pas toujours adaptés aux deux objectifs en même temps. Mais, selon moi, la réponse est claire : si l'on se reporte au montage des prix de l'électricité en amont, là où les opérateurs échangent – offre et demande –, les prix ont baissé. La composante « hors énergie » du prix pour le consommateur final, en revanche, a augmenté, en différenciant les prix pour les industriels et ceux pour les résidentiels. Les premiers sont peu touchés par la fiscalité, qu'il s'agisse de la répercussion des subventions aux énergies renouvelables ou d'autres formes de fiscalité comme la TVA. Les prix pour les industriels ont donc très fortement baissé, ce qui est une bonne chose pour la compétitivité, et les prix pour le consommateur final européen sont restés stables ; s'ils ont un peu augmenté au cours des quatre dernières années, c'est en raison de mécanismes différents de taxation.

Je terminerai en citant l'exemple du Danemark, qui est intéressant. Le Danemark a un mix énergétique composé à 95 % de renouvelables. Il a beaucoup investi dans l'éolien et utilise l'hydraulique de la Norvège et de la Suède pour pallier l'intermittence des autres énergies renouvelables. Le prix au consommateur final danois figure parmi les plus élevés en Europe parce que la fiscalité énergétique est concentrée sur le consommateur final résidentiel, les industriels ne payant quasiment aucune taxe sur l'énergie.

Si l'on se reporte aux statistiques, le prix moyen du KWh en Europe est estimé à 20 centimes d'euro. La France se situe juste en dessous et le Danemark quasiment au double.

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