Intervention de Françoise Garcia

Réunion du mardi 28 mai 2019 à 18h50
Commission d'enquête sur l'inclusion des élèves handicapés dans l'école et l'université de la république, quatorze ans après la loi du 11 février

Françoise Garcia, vice-présidente de la Fédération nationale des orthophonistes (FNO) :

Je vous remercie de me donner l'occasion de parler de l'orthophonie.

L'orthophonie est une profession jeune, même si les orthophonistes commencent à prendre leur retraite : elle n'existe que depuis le milieu du siècle dernier et n'est réglementée que depuis 1964. Elle est conventionnée par l'assurance maladie et oeuvre dans des domaines très importants du langage et de la communication, de la naissance jusqu'à la fin de vie.

Nous jouons donc un rôle d'accompagnement très important auprès des enfants, qu'ils soient en situation de handicap sensoriel, psychique, cognitif, ou qu'ils aient de simples retards de langage. Dans les deux cas, il nous faut répondre à une demande de soins, soit pour des besoins chroniques, soit pour des besoins plus ponctuels, intervenant à un moment important du développement cérébral, lié à la plasticité du cerveau. C'est la difficulté que nous rencontrons.

Vous avez évoqué, madame la présidente, la démographie médicale. Effectivement, les orthophonistes ont un appel à lancer quant à la démographie de leur profession, car notre numerus clausus n'a pas augmenté, ou plutôt n'augmente qu'à la faveur de la création de nouveaux centres de formation, comme celui de Rennes cette année. Étant donné le départ prochain à la retraite de nombreux praticiens et la féminisation très importante de la profession – 97 % des orthophonistes sont des femmes – qui s'accompagne d'un exercice parfois à temps partiel, au moins à un moment de la vie des intéressées, l'accès aux soins d'orthophonie est appelé à devenir complexe pour une partie de la population. Nous avons des listes d'attente et sommes gênés de devoir faire attendre plusieurs mois, voire plus d'une année, pour accorder un rendez-vous. La profession réfléchit actuellement à une plateforme téléphonique qui permettrait à la personne pensant avoir besoin d'un soin en orthophonie d'avoir affaire à un interlocuteur, lui-même orthophoniste, qui puisse répondre à ses questions, l'informer, l'aiguiller, trouver éventuellement des réponses en urgence, vers le bon endroit, en particulier s'il y a urgence, par exemple après un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral, une tumeur au cerveau ou une laryngectomie. Il faut aussi pouvoir recevoir en urgence de très jeunes enfants qui n'arrivent pas à segmenter correctement, qui ont des troubles de l'oralité. En dehors même de ces possibles urgences, il faut pouvoir répondre à la personne qui s'interrogerait sur la nécessité de se soumettre à un bilan orthophonique. La profession essaie de répondre à tout cela, mais nous avons besoin d'être soutenus pour augmenter le numerus clausus.

Nous avons besoin aussi de soutiens pour que les orthophonistes puissent continuer de travailler en exercice mixte, c'est-à-dire en partie en libéral, avec des soins qui sont remboursés par l'assurance maladie depuis 1964, mais aussi en tant que salariés, à l'hôpital, dans des centres médico-psychologiques (CMP) ou dans des instituts médico-pédagogiques (IMP) ou dans des SESSAD. Il n'y a plus beaucoup d'orthophonistes dans ces centres, car leur attractivité est faible, la rémunération d'un orthophoniste salarié n'étant pas à la hauteur des cinq années d'études exigées.

Du fait de cette perte d'attractivité et de la demande de soins considérable et non satisfaite en libéral, on observe une désaffection pour les postes salariés à l'hôpital et dans les services de soins. Si vous avez entendu des représentants des SESSAD, vous avez pu noter leur grande inquiétude. La nôtre est liée à la double prise en charge de ces soins : lorsqu'un enfant bénéficie à la fois de soins en libéral, remboursés, et de soins dispensés par un service médico-social, c'est celui-ci qui doit rémunérer le professionnel libéral. Il en résulte de nombreux conventionnements, mais aussi, parfois, des difficultés d'accès aux soins, car l'orthophoniste qui a des missions en libéral ne peut pas toujours assurer ces soins – aux enfants sourds, aux enfants trisomiques, etc. – en conventionnement avec les SESSAD.

Je vous ai parlé de la plateforme ; je voudrais vous parler aussi de la contribution que nous avions adressée au ministère de l'Éducation nationale pour une meilleure santé à l'école. Il ne s'agit pas de demander que les soins soient effectués à l'école, mais que la prévention et le dépistage des troubles du langage et de la communication y soient faits de façon plus régulière et systématique. Nous allons commencer, dans quelques mois, une expérimentation avec l'assurance maladie : dans le cadre d'un article de l'avenant 16 de notre convention, nous avons pu obtenir un essai de dépistage systématique, à trois ans ou trois ans et demi, grâce à un outil – le DTL3 – qui permet, moyennant une formation des enseignants à cet outil, de repérer les enfants en difficulté dans le développement du langage et de la communication. Cela se fait depuis quinze ans dans le Nord et le Pas-de-Calais ; nous allons essayer de généraliser grâce à ces expérimentations pilotes.

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