Intervention de Bernard Deflesselles

Réunion du mercredi 17 juillet 2019 à 17h05
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBernard Deflesselles :

Disposer d'un accès autonome, c'est avoir un lanceur européen. Ariane 6 a été le point principal de mon déplacement à Berlin en avril dernier. Nous avions lancé une alerte en novembre dans notre rapport sur la dégradation de la compétitivité du lanceur européen. Elle est réelle : la croissance envisagée pour 2019 ne sera pas tenue, a reconnu lors de son audition au Sénat le 22 mai dernier le président exécutif d'ArianeGroup, M. André-Hubert Roussel. D'une façon générale d'ailleurs, lanceurs comme satellites, le secteur spatial enregistre un recul de ses commandes commerciales pour la première fois en 15 ans. C'est évidemment problématique.

Or le modèle européen de lanceur exige un volet commercial positif. Nous avons un problème de compétitivité prix. Si nous restons convaincus de la fiabilité des lanceurs européens en dépit des deux incidents récents compte tenu des succès d'Ariane 5 et Vega, l'argument seul de la fiabilité ne suffira pas à garantir des contrats : les concurrents lancent également avec succès.

La Cour des comptes s'en est, elle aussi, inquiétée en février dernier, soulignant que « le lanceur Ariane 6 [devait] évoluer rapidement pour rester compétitif et garantir un accès souverain à l'espace ». C'est aussi notre conviction, nous l'avions exprimée dès novembre. Ariane 6 a été conçue comme évolutive. Tant les briques technologiques nécessaires (car intégrant des capacités de réutilisation du premier étage, Prometheus, Themis, et Callisto) que les méthodes (avec ArianeWorks, une plateforme d'accélération d'innovation – la rupture plutôt que l'incrémentation - sur les lanceurs) sont en cours de développement. Les enjeux aujourd'hui sont dans la vitesse et dans l'agilité des développements futurs et dans le tempo de la décision.

J'entends bien le Président du CNES, Jean-Yves Le Gall, lorsqu'il rappelle que ce qui constitue l'identité européenne spatiale, c'est la « construction patiente, minutieuse, parfois conflictuelle, d'un consensus. Ce processus, loin de conduire à une dilution des ambitions, est au contraire le garant de la solidité des engagements européens puisqu'il prend en compte tous les intérêts exprimés ». Mais je constate aussi les efforts qui ont dû être déployés, y compris par lui-même, pour faire aboutir la résolution « lanceurs » du 17 avril, qui a nécessité de très longues discussions, un Conseil extraordinaire de l'ESA, un report de tout engagement financier à la Conférence Ministérielle de novembre. Pendant que nous discutons, les Américains, les Chinois, les Indiens décollent, même si ces derniers ont dû annuler avant-hier pour des raisons « techniques » le lancement dans l'espace de leur deuxième mission lunaire, reportant ainsi leur ambition de devenir la quatrième nation à réussir à poser un appareil sur la Lune, après les Américains, les Russes et les Chinois.

Or la France et l'Allemagne divergent fortement sur la voie à suivre après le développement d'Ariane 6, ce qui nous préoccupe. Nos priorités sont la fin du développement d'Ariane 6, la réussite de la transition et de la montée en cadence, et pour la préparation du futur, une orientation vers le développement d'un lanceur bas coûts basé sur les ruptures technologiques dont je viens de parler. Mes interlocuteurs allemands étaient partagés : le Ministère fédéral allemand de l'industrie est favorable à un nouveau lanceur plus petit en réponse à la diminution de taille des satellites ; le DLR est en faveur d'une « Ariane 6 Evolution » basée d'une part sur des développements d'amélioration de la compétitivité proposés par l'ASE et d'autre part sur l'application à Ariane 6 des technologies développées dans le cadre de Prometheus.

La Ministérielle de novembre 2019 sera donc cruciale, pour la période de transition compte tenu des évolutions négatives du marché des satellites, mais aussi pour l'après Ariane 6. Des choix technologiques y seront faits, des décisions de financement devront être prises.

Or, sur ce dernier point, j'ai été frappé par une double volonté exprimée par tous mes interlocuteurs allemands : d'abord, le souci de préservation d'un leadership mondial dans l'innovation, qui implique le passage des « vieilles technologies » que sont la chimie, l'automobile, etc. vers le secteur spatial, notamment aval, et son corollaire, la quête d'une parité franco-allemande ; ensuite, l'exigence que l'industrie – et notamment ArianeGroup – « fasse la preuve » qu'elle était capable de délivrer ses promesses de 2014 avant toute décision sur le futur.

Pour le coup, et ce point semble consensuel, les nécessaires économies à faire sur Ariane 6 passent par une optimisation industrielle notamment chez ArianeGroup. Cela pose à la fois la question de l'organisation industrielle – et donc a minima d'une conception du retour géographique plus souple, autre sujet pour novembre – et des effectifs. Une diminution de ces derniers a été annoncée. Au Sénat en mai, Hubert-André Roussel a précisé que l'enjeu était d'éviter la perte de compétence, mais que la pyramide des âges permettait de faire cette réduction sans plan social. Les sites du nord de la France seraient les plus touchés.

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