Intervention de François Ruffin

Séance en hémicycle du jeudi 2 novembre 2017 à 9h30
Projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 - projet de loi de finances pour 2018 — Agriculture alimentation forêt et affaires rurales

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

Je considère même que notre agriculture ne doit plus être compétitive. Doit-on se fixer pour but d'être compétitif avec des ouvriers sous-payés ou des fermes géantes ? C'est la question que je vous pose, monsieur le ministre. Je pense que personne n'a vraiment envie d'y répondre par l'affirmative et pourtant, c'est sans doute ce qui risque de se produire, car cette direction a pour elle la force de l'inertie et des lobbies.

Pourtant, un second chemin s'ouvre à nous : renonçons à la compétition, préférons la protection, abandonnons les cours mondialisés, choisissons des prix régulés pour bâtir un contrat social clair, avec une agriculture qui assure d'abord notre autosuffisance, le souci de sauvegarder l'environnement, d'être attentif au bien-être animal, d'offrir une alimentation saine, de faire vivre dignement les producteurs. Ne racontons pas d'histoire : cette réorientation ne sera pas facile. Nous ne prétendons pas qu'en un tour de main, tous les agriculteurs passeront au bio, à l'agro-écologie, à la permaculture, comme par miracle. Il y faudra du temps. Mais le plus important, aujourd'hui, est d'offrir un cap. Le nôtre est clair : nous devons changer de modèle, casser la trajectoire du déclin, sortir l'agriculture de la mondialisation.

Didier Goubil, élu à la chambre d'agriculture du Finistère et président du pôle agriculture, est un défenseur du modèle productiviste breton. Il me racontait les tourments de son père quand il s'est lancé dans l'élevage intensif, ses échecs, ses tentatives, et l'on comprend que le fils soit attaché économiquement, mais aussi affectivement, à ce chemin. Je lui ai fait remarquer que ce qui me gênait dans son raisonnement était que son père et sa génération avaient inventé un nouveau système et s'étaient adaptés à leur époque, alors que lui ne proposait que de poursuivre comme avant, comme dans les années 1970, mais en plus gros. Il me concéda que cela était vrai et que je le faisais réfléchir. J'espère vous faire réfléchir également, monsieur le ministre.

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