Intervention de Malcom Ferdinand

Réunion du mercredi 25 septembre 2019 à 17h25
Commission d'enquête sur l'impact économique, sanitaire et environnemental de l'utilisation du chlordécone et du paraquat comme insecticides agricoles dans les territoires de guadeloupe et de martinique, sur les responsabilités publiques et privées dans la prolongation de leur autorisation et évaluant la nécessité et les modalités d'une indemnisation des préjudices des victimes et de ces territoires

Malcom Ferdinand, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) :

Tout en partageant une bonne partie de vos propos, je veux rappeler la différence que j'établis entre une attitude coloniale et une constitution coloniale. Une économie qui, dans ses principes, n'est pas capable de nourrir les habitants des Antilles participe d'une constitution coloniale. Quand certains ministres ou responsables étatiques prennent sciemment des décisions qui nuisent à la santé des Antillais, ils adoptent une attitude coloniale.

Vous l'avez noté, la manière actuelle de penser le chlordécone accorde une très faible place aux sciences humaines et sociales. On court alors le risque de s'enfermer dans le technicisme et une réflexion uniquement environnementaliste, pour résoudre le problème d'une molécule prisonnière d'une terre très chargée en carbone, comme l'indique noir sur blanc un rapport parlementaire. Si l'on réfléchit ainsi, on va droit au naufrage.

La crise du chlordécone est véritablement sociétale. S'il est certain qu'un bouleversement se produira, la question est davantage de déterminer dans quel sens il se fera. Une commission mixte avec pouvoir décisionnaire, associant des sociologues, des philosophes, des dirigeants d'associations, des responsables politiques serait nécessaire afin de formuler un projet pour l'après-chlordécone. Avec nos fonctionnements, nos économies ou nos rapports à la terre, nous ne devons pas donner le sentiment qu'il ne s'est rien passé : un avant et un après-chlordécone doivent se dessiner.

Ce projet est à formuler, si l'on veut, comme aux États-Unis, faire de cette condamnation un levier pour un avenir meilleur, une autre manière de se rapporter à la terre, une perspective écologiste plus affirmée. Pourquoi ne pas faire des Antilles des exemples de territoires qui se relèvent après de telles contaminations ?

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