À la différence de celle de 2008, la crise que nous traversons est à classer parmi les grandes crises structurelles du capitalisme ; l'erreur serait de croire que tout rentrera dans l'ordre en s'inscrivant dans la même logique. Or, en écoutant notamment Bruno Le Maire ou Édouard Philippe, j'ai le sentiment qu'on regarde le monde d'après avec les lunettes du monde d'avant. En réalité, le système actuel est incapable de gérer une telle crise sans faire appel à l'État, et c'est la preuve qu'il ne fonctionne pas.
En ce qui concerne la dette, il faut désormais partir des limites du marché, des besoins des services publics et de l'État, définir les moyens qu'on alloue à ces derniers en fonction de ces besoins puis augmenter la masse monétaire à la hauteur nécessaire, sans tenir compte du déficit public. À cet égard, le mécanisme mis en oeuvre au Royaume-Uni pourrait être utilisé de cette manière. En effet, lorsque la Banque d'Angleterre achète les titres de la dette émis par le Trésor, c'est une manière d'amorcer une annulation « positive » de la dette, c'est-à-dire celle qui sert à surmonter une crise ou à financer le service public.
Le chef de l'État a déclaré que rien n'est trop coûteux lorsque la santé est en jeu. Rien n'est trop coûteux non plus lorsqu'il s'agit de lutter contre les inégalités ou de financer les services publics.