Intervention de Edouard Philippe

Réunion du mercredi 1er avril 2020 à 18h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Edouard Philippe, Premier ministre :

Monsieur Son-Forget, vous avez sans doute confondu Amiens et Angers, deux très belles villes mais qui sont éloignées l'une de l'autre. C'est à Angers que le Président de la République s'est rendu, dans une usine française de production de masques, où il a expliqué le remarquable effort de mobilisation des capacités nationales de production de masques, qui a été consenti dès le mois de janvier. Je le dis, car cette entreprise est exemplaire. Elle a pu augmenter ses capacités de production grâce à un prêt de main-d'oeuvre – des salariés de ce bassin économique ayant choisi de concourir à l'augmentation de ses capacités de production plutôt que d'être placés en chômage partiel –, à une mobilisation exceptionnelle de la chambre de commerce et d'industrie et à la volonté farouche de l'entrepreneur de contribuer à relever ce défi national. Il était donc important que le Président de la République montre que les capacités nationales, élément de notre souveraineté, étaient de nature à apporter des éléments de solution.

Je laisserai M. Véran s'exprimer sur l'aspect médical de votre question. Sur le plan juridique, les deux décrets que vous avez évoqués ne se contredisent pas. Nous avons souhaité expliciter les termes du premier dans le deuxième, en précisant bien qu'il était parfaitement conforme aux recommandations du Haut Conseil de la santé publique. Le dispositif juridique n'a donc pas changé, mais le fait que vous estimiez que les deux textes étaient contradictoires montre combien cette précision était nécessaire. Il se trouve, en effet, qu'un certain nombre de personnes, peut-être un peu trop enthousiastes ou inattentives, avaient mal lu le premier décret, pensant qu'il autorisait l'utilisation de telles molécules dans toutes les circonstances, ce qui n'était pas le cas.

Monsieur Becht, je crois avoir évoqué la question des assureurs avant l'intervention du président Lagarde. Ceux-ci doivent être mobilisés, et ils se sont engagés à l'être – peut-être le peuvent-ils davantage encore. Il s'agit de ne pas sortir du cadre juridique. Je ne crois pas que la faillite du système assurantiel pourrait nous garantir un quelconque progrès.

Quant à la chaîne logistique, elle est évidemment rendue très complexe par la tension sur les approvisionnements et les interruptions liées au confinement. Celles qui approvisionnent les hôpitaux, le système de soins et l'ensemble de l'économie française, doivent être maintenues. Cela passe par la mobilisation des transporteurs routiers et de ceux qui continuent à travailler dans les ports, dans des conditions difficiles, et dont je veux saluer le rôle, car on l'oublie souvent. L'expérience montre que changer les chaînes logistiques brutalement et sous la contrainte, c'est souvent s'exposer à des difficultés supplémentaires. Il faut donc s'efforcer de les préserver plutôt que de les remplacer, et c'est ce à quoi nous nous attachons. Ainsi, s'agissant de l'approvisionnement en masques, nous nous sommes adressés à des professionnels, notamment à l'entreprise Geodis, pour mettre en place le pont aérien entre la Chine et la France. L'exercice est complexe, mais ce pont fonctionne et les masques arrivent.

Monsieur Vallaud, je m'associe à vos remerciements. La question des médicaments est peut-être la plus sensible du moment. Je laisserai M. Véran évoquer celles des stocks et de la mobilisation de l'industrie nationale et européenne.

Monsieur Barrot, s'agissant du soutien économique, nous nous efforcerons de produire des chiffres par région et par secteur d'activité, mais je ne peux pas vous les communiquer à ce stade.

Je veux dire un mot des questions relatives au deuil et à l'accompagnement, car elles sont extrêmement sensibles. Nous avons fixé des règles qui sont dures mais qui nous paraissent nécessaires pour que l'organisation des obsèques soit compatible avec les règles de confinement. Ainsi, le nombre des personnes assistant à la cérémonie doit être limité à une vingtaine, c'est-à-dire souvent à la plus proche famille. S'agissant des soins mortuaires, nous avons dû interdire la pratique des soins de conservation invasifs sur le corps des personnes infectées par le coronavirus et de toute forme de toilette mortuaire, rituelle ou non. C'est évidemment une décision très lourde de sens, et je mesure l'émotion et la tristesse qui peuvent saisir nos concitoyens face à l'impossibilité d'accomplir de tels actes en ce moment, d'autant que, compte tenu de la pression susceptible de s'exercer sur les services concernés, nous avons généralisé cette interdiction de soins de conservation invasifs quelle que soit la cause du décès.

De la même façon, nous avons décidé d'utiliser les dispositions juridiques applicables en la matière et d'imposer la mise en bière immédiate du corps des défunts porteurs du Covid-19. Il s'agit de garantir au maximum la sécurité des praticiens et de faire en sorte que ces corps puissent être traités de la meilleure des façons tout en respectant des impératifs de sécurité et de célérité. J'ai bien conscience des implications très fortes de ces décisions sur des moments qui sont très difficiles pour beaucoup de nos concitoyens, mais nous sommes guidés par les impératifs de sécurité sanitaire.

Un dispositif de plateforme téléphonique permettant d'accéder à un soutien psychologique ou cultuel est en train d'être élaboré et sera mis en oeuvre sous la responsabilité du ministère de l'intérieur. Dans cette période de confinement, il faut pouvoir avoir recours, le cas échéant, à ce type d'accompagnement. Cette proposition résulte d'un échange permanent entre le ministre de l'intérieur et les responsables des cultes et des associations philosophiques ou morales qui accompagnent ces moments cruciaux dans la vie d'une collectivité ou d'un individu.

Enfin, pour répondre à la question posée par M. Ciotti sur le confinement, je rappelle que celui-ci s'applique sur l'ensemble du territoire national, métropolitain et ultramarin. Je connais assez la diversité des territoires français pour savoir que le respect d'un confinement strict est probablement plus difficile dans certains endroits que dans d'autres ; il est, par exemple, aisé de concevoir qu'il est plus compliqué d'être confiné à Mayotte que dans le 7e arrondissement de Paris. Cela souligne la difficulté considérable qu'il y a à mettre en oeuvre les mesures de confinement dans un certain nombre de territoires de la République. Mais je le dis aussi avec force, la loi s'applique partout sur le territoire, et le confinement n'est pas là pour contenter ou ennuyer une catégorie de Français plutôt qu'une autre ; il est là pour préserver tous les Français, et notamment les plus fragiles. Or des Français fragiles, il y en a partout. Dans tous les quartiers et tous les territoires, il y a des personnes âgées ou malades fragiles, qu'il faut protéger en respectant strictement le confinement. Le ministère de l'intérieur a donné pour consigne de faire respecter ce confinement. J'ai évoqué tout à l'heure le discernement nécessaire qu'il convient d'avoir dans l'application de ces règles, mais celles-ci sont strictes ; elles sont formulées pour l'ensemble du territoire national, et vous aurez l'occasion, la semaine prochaine, d'interroger le ministre de l'intérieur en direct sur le sujet dans le cadre de cette mission d'information.

L'opération Résilience n'a pas vocation à substituer les armées françaises aux forces de sécurité intérieure et à transformer les militaires français en policiers ou en gendarmes, car chacun de ces métiers exige une spécialisation et une compétence spécifique. Néanmoins, il peut arriver que les forces armées soulagent les forces de sécurité intérieure dans l'exercice de certaines missions. La surveillance d'équipements publics sensibles peut ainsi être confiée aux militaires, de façon à libérer des gendarmes ou des policiers pour l'exercice d'autres missions. Nous le faisons régulièrement, notamment dans le cadre de l'opération Sentinelle, et nous avons décidé d'accentuer ces mesures.

Enfin, vous avez évoqué les questions relatives à la frontière franco-italienne, où des contrôles renforcés ont été instaurés. Ils sont comparables à ceux qu'exercent de leur côté les autorités italiennes, qui procèdent à des contrôles aléatoires et mobiles à la frontière terrestre franco-italienne. Des vérifications se font parfois à quelques kilomètres de la frontière, à l'intérieur du territoire italien, ce qui permet à d'autres forces de sécurité intérieure d'effectuer le contrôle des déclarations sur l'honneur dans le cadre du régime de confinement en vigueur en Italie, assez comparable au nôtre. Les autorités françaises déploient la police aux frontières afin d'intensifier les contrôles sur les points de passage autorisés, selon des modalités variables. Les principaux points de passage autorisés – pont Saint-Ludovic, péage autoroutier de Menton, col de Montgenèvre, tunnel du Fréjus, gare internationale de Modane, tunnel du Mont-Blanc – font l'objet d'un contrôle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Certains points de passage autorisés ont, en outre, été fermés et la circulation a été déviée sur les axes majeurs. Depuis le 18 mars, 136 non-admissions ont été prononcées, dont 31 concernant des ressortissants italiens.

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