Lorsque la crise du covid a terrassé notre économie, nous étions déjà en fâcheuse posture, avec une dette proche des 100 % du PIB, un déficit public hors CICE – crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi – à 2,2 % et un taux de chômage à 8,1 % – donc un chômage de masse – en nette hausse, dès avant le confinement.
Cette crise a mis en exergue nos faiblesses mais devrait surtout être un révélateur de conscience. Aviez-vous vraiment tout fait, avant la crise, pour restaurer nos finances publiques ? Aviez-vous remis la France sur les rails ? Je ne le pense pas. Nous sommes à la croisée des chemins, mais c'est l'impasse qui nous guette. Cette année, le déficit public devrait culminer à 10,2 %. Du côté des comptes sociaux, entre les pertes de recettes et les hausses de dépenses, le déficit sera multiplié par neuf, atteignant 44 milliards d'euros pour la seule année 2020.
Si personne ne remet en cause l'impact de la crise sanitaire sur nos finances publiques, je m'interroge sur vos choix. Nous roulons dans un brouillard épais, sans phares ni GPS. Les prévisions budgétaires n'ont jamais été aussi volatiles : entre juillet et septembre 2020, le déficit de l'État a varié de 30 milliards d'euros, soit plus que le budget de la recherche et de l'enseignement supérieur !
Ce budget présente une particularité : il intervient alors que la crise sanitaire est loin d'être terminée. Face à cette grande incertitude, le gouvernement britannique a pris la décision de repousser la présentation de son budget. Sans aller jusque-là, vous auriez pu tenir compte de la volatilité extrême de la situation, qui rend vite caduque toute prévision. Vous auriez dû chercher à baliser d'autres chemins que la voie que vous avez choisie, et accompagner le budget d'autres scénarios.
À côté des indicateurs traditionnels que sont l'inflation, la consommation et la croissance, vous auriez pu retenir aussi, pour la construction de votre budget, l'« indicateur covid ». Cela vous aurait permis de dessiner plusieurs scénarios, l'un avec une crise sanitaire persistante, l'autre avec une crise sanitaire déclinante.