Intervention de Sébastien Nadot

Réunion du mercredi 27 octobre 2021 à 9h30
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaSébastien Nadot :

Cette année est marquée par une hausse du commerce extérieur en trompe-l'œil : l'augmentation est logique après la chute drastique observée l'année précédente, conséquence de la crise sanitaire.

Mme la rapporteure pour avis a produit un travail précieux ; je reprendrai donc ses mots. À la page 31 du projet de rapport, on lit un titre évocateur de la situation : « L'érosion continue des parts de marché de la France en Afrique ». Elle écrit ensuite : « L'année dernière, votre rapporteure s'était déjà inquiétée de la perte de marchés français en Afrique : les parts de marché à l'exportation de la France en Afrique ont été divisées par deux depuis 2000, alors que la Chine affiche une progression fulgurante de ses parts de marché à l'export en Afrique, suivie par l'Inde, la Turquie et l'Espagne. En 2017, la France a perdu son statut de premier fournisseur européen du continent africain au profit de l'Allemagne, alors même qu'elle peut s'appuyer sur des avantages indéniables, comme la proximité géographique et culturelle, la francophonie, ou la présence de diasporas dynamiques. […] Votre rapporteure insiste donc sur la nécessité d'une relance de la réflexion stratégique sur les géographies ». C'est un euphémisme ! Quand j'expliquais la même chose la semaine dernière, chers collègues, vous paraissiez très offensés…

Un autre chapitre est intitulé : « Des interrogations sur le modèle économique de Business France » – soit dit en passant, tant pis pour la francophonie… Mme la rapporteure pour avis conclut de la façon suivante : « Il serait opportun de revoir les objectifs du contrat d'objectifs et de moyens de Business France pour 2022 ». Autrement dit, nous allons donner de l'argent à l'organisme alors que le contrat d'objectifs et de moyens devrait être revu.

Bref, cet avis sur le commerce extérieur et la diplomatie économique devrait être perçu comme une sonnette d'alarme concernant la relation entre la France et les pays d'Afrique.

Par ailleurs, l'industrie française, qui fait face à des difficultés structurelles, dues notamment au sous-investissement et aux délocalisations massives depuis des décennies, semble voir son horizon se préciser légèrement avec les annonces concernant le plan France Relance pour 2030. Nous ne pouvons que nous réjouir de la volonté d'encourager enfin la recherche et l'innovation dans l'hydrogène vert ou encore dans les « technologies de rupture » – encore faudrait-il expliquer, s'agissant de ce dernier domaine, de quoi il s'agit et quelles sont les orientations choisies…

Depuis le début de la crise, nous avons davantage pris conscience de la vulnérabilité chronique de notre approvisionnement pour ce qui est de certains produits étrangers. Or 75 % des produits en question sont concentrés dans les secteurs de la chimie et de l'agroalimentaire. Il est donc essentiel d'engager une réflexion sur les biotechnologies et de prévoir les financements afférents. Les biotechnologies devraient en effet se substituer à la chimie lourde et leur production pourrait être localisée en France.

Enfin, nous partageons l'objectif consistant à soutenir la transition écologique dans les domaines de l'aéronautique et de l'automobile. Il nous paraît judicieux de saisir l'occasion que constituera la présidence française du Conseil de l'Union européenne pour encourager les États à promouvoir des clauses miroirs dans leur politique commerciale, afin de ne pas créer des dépendances à l'égard de pays produisant selon des standards moins élevés. Il convient également de faire de l'adoption du règlement visant à lutter contre les subventions étrangères déloyales une priorité de l'agenda politique européen. Mme la rapporteure pour avis a fait sur ces enjeux des propositions très intéressantes.

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