Intervention de Abdelkader Arbi aumônier en chef du culte musulman

Réunion du mercredi 23 septembre 2020 à 9h10
Commission de la défense nationale et des forces armées

Abdelkader Arbi aumônier en chef du culte musulman :

En 1872, le général du Barail, alors ministre de la guerre, a dit en substance : « Si vous ôtez aux hommes de guerre le droit de croire dans une vie dans l'Au-delà, vous n'avez pas le droit de leur demander de sacrifier leur vie ici-bas ». Cette phrase résume totalement le sens de la présence des hommes d'Église (terme générique, vous l'aurez compris) dans les armées. Elle justifie la présence des aumôniers auprès de ces hommes qui sacrifient leur vie et qui s'engagent. Elle ne nécessite aucune explication de texte.

L'un d'entre vous a prononcé le mot « halal ». Je précise qu'il existe des rations individuelles de combat réchauffables confessionnelles, halal et casher. Lorsque j'ai pris mes fonctions en 2006, c'est d'ailleurs avec mon collègue rabbin, ami et frère, que nous avons relancé ce processus qui avait été abandonné dans les années 90, du temps de la conscription. Nous avons remis en place ce service de RICR depuis 2006 et tout se passe très bien. Les aumôniers du culte musulman n'exercent aucune forme de prosélytisme dans ce cadre. Nous agissons conformément au cahier des charges cultuel qui nous précise nos modalités d'exercice. Les repas halal sont à la disposition des militaires qui le souhaitent, sans obligation. Le dispositif offre la possibilité à ceux qui le souhaitent de manger conformément à leurs principes religieux, que ce soit halal ou casher. Chacun fait comme il l'entend et les aumôniers n'ont aucun droit de contrôle dans ce cadre. Les militaires de confession musulmane se sont engagés au nom de valeurs identiques à celles de leurs collègues catholiques, protestants ou autres, à savoir les valeurs de notre pays, de la France, etc.

De surcroît, désormais, nul n'est obligé de s'engager. Dès lors, le sens de l'engagement relève d'une volonté de servir son pays. Ce constat me mène naturellement à la question de M. Chassaigne. Les soldats musulmans sont comme leurs collègues. Lorsqu'ils choisissent de s'engager dans les armées, ils savent ce qu'ils font. Ils ne sont pas inconscients. Dans leur for intérieur, ils nourrissent probablement une dimension spirituelle, comme tout un chacun. Pour autant, leur engagement relève d'un sens des valeurs identique aux autres jeunes qui choisissent cette voie, à savoir le sacrifice, la promotion sociale, etc. Nous comptons des soldats de confession musulmane dans nos armées depuis les années 1800. Nous élaborons actuellement une exposition itinérante relative à l'engagement de « soldats musulmans », selon l'appellation historique en vigueur au temps de l'armée coloniale, l'armée d'Afrique. Aujourd'hui, il n'y a plus de « soldats musulmans » dans les armées françaises ; il y a seulement des soldats. Le temps des colonies est révolu. L'engagement relève désormais d'une volonté républicaine.

Lorsque nous accueillons les jeunes recrues, nous n'exerçons aucun prosélytisme. Nous informons les soldats de l'existence des aumôneries. Lorsqu'ils viennent nous voir, notre rôle consiste à les réconforter lorsqu'ils manifestent des doutes, des questionnements. Nous les orientons vers l'objectif unique de la réussite de leur mission.

Cinq aumôniers musulmans sont en permanence projetés dans le cadre d'opérations extérieures. Ils sont présents sur l'opération Barkhane ; ils sont présents au Mali, au Tchad, à Djibouti, au Liban ; ils sont présents partout là où le devoir les appelle. S'il est vrai que, ces derniers temps, les conflits internationaux portent essentiellement sur des contrées de confession musulmane, cela ne pose aucun problème à nos soldats. Nos militaires, dans le cadre du conseil au commandement, et uniquement dans ce cadre-là, peuvent être sollicités par le commandement en vue d'une explication et d'une compréhension de la situation. Dans son rôle et sa mission de conseil au commandement, l'aumônier se doit d'apporter les éclairages nécessaires. Lorsque le commandement invite les autorités militaires des pays accueillants – puisque la France est accueillie dans ces pays-là -, les aumôniers, catholiques, israélites, musulmans, protestants, collaborent à ces réunions afin de rencontrer éventuellement les religieux des autres pays. En revanche, les aumôniers ne sont ni des interprètes ni des agents de renseignement. Ils constituent des soutiens des troupes françaises et ils participent aux activités, dans le cadre du conseil au commandement en vue de réussir la mission.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.