Intervention de Antoine de Romanet

Réunion du mercredi 23 septembre 2020 à 9h10
Commission de la défense nationale et des forces armées

Antoine de Romanet, aumônier en chef du culte catholique :

La question relative à la souffrance psychologique est essentielle. Elle est également préoccupante pour les aumôniers eux-mêmes. Un des aumôniers dont je suis proche est intervenu lors de plusieurs évènements forts, parmi lesquels l'Afghanistan, le Bataclan et l'incendie de Notre-Dame de Paris au cours duquel il a fait corps avec les pompiers de Paris. Ce sujet mobilise avec intensité notre attention. Il existe à l'hôpital militaire Percy un service spécialisé dans les questions psychiatriques où sont hospitalisés des militaires marqués par ce qu'ils ont été amenés à vivre.

Nous sommes attristés par le récent décès d'Albin Chalendon. Un service religieux sera organisé demain aux Invalides en son honneur. Il s'était engagé dans le maquis entre 1940 et 1944. Il a vécu des situations terribles, véritablement terribles, et a fait preuve d'une grande dignité personnelle. Ces évènements ont néanmoins marqué sa vie, toute sa vie, avec intensité. Ceci illustre toute l'importance de l'accompagnement psychologique et spirituel à apporter à ceux qui ont traversé de telles épreuves

M. de la Verpillière a souligné l'importance du rôle des familles. Bien que, comme l'a indiqué Abdelkader Arbi, certains aumôniers soient au front, la plupart des aumôniers de l'ensemble des confessions se trouvent sur les bases et sur le territoire national, là où l'accompagnement des familles se révèle tout à fait essentiel. Récemment, deux jeunes militaires ont été tués au Mali. Dès que survient un drame de ce type, l'aumônier projeté à Gao accompagne les camarades dans une situation de traumatisme profond et l'aumônier du régiment sur le territoire national accompagne l'ensemble des militaires du régiment sur place. Leurs interventions se déroulent en parallèle et en étroite coordination. L'aspect familial est alors fondamental.

L'aspect de recrutement est également prégnant. La force des armées réside dans les hommes qui la composent.

Monsieur Lassalle, je vous remercie beaucoup pour votre remarque et votre bonheur de nous voir ici réunis. Il est vrai que nous entretenons une relation de fraternité qui se traduit notamment par le partage de la table très régulièrement. Vous nous interrogez sur la manière de « rencontrer dans un même souffle celui qui protège la vie et celui qui l'enlève ». La position absolument essentielle consiste à respecter la dignité de celui qui me fait face. Si je traite ce dernier comme un animal – et nous connaissons toutes les implications qu'une telle attitude a eues au cours de la Première Guerre mondiale -, je me déshumanise moi-même. Le risque de bestialité est considérable et Albin Chalendon en a témoigné. Ce risque est sans cesse présent dans des dimensions de vengeance, de haine et de sang… des sentiments qu'il s'agit de canaliser et de réguler. Si je ne respecte pas celui qui me fait face, je ne me respecte pas moi-même. Les capacités de dialogue revêtent ici une importance capitale.

Nous évoquions la Première Guerre mondiale afin d'illustrer le rôle des instances religieuses. L'histoire le manifeste explicitement. En 1917, le pape Benoît XV avait encouragé un armistice, proposant que chacun rentre chez lui sans réclamer de dommages de guerre. S'il avait été entendu, la Seconde Guerre mondiale aurait probablement été évitée. Le jusqu'au-boutisme conduit à un drame absolu. Il arrive un moment où la situation devient absurde et où les autorités morales peuvent exprimer un point de vue sensé.

M. Thomas Gassilloud a mentionné l'importance que revêt la présence des aumôniers sur les théâtres d'opérations. Nous entretenons en effet des relations avec les populations locales. Nous disposons ces derniers jours du témoignage d'un aumônier projeté au Mali qui a noué des contacts avec les autorités religieuses, des imams avec lesquels il a pu avoir des conversations fraternelles. En outre, les aumôniers assurent une présence auprès des populations locales et sont parfois amenés à célébrer un culte catholique pour la première fois depuis de nombreuses années dans certaines contrées. À N'djamena, chaque semaine, les aumôniers sortent ensemble pour assurer une mission humanitaire et soutenir explicitement les populations. Cela favorise l'acceptation de la présence française par les populations locales.

Avec M. Chassaigne je partage le constat que depuis Paris on peut toujours se poser de nombreuses questions, avec un papier et un crayon, de manière théorique. Il n'empêche que, sur le terrain, nous travaillons tous ensemble dans un esprit de fraternité et de cohésion. Et si nous ne sommes pas dans de telles dispositions, nous sommes tout simplement morts ! Il s'agit donc d'un positionnement vital. Dans ce cadre, l'armée est très intéressante parce qu'on y dépasse les clivages idéologiques, on y dépasse les postures, on y dépasse les apparences, de sorte qu'ensemble, unis par la mission, nous nous déployons fraternellement.

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