Intervention de Abdelkader Arbi

Réunion du mercredi 23 septembre 2020 à 9h10
Commission de la défense nationale et des forces armées

Abdelkader Arbi, aumônier en chef du culte musulman :

Quoi qu'il en soit, vous nous demandez ce que nous ferions si nous identifiions une suspicion de début de radicalisation. Nous agirions comme n'importe quel autre citoyen. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Chaque citoyen est responsable, et ma responsabilité citoyenne est indépendante de ma fonction d'aumônier. Je peux apporter une expertise, mais ma qualité d'aumônier ne me confère aucun rôle de détection ; nos armées disposent de services spécifiques dont c'est le métier (services de sécurité, de renseignement, etc.). Je le répète, les aumôniers militaires, a fortiori musulmans, ne sont pas des agents de renseignement.

Toutefois, nous sommes particulièrement vigilants quant à la radicalisation islamique. Nous ne pratiquons pas le culte collectif dans les armées, ce qui nous est d'ailleurs parfois reproché. Le culte catholique procède aux messes ; c'est historique, c'est l'histoire de France ; c'est normal. Vouloir calquer la religion musulmane sur la religion catholique relève d'une erreur fondamentale. De loin, les rites peuvent paraître identiques, mais ils n'ont rien à voir. Trop souvent, les politiques essaient de calquer afin de comprendre ; c'est une erreur. Dès lors, nous proposons un service cultuel qui satisfait pleinement nos militaires. Nous répondons à leurs attentes, qui sont en quelque sorte « invisibles ». Rassembler davantage s'avérerait contre-productif. Il ne s'agit absolument pas d'un rejet ou d'une dissimulation. Le besoin n'est tout simplement pas exprimé.

J'en viens au rôle des aumôniers au cœur des opérations Barkhane et Chammal. Les opérations en Afghanistan ont été dramatiques. Ce fut un théâtre meurtrier puisque nous avons déploré près de quatre-vingt-dix morts parmi nos soldats. Ce théâtre a été traumatisant pour nos soldats. J'ai envoyé pas moins de treize aumôniers sur le théâtre afghan, et certains aumôniers ont effectué deux mandats. Ils sont donc restés plus de huit mois en Afghanistan et ils ont participé à la mission confiée à nos soldats. Aussi paradoxal que cela paraisse, il s'agissait d'une mission de paix. « Si tu veux la paix, prépare la guerre » (« si vis pacem, para bellum »).

Nous avons accompli un travail d'accompagnement, en priorité auprès de nos soldats. Jeunes, ils découvraient la situation. Nous apportions des conseils au commandement sur ce qu'ils pouvaient dire ou ne pas dire, sur la compréhension de la situation. L'armée s'est dotée d'une représentation des quatre cultes dans le cadre du principe de laïcité et d'égalité de sorte que chaque soldat bénéficie du soutien cultuel qu'il désire, mais également afin de disposer d'une expertise dans le conseil au commandement qui, elle, ne relève pas d'une mission religieuse. Nos officiers sont formés dans les écoles à cet environnement. Au cœur de l'opération Barkhane, nous accompagnons les militaires dans les convois et nous assurons une présence auprès d'eux. À l'issue des opérations, les aumôniers reçoivent souvent des lettres de félicitations pour leur engagement, pour le dynamisme dont ils font preuve dans leur mission afin d'accompagner nos soldats.

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