Intervention de Françoise Dumas

Réunion du mercredi 13 octobre 2021 à 9h10
Commission de la défense nationale et des forces armées

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançoise Dumas, présidente :

J'ai rendu, hier soir, au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées, l'hommage qu'il méritait à Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération, en soulignant que les générations d'aujourd'hui se devaient d'être à la hauteur de l'héroïsme qui animait les membres de cet ordre. Les soldats de l'opération Barkhane, qui luttent pour notre sécurité dans le désert du Sahel, démontrent qu'ils en sont capables, en s'engageant pleinement, au risque de leur vie, dans des missions souvent très périlleuses. Je veux aussi rendre hommage à Adrien Quélin, maréchal des logis, qui, hier, est décédé accidentellement au Mali. Nos pensées vont, naturellement, à sa famille, à ses proches et à l'ensemble de ses frères d'armes.

Amiral, je vous remercie de votre présence pour ce cycle d'auditions consacré au projet de loi de finances (PLF) pour 2022. La multiplication des théâtres d'opérations maritimes, ces derniers mois, constitue une bonne illustration de ce que vous affirmiez lors de votre audition dans le cadre du PLF pour 2021. Vous faisiez état d'une nécessaire remilitarisation de la mer, « parce qu'elle est un démultiplicateur de puissance et de souveraineté » et qu'elle est « le lieu idéal pour défier les règles sans grande difficulté. C'est un espace commun où les limites restent floues – quand elles existent – et qui peut donc être rapidement régi par la loi du plus fort ».

En effet, on perçoit aujourd'hui cette évolution en Atlantique, en Méditerranée orientale, dans le golfe Persique et dans la zone indo-pacifique, tout particulièrement en mer de Chine, où les bâtiments de la marine patrouillent régulièrement – vous pourrez donc sans doute nous faire part de votre expérience de façon précise. La récente crise des sous-marins australiens s'explique en grande partie par le retour accéléré des politiques de puissance. Au demeurant, peut-être pourriez-vous nous donner votre sentiment sur cette crise et sur les tensions géopolitiques sous-jacentes, d'autant qu'elle concerne un espace maritime où se trouve 93 % de notre zone économique exclusive (ZEE). A-t-elle eu un impact sur vos relations respectives avec vos homologues d'Australie, des États-Unis et du Royaume-Uni – trois pays avec lesquels nous avions des liens étroits ?

L'énumération des zones d'engagement potentiel renvoie régulièrement à la question du format de notre marine, que les membres de notre commission évoquent souvent et sur laquelle votre point de vue est attendu. Dans quelle mesure la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ? A-t-elle la capacité nécessaire pour jouer son rôle de puissance d'équilibre sur les diverses mers du globe où ses intérêts l'appellent ? L'an dernier, vous indiquiez qu'une marine de combat s'entretient et se renouvelle en permanence. À cet égard, le PLF pour 2022 porte témoignage du renouveau des capacités de la marine, puisqu'un certain nombre de livraisons de bâtiments, de frégates, de sous-marins et d'avions sont prévues. Je vous laisserai le soin d'en dresser la liste précise, car elle nous intéresse au premier chef. En outre, comment la marine parvient-elle à inscrire ces livraisons dans la mise en œuvre du plan Mercator ? Celui-ci, je le rappelle, est fondé sur trois axes d'action : une marine de combat, une marine en pointe, une marine de tous les talents.

Je souhaiterais également que vous reveniez sur un axe important de l'actualisation de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale, celui de la guerre des abysses. La maîtrise des espaces maritimes s'étend désormais aux grands fonds marins, où des puissances développent de nouvelles capacités, dont certaines sont inquiétantes pour nos communications, comme pour la dissuasion. Où en est la marine ? Est-elle en mesure de maîtriser les fonds marins, dont nous sommes très dépendants ? Je partage votre conviction, amiral : plus encore que pour les deux autres armées, la capacité d'action et d'influence de la marine demeure strictement dépendante de la disponibilité de chaque bâtiment. Pouvez-vous donc nous décrire la situation à cet égard en 2021, en commençant par le sous-marin Perle, ainsi que les perspectives ouvertes par le PLF pour 2022 ?

Enfin, pouvez-vous nous parler des hommes et des femmes qui font la force et la fierté de la marine ? L'an dernier, vous évoquiez la nécessité d'accroître leur force morale, car c'est elle qui, le jour venu, fait toujours la différence. Le patriotisme, l'esprit d'équipage, le courage physique, la curiosité intellectuelle et le refus de l'échec sont autant de vertus cardinales nécessaires dans la perspective de combats navals. Cette perspective n'est plus une hypothèse d'état-major, c'est ce à quoi la marine doit se préparer – vous l'affirmez régulièrement. Dans ce contexte, l'enjeu pour la marine est de continuer à être crédible sur l'ensemble du spectre de l'action de l'État en mer, y compris dans la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire. Vos ressources humaines permettent-elles d'envisager cela sereinement ?

Je souhaite, pour conclure cette dernière audition budgétaire de la législature, remercier nos deux rapporteurs pour avis, MM. Jacques Marilossian et Didier Le Gac. Ils ont été à la fois talentueux et porteurs de propositions concrètes ; ce sont des marins dans l'âme et dans le cœur.

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