Cette question est complexe. Je rappelle la définition que Louis Gallois a donnée de la souveraineté. La souveraineté n'est pas l'autarcie qui consiste à tout faire tout seul. La souveraineté consiste à faire suffisamment de choses suffisamment bien pour que personne n'ait envie de vous couper les vivres ou d'interrompre une chaîne d'approvisionnement ; c'est l'interdépendance. Notre niveau d'excellence doit nous permettre d'être dépendant de ceux qui sont également dépendants de nous.
Il convient également de ne pas s'arrêter au premier niveau de la dépendance. À titre d'exemple, il n'est pas souhaitable de fabriquer des voitures électriques dont l'intégralité des batteries provient de Chine, mais encore faut-il savoir les fabriquer en Europe à un coût compétitif et encore faut-il que la dépendance ne soit pas seulement décalée de quelques produits. Il convient donc de procéder à des analyses stratégiques, secteur par secteur.
Au-delà, il importe que nous soyons prêts à exercer notre souveraineté et à mettre en œuvre le pouvoir qui permet, lorsque notre indépendance et notre souveraineté sont menacées, d'actionner les leviers qui sont les nôtres.
Cette question est donc complexe parce que, si elle est centrale, il n'existe pas de réponse unique. La période actuelle nous a rappelé que l'univers industriel reste compétitif, concurrentiel et que les intérêts nationaux priment. C'est légitime.