Intervention de Christophe Delacourt

Réunion du jeudi 24 septembre 2020 à 9h00
Commission d'enquête pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse

Christophe Delacourt, président de la Société française de pédiatrie :

Un élément important dans votre question était la différence à attendre entre l'épisode d'automne et celui du printemps en pédiatrie. L'automne est une période épidémique normale pour les enfants, et la pression hospitalière liée à ces épidémies est habituellement très forte. Pour vous en donner une idée, les hospitalisations liées au covid-19, en nombre absolu chez les 0 à 14 ans, sont au nombre total de 1 190 à ce jour, tandis que la bronchiolite représente 20 000 à 25 000 hospitalisations d'enfants de moins d'un an chaque année. La grippe représente près de 3 500 hospitalisations par an pour les enfants de 0 à 4 ans. Si une pression très importante liée au covid-19 chez l'adulte devait se présenter aujourd'hui, la pédiatrie ne serait donc pas en mesure de participer à l'effort de santé car elle devrait faire face aux épidémies physiologiques de l'automne et de l'hiver. Il s'agit d'un enjeu très important, car il est peu probable que l'occurrence des bronchiolites diminue cette année. Les enfants – heureusement – ne sont pas masqués et vont se transmettre le virus respiratoire syncytial (VRS) comme les autres maladies.

Les hospitalisations liées à la grippe vont également survenir. Malgré un appel plus étendu cette année à la vaccination antigrippale, je doute que la couverture vaccinale soit excellente. Nous savons en outre que la vaccination antigrippale est moins efficace chez les nourrissons qu'elle ne l'est chez l'adulte.

Concernant la malnutrition, nous ne disposons pas de données dans les pays d'Europe occidentale, toutefois les rapports de l'Unicef sur l'impact du confinement et la malnutrition sont effrayants. Dans les pays en voie de développement, il est estimé que 10 000 morts pédiatriques sont liées à la malnutrition par défaut d'accès à l'alimentation en raison du confinement. Dans ces pays, davantage d'enfants vont donc mourir en raison de la malnutrition imposée par le confinement qu'en contractant le covid-19. Il est évident que dans les situations de misère sociale que connaissent les camps de migrants, des effets de malnutrition sont probables, mais nous manquons d'une évaluation de cette situation dans les pays dits développés comme l'Europe occidentale.

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