Intervention de Professeur Yazdan Yazdanpanah

Réunion du mercredi 17 février 2021 à 15h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Professeur Yazdan Yazdanpanah :

Effectivement, il ne faut pas noircir entièrement le tableau au sujet de la recherche française. Il faut également différencier la recherche et l'innovation. La nouvelle agence ANRS Maladies émergentes a réalisé une classification objective à partir des articles publiés. La recherche française se situe au cinquième rang mondial parmi les articles de très haut niveau. Le problème n'est donc pas forcément au niveau de la recherche. L'Inserm est la sixième institution mondiale en termes de recherche. L'AP-HP est huitième. Il faut dire que les institutions françaises sont présentes afin de contredire le bashing avec des arguments objectifs.

Cependant, des progrès sont certainement à réaliser sur l'innovation. Nous voyons que nous n'avons pas été bons sur ce point. La recherche ne constitue qu'une partie. Pour transformer la recherche dans le cadre de l'innovation, il faut beaucoup d'autres éléments. Nous sommes tous d'accord sur le fait que la recherche française doit mieux payer ses chercheurs et améliorer leurs conditions de travail.

Par ailleurs, il faut améliorer l'interaction entre la recherche, les biotechs et les industriels. Cet élément est extrêmement important et doit être porté. Un certain nombre d'institutions publiques telles que la Banque publique d'investissement essaient d'encourager la croissance des projets qui existent. Néanmoins, ces institutions doivent être davantage articulées avec les chercheurs et les instances de recherche. Un des problèmes que nous avions identifiés concerne la sélection des meilleurs produits. Il faut attirer les investisseurs vers la France. Le Président de la République a porté l'idée de la mise en place d'un BARDA à la française ou à l'européenne. L'Europe est une force extrêmement importante. Cependant, cette crise a montré que l'Europe n'était pas assez unie pour porter cette recherche.

Il faut être vigilants. Nous avons d'excellents chercheurs et une bonne recherche. Le problème concerne la partie innovation. La nouvelle agence ANRS souhaite faire de l'innovation et de la recherche fondamentale un de ses axes extrêmement forts dans l'avenir, avec l'ensemble des institutions.

L'interdisciplinarité et la biodiversité ont été évoquées dans les questions. La recherche a été trop souvent extrêmement cloisonnée, ce qui est dommageable. Notre classement montre qu'aux États-Unis, beaucoup plus de liens existent entre le fondamental, la clinique et la santé publique. Il me semble qu'il est extrêmement important d'améliorer cette interdisciplinarité. La nouvelle agence ANRS agira en ce sens. Le caractère multi‑institutionnel et multidisciplinaire était l'une des forces de l'ANRS travaillant sur le VIH, qui associait le citoyen et les associations. Il est également important d'impliquer le patient.

Dans le travail de coordination de la nouvelle agence ANRS, nous avons décidé d'inclure ce qu'on appelle « One Health », soit l'environnement et le monde vétérinaire. Les épidémies démarrent souvent avec des problèmes qui se posent au niveau de l'environnement et de l'animal et, ensuite, avec des sauts de barrières. Nous travaillons beaucoup sur ce sujet, de même que l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), pour créer un continuum de recherches qui me semble très important.

Nous avons effectivement essayé de mettre en place des plateformes de recherche au niveau des Antilles, en Guyane et à la Réunion. Il existe en effet des spécificités sur lesquelles nous travaillons.

La question de la dose d'hydroxychloroquine est un point très important, qui a été largement débattu. La posologie est souvent discutée. L'hydroxychloroquine est un traitement que nous connaissions et qui était prescrit dans un certain nombre de pathologies. Dès le départ, nous avions des interrogations sur la toxicité éventuelle de ce médicament, notamment au niveau cardiaque, dans une maladie virale provoquant un tropisme pour le cœur. Des données in vitro ont été publiées. Dans le cadre de Discovery, les pharmacologues travaillant sur le sujet ont publié un papier pour expliquer leur choix de posologie, en effet différent de la posologie utilisée à l'IHU de Marseille. Ce choix a été fait sur la base des courbes mettant en évidence la concentration d'hydroxychloroquine dans le sang une fois que vous l'absorbez, l'efficacité éventuelle in vitro et les taux pouvant conduire à une toxicité. Cette posologie repose sur un travail scientifique. Il ne faut pas utiliser la même dose pour le lupus que pour la Covid-19 car ces deux maladies sont différentes.

Nous avons travaillé avec la médecine générale pour être très vigilants concernant la dexaméthasone. Effectivement, plusieurs études montrent que ce traitement est efficace. Néanmoins, ce n'est pas le seul médicament dont l'efficacité a été montrée. Un essai AP-HP et le grand essai Recovery ont conclu que le Tocilizumab est efficace. Ce médicament a probablement un impact sur la mortalité quand il est utilisé au bon moment. Concernant la dexaméthasone, l'étude Recovery a montré que ce traitement doit être donné aux patients ayant besoin d'oxygène. Si ce médicament est donné à des patients n'ayant pas besoin d'oxygène, cela peut même être délétère. Avec le Collège des médecins généralistes enseignants, nous avons rédigé un communiqué à destination des médecins généralistes expliquant qu'il ne faut pas utiliser ce médicament chez un patient n'ayant pas besoin d'oxygène. La raison est que les corticoïdes luttent contre l'inflammation et peuvent être délétères s'ils sont administrés à un moment où le patient ne présente pas d'inflammation.

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