Vous nous avez demandé, madame Jourdan, ce que nous comptons faire pour modifier les regards et les représentations. C'est un travail de longue haleine, que nous avons entamé en 2016 en collaboration avec l'association More in common, dont la branche française s'appelle Destin commun. Elle est spécialisée dans l'analyse des phénomènes sociétaux et travaille en lien avec l'Institut français d'opinion publique (IFOP). Nous lui avons commandé une première étude sur les facteurs qui peuvent provoquer, au sein de la population catholique, des réactions de peur ou de rejet face aux étrangers. Leur méthode nouvelle et passionnante nous a permis de découvrir que deux petites parties de cette population ont des positions très arrêtées mais que la majorité des gens a finalement une position assez ambivalente : ils sont à la fois fidèles à des valeurs et à une envie d'entraide mais en même temps inquiets, pour des raisons qui peuvent être économiques ou liées à l'identité religieuse.
Nous menons actuellement une autre enquête au long cours, en partenariat avec le groupe SOS, Amnesty International et More in common, sur ce que l'on appelle les tensions ou les concurrences entre publics : nous analysons la manière dont des personnes en situation de précarité acceptent ou non ce vivre ensemble harmonieux. Et, là-dessus aussi, nous sommes en train d'apprendre énormément de choses. L'idée est de trouver, au-delà de la parole, des modes d'action qui permettent la rencontre et l'écoute réciproque. Nous n'avons pas de recette toute faite, surtout pas, mais nous nous sommes lancés dans un travail au long cours.