Intervention de Gabriel Serville

Réunion du mercredi 10 mars 2021 à 15h00
Commission d'enquête sur la lutte contre l'orpaillage illégal en guyane

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaGabriel Serville, rapporteur :

Général, je vous écoute très attentivement et j'ai l'impression que nous sommes face à une situation qui relève de l'impossible. Je m'interrogeais sur la possibilité de nous inspirer des actions menées par les Brésiliens. Selon un article de presse, 210 000 garimpeiros auraient été identifiés au Brésil, soit un ratio de 1 pour 1 000 habitants. La Guyane compte environ 300 000 habitants pour une population de garimpeiros estimée aux alentours de 10 000, voire de 15 000 individus selon certaines sources, soit un facteur entre le Brésil et la Guyane de 1 à 33. Ces chiffres permettent de mesurer l'ampleur de la catastrophe.

Face à ce constat, ne serait-il pas pertinent de se rapprocher des Brésiliens pour comprendre comment ils sont parvenus à endiguer significativement l'orpaillage sur leur territoire ? C'est d'ailleurs parce que le Brésil a mené une lutte sans merci contre les garimpeiros que certains d'entre eux ont trouvé refuge sur le territoire français où ils savent que la répression est moins forte et que le cadre législatif et réglementaire est moins sévère.

Par ailleurs, dans la continuité de la question soulevée par Séverine Gipson concernant l'activité de renseignement, je souhaiterais savoir si un travail porte sur l'identification et le démantèlement des têtes de réseau. Nous savons que les orpailleurs qui mènent leurs activités dans la forêt sont de petites gens chapeautées par des têtes de réseau qui s'apparentent à une véritable mafia. Disposons-nous de renseignements qui permettraient d'attaquer le mal à la racine ?

Vous avez souvent évoqué le caractère hostile de l'environnement guyanais. La stratégie mise en place dans le cadre des opérations Harpie est-elle adaptée ? Les gendarmes et militaires arrivent par hélicoptère, ce qui laisse le temps aux garimpeiros de se réfugier dans la nature sans que l'on puisse les retrouver. Ne serait-il pas pertinent d'envisager une stratégie différente et des tactiques adaptées à un environnement dont l'hostilité est connue de longue date ? Il ne s'agit en aucun cas de nier les efforts réalisés dans la lutte contre l'orpaillage que je serais le premier à reconnaître, mais de se demander si nos actions ne mériteraient pas d'être poussées plus loin.

Comment pourrait-on s'y prendre, selon vous, pour associer les populations locales ? Ces dernières demandent souvent à être associées aux opérations le long du Maroni et de l'Oyapock et de mettre à profit leur connaissance du territoire pour contribuer activement à la lutte des militaires contre les garimpeiros.

Enfin, ma dernière question porte sur le rôle joué par la Chine et le Sud-Est asiatique dans la filière d'approvisionnement de ces garimpeiros. Un ralentissement de l'activité d'orpaillage illégal a été constaté du côté de l'Oyapock parallèlement à une recrudescence du côté du Suriname en raison de l'influence des Chinois. Une réflexion devra être menée à l'échelle internationale afin d'envisager le levier d'action approprié. D'ailleurs, il serait opportun d'envisager qu'une partie des avoirs confisqués ne soient pas détruits, car les moteurs de pirogue pourraient être utiles aux populations vivant le long du fleuve.

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