Intervention de Vincent Blanchard

Réunion du mercredi 12 mai 2021 à 15h00
Commission d'enquête sur la lutte contre l'orpaillage illégal en guyane

Vincent Blanchard, géologue d'exploration – ingénieur géologue :

Nous avons établi un camp provisoire baptisé « Pedral espoir », aux limites de la concession de Saint-Elie, sur un ancien site clandestin, à quarante minutes en quad de la base vie de la mine de Saint-Elie, où je me ravitaillais régulièrement. À l'échelle de la Guyane, ces sites se confondent.

Le bourg de Saint-Elie se situe à une petite centaine de kilomètres à l'ouest de Cayenne. La base vie de la mine, propriété de la société des mines de Saint-Elie, se trouve à un kilomètre et demi au sud de la commune. Notre camp provisoire, aujourd'hui démantelé, à dix kilomètres au nord-ouest, se réduisait à un carbet et des sanitaires.

Ma campagne d'exploration a duré quatre mois, assez longtemps pour aménager une piste forestière, après une déclaration « loi sur l'eau », une autre auprès de l'ONF, et une déclaration d'ouverture de travaux miniers, obligatoire avant des excavations d'un volume inférieur à 20 000 mètres cubes. Ayant respecté les procédures, je ne voyais aucune raison à ce que les administrations locales ne soient pas informées de notre activité en forêt.

Les FAG sont intervenues à deux reprises dans le périmètre de notre zone de travaux. La première fois, une dizaine d'hommes sont arrivés au petit matin sur un sentier. La tranchée que nous ouvrions alors ne l'avait pas encore coupé. Ils nous ont demandé si nous avions repéré des clandestins. Nous leur avons simplement répondu que ceux-ci s'implantaient en général à l'ouest de notre mine, ne voulant pas trop nous impliquer pour éviter tout problème de sécurité.

À leur retour en fin d'après-midi, notre tranchée avait coupé le sentier. Loin de songer à nous demander par où la contourner, les légionnaires armés, chargés de 20 à 30 kg d'équipement chacun, et emmenés par un gendarme, ont sauté un à un au-dessus de la tranchée large de 3 à 4 mètres. Leur conduite m'a interloqué et m'a paru d'autant plus dangereuse qu'un simple détour de 30 mètres leur aurait permis de passer sans risque. Si l'un d'eux était tombé, à qui en aurait incombé la responsabilité ? Je n'ai certes pas songé à les arrêter, mais je ne me trouvais pas en position de donner des ordres à ces hommes, qu'encadrait un gradé.

Le récit de cet incident m'évoque le drame qui s'est déroulé en 2018 sur le site de Saint-Jean Petit Abounami, où trois légionnaires sont morts asphyxiés par des gaz dans une galerie clandestine. L'article de presse qui relatait l'accident m'a interpellé. Je devais alors rédiger une demande de PER dans la zone. Je me suis rappelé les prises de risque inutiles dont j'avais été le témoin. J'ai moi-même toujours refusé de pénétrer dans des galeries ou puits clandestins. Plus jeune, en tant que spéléologue, j'ai reçu de nombreuses mises en garde contre d'éventuelles libérations de gaz dans des galeries inconnues. Une campagne de désobstruction à l'aide de petites charges explosives dans une grotte naturelle de l'Hérault m'a fait mesurer les risques que présentent les gaz libérés à la suite d'explosions. L'accident relaté par la presse m'a amené à la conclusion que les légionnaires n'avaient pas reçu de formation adéquate. Il m'a par ailleurs remis en mémoire les risques pris par les légionnaires croisés à Pedral, alors qu'ils se trouvaient à une demi-heure d'hélicoptère du moindre service d'urgence.

J'insiste sur ces prises de risques inutiles, car j'estimerais dommage qu'à l'avenir des accidents dramatiques touchent d'autres membres des FAG insuffisamment formés à leur mission. Dans mon environnement professionnel chez Areva, la sécurité passait avant tout. Il doit en aller de même pour les FAG, qui n'interviennent pas en Guyane sur un champ de guerre, malgré le danger que présentent certains orpailleurs clandestins violents. La plupart des opérations des FAG n'ont pas à se dérouler dans l'urgence.

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