Intervention de Olivier Dauger

Réunion du mardi 21 mai 2019 à 18h30
Commission d'enquête sur l'impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l'acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique

Olivier Dauger, co-président de France Gaz Renouvelables :

Je vous remercie de nous permettre d'être auditionnés devant cette commission.

France gaz renouvelables est une toute jeune association, puisqu'elle n'a pas encore un an, qui regroupe l'ensemble de la filière biogaz, du gisement – donc de l'agriculture et des déchets – jusqu'aux réseaux. Notre volonté était de rendre cette nouvelle énergie claire et visible, et de faire en sorte que la filière travaille ensemble, étant entendu que tous les maillons de la filière étaient persuadés, et le sont toujours, de son intérêt tant pour le mix énergétique que pour les grands enjeux climatiques et environnementaux d'aujourd'hui. J'y reviendrai car c'est un élément important, spécifique à la filière biogaz et que nous cherchons à mettre en avant.

Je suis agriculteur. Je représente donc l'amont de la filière. Je suis également élu de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), en charge du dossier climat-énergie, président de la chambre régionale d'agriculture des Hauts-de-France et en charge du dossier climat-énergie pour l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) depuis quatre ans. Je suivais donc déjà le dossier climat-énergie avant les Accords de Paris. J'ai toujours vu la corrélation très forte entre la transition climatique et la transition énergétique, laquelle a d'ailleurs été décidée lors des Accords de Paris. Il est important de l'avoir en tête : on a décidé la transition énergétique aussi et surtout pour répondre à l'enjeu du climat. C'était même le premier objectif. D'où l'importance des externalités positives que j'évoquerai tout à l'heure. Il ne s'agit pas, pour le monde agricole du moins, de chercher uniquement un nouveau développement. Nous cherchons à résoudre un certain nombre de difficultés liées au climat, étant entendu que l'agriculture en est à la fois une victime, une cause et une solution, notamment dans l'utilisation des sols, dans le captage des gaz à effet de serre et dans la production d'une partie de l'énergie dans le mix, en particulier pour aider à la sortie du fossile.

Vous parliez d'un objectif de volume. Lors de la publication de la PPE cet hiver, nous avons été particulièrement déçus au regard de la loi de transition énergétique et du débat national qui s'était tenu quelque temps avant sur ce sujet. La PPE a finalement beaucoup reculé par rapport aux ambitions et aux enjeux de départ. Je rappelle que l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), lors du débat national, évoquait un potentiel de 30 % de gaz renouvelables méthanisation. On était ensuite arrivés à 20 %, puis à 10 %. Aujourd'hui, on parle certes de 6 %, 8 % ou 10 %, mais si l'on regarde bien la mise en œuvre et plus encore l'accompagnement financier, avec les tarifs actuels sur lesquels je reviendrai, on est plutôt à des niveaux de 3 %, 4 % ou 5 %, et on a du mal à lancer et développer la filière.

Nous avons pleinement conscience que la baisse des coûts est un objectif. La question n'est pas là. Simplement, nous estimons que pour pouvoir baisser les coûts, il faut que la filière ait démarré. C'est un peu l'histoire de la poule et l'œuf, pour utiliser cette image. Tant qu'une filière n'a pas démarré, elle ne peut pas créer de dynamique. La situation est compliquée pour toutes les filières amont de la filière et tous les concepteurs de matériel. Pour baisser les coûts, il faut arriver à un seuil critique. C'est d'ailleurs la demande de la profession : démarrons jusqu'aux 8 TWh de la loi de transition énergétique en 2023 pour commencer à baisser les prix.

J'en viens aux impacts environnementaux. Il est compliqué de parler d'énergie dans le monde actuel en essayant d'élargir le débat. Souvent, quand on parle de transition énergétique, on ne regarde que le coût du matériel ou de l'énergie.

La méthanisation est une énergie du territoire, la seule qui permet aussi de traiter les déchets, de capter plus de gaz effet de serre grâce à la couverture permanente des sols et de répondre à l'enjeu de l'engrais organique. Je n'invente rien concernant la captation des gaz à effet de serre. Ce sont les « 4 pour 1 000 » de M. Le Foll ou encore les « 4 pour 1 000 » de M. Mauguin, président-directeur général de l'Institut de recherche nationale agronomique (INRA), qui est particulièrement convaincu de l'intérêt d'intégrer la méthanisation dans les systèmes agricoles. En effet, plus vous augmentez la matière organique d'un sol, plus vous vous avez possibilité de capter le carbone et plus vous le faites si le système suit. C'est donc un élément important. Un autre élément important concerne les digestats et engrais organiques : vous apportez un engrais organique beaucoup plus simple à gérer qu'un effluent. Cela permet donc aussi de résoudre le problème environnemental. Si la Bretagne s'est orientée relativement rapidement vers la méthanisation, c'est d'abord pour gérer le dossier des effluents. Un effluent est très compliqué à gérer dans le sol dans la mesure où l'azote ne se libère pas toujours comme on le souhaiterait, tandis qu'un digestat permet, entre la phase solide et la phase liquide, d'adapter l'azote exactement aux besoins des plantes et d'éviter le lessivage de l'azote. C'est un avantage annexe, mais pas du tout neutre.

La méthanisation est aussi, bien sûr, une énergie renouvelable.

C'est une énergie stockable. C'est précisément là tout l'intérêt de la filière : aujourd'hui, nous avons à la fois le stockage et les réseaux. Il n'y a pas besoin de réseaux supplémentaires, ou très peu seulement, il n'y a pas besoin de stockage.

C'est une énergie non intermittente, qui peut donc être utilisée dans le mix énergétique. Il ne s'agit pas d'opposer le gaz à l'électricité, mais de l'utiliser en complément dans le mix énergétique et surtout pour appuyer la consommation d'énergie électrique, notamment dans les phases un peu compliquées de pic.

C'est une énergie qui permet, dans les territoires, d'apporter des solutions pour le transport de camions et, pourquoi pas, des bateaux. Ce faisant, elle permet de répondre assez rapidement au remplacement de l'énergie fossile, qui reste l'objectif premier.

La méthanisation, c'est aussi la préservation de la biodiversité. On ne le dit pas assez souvent, mais à partir du moment où l'on ajoute de nouvelles plantes qui serviront pour le méthaniseur mais qui sont immatures, donc pas alimentaires, cela permet un assolement plus long, donc une moindre utilisation de produits phytosanitaires.

Certes, tous ces éléments ne sont pas complètement chiffrés au départ. C'est la raison pour laquelle la filière travaille depuis cinq mois, à la demande du Gouvernement, avec un organisme pour effectuer un chiffrage de tous les apports de la méthanisation. Nous vous remettrons également ces chiffres, qui sont transparents.

Il faut aussi évoquer l'acceptabilité sociétale. Lorsqu'un dossier met 5 ans ou plus à sortir, cela nourrit un doute sur le terrain. Les voisins se demandent nécessairement pourquoi c'est si long. Par ailleurs, le manque de connaissance engendre aussi des réticences. On parle souvent des odeurs, mais un digestat n'a pas d'odeur contrairement à un effluent. Dans les quelques cas qui existent, la gestion des problèmes d'odeur est souvent liée au non-respect du protocole de la méthanisation. Lorsque le produit n'est pas fini, il continue à émettre un certain nombre d'odeurs. En outre, un vrai méthaniseur – je vous invite à en visiter quand vous voulez – est tout de même mieux qu'une éolienne dans la mesure il ne se voit pas au-delà de 500 mètres ou 1 kilomètre.

Un dernier élément est très important à mes yeux : nous nous inscrivons véritablement dans la transition telle qu'elle évolue dans les conférences des parties (COP), c'est-à-dire une transition vers les projets territoriaux, vers l'économie circulaire, vers l'emploi local non-délocalisable. C'est l'occasion d'avoir une filière franco-française non-délocalisable. C'est un besoin, dans nos territoires – c'est l'élu de terrain qui le dit. L'histoire des « gilets jaunes » ne vient pas de nulle part. Elle vient aussi du manque de dynamique, dans un certain nombre de régions et de terrains plutôt ruraux. En l'occurrence, cette transition permet aussi de créer des collectivités ou des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) qui peuvent devenir autonomes grâce à leurs déchets, à leur biomasse et à leurs effluents, et dans leur intérêt, avec des emplois locaux. Alors qu'on parle beaucoup de développement des territoires, c'est un véritable appui à ce développement.

J'ai brossé un panorama assez rapide, mais je pourrais en parler beaucoup plus longtemps. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

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