Intervention de Patrice Geoffron

Réunion du mardi 2 juillet 2019 à 18h30
Commission d'enquête sur l'impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l'acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique

Patrice Geoffron :

Elle est à la fois merveilleuse et tragique.

En tant qu'Européens, nous pourrons nous enorgueillir à la fin des temps d'avoir été la première zone, au milieu des années 2000, avant même la COP de Copenhague et alors que la question climatique n'avait pas le caractère suraigu d'aujourd'hui, à avoir déployé une vision de long terme. On peut vraiment considérer que cet objectif est fondé sur les valeurs européennes. Une fois que l'on a dit cela, on a dit à peu près tout ce qu'il est possible de dire de positif, me semble-t-il, sur cette démarche.

En effet, ces objectifs ont été déployés à l'européenne, c'est-à-dire dans le cadre d'une addition assez peu coordonnée de 27 ou 28 politiques, on ne sait plus très bien. Je suis économiste et pas ingénieur mais j'ai du mal à imaginer ce qu'il est possible de faire à partir d'une transition aussi peu coordonnée – on a pu nourrir l'espoir, sur un plan industriel, que le leader mondial des éoliennes serait une entreprise d'un tout petit pays, le Danemark, mais dès lors que la Chine est entrée en scène, nous avons vu ce qu'il en était de la puissance des économies d'échelle. Je crains donc que nous ne nous retrouvions dans une situation où, dès que les marchés des technologies bas carbone et de la transition émergeront, notre puissance ne soit assez limitée.

Ce qui s'est passé dans le secteur photovoltaïque pourrait se reproduire dans le domaine des batteries, des véhicules électriques, et je crains donc que les Européens ne se retrouvent entre le marteau et l'enclume, le marteau, pour faire simple, étant la Chine, qui mène une politique industrielle et dont la verticalité du système politique et des décisions est peut-être un atout dans ces circonstances, les États-Unis, quant à eux, même en sortant de l'Accord de Paris, disposant de mécanismes de marché et d'entreprises dynamiques – je pense aux puissants GAFA. En outre, une partie de la valeur qui sera créée dans cette transition procèdera des données. Dans ce domaine, les grandes entreprises américaines ne sont pas moins légitimes que les entreprises françaises.

Cette affaire me semble assez complexe et, parfois, désespérante, à moins de considérer – je m'efforcerai de faire suivre toute remarque préoccupante d'une raison d'espérer – que la valeur soit moins dans les éoliennes et les panneaux photovoltaïques, dans la capacité à les déployer massivement, que dans la capacité à les intégrer, notamment dans des environnements urbains denses.

Un élément de comparaison : Atlanta et Barcelone – que je privilégie à une ville française – sont comparables car l'une et l'autre peuplées de 5 millions d'habitants. Pour des raisons historiques liées à la géographie espagnole, le système de transport de Barcelone s'étend sur 160 km2 et celui d'Atlanta sur 4 200. En conséquence, chaque Barcelonais émet moins d'une tonne de CO2 par an dans les transports alors qu'à Atlanta, c'est à peu près dix fois plus.

Ces transformations comportent certes bien des enjeux économiques. Les villes de demain devront plus réussir à gérer la complexité, comme on le fait plutôt historiquement dans les villes européennes, que songer à s'étendre dans l'espace. Je ne sais pas très bien si nous réussirons à mettre en œuvre l'Accord de Paris mais étant entendu que, depuis 2006, plus d'un humain sur deux vit dans des villes, que selon l'ONU, vers 2050, ce sera 70 % et qu'en Europe, c'est déjà le cas pour 80 % ou 85 % de la population, c'est bien dans le périmètre des villes que se jouera son succès ou son échec.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.