Intervention de Frédérique Vidal

Réunion du mercredi 29 avril 2020 à 15h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation :

Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, mes pensées vont d'abord à toutes celles et à tous ceux qui, parmi vos collègues et vos collaborateurs, sont ou ont été atteints par le Covid-19.

Nous vivons une crise sans précédent, mais j'ai la conviction que c'est ensemble que nous parviendrons à vaincre le virus et à revenir à une vie normale. Et je remercie tous les députés qui ont partagé avec moi les remontées du terrain, qu'il s'agisse de projets de recherche en quête de financement, du signalement d'étudiants en difficulté ou de problèmes spécifiques à telle formation ou tel territoire. C'est un apport indispensable pour mon action de ministre et c'est de cette manière que nous pourrons travailler efficacement au service de nos chercheurs, de nos enseignants-chercheurs, de nos personnels et surtout de nos étudiants.

Surmonter cette crise est, plus qu'une responsabilité, un impératif qui nous oblige tous. La communauté de l'enseignement supérieur et de la recherche s'est pleinement mobilisée, sous l'égide de mon ministère, dans trois directions principales : soutenir la recherche, plus que jamais en première ligne, dans toutes ses dimensions et toutes ses composantes, garantir la continuité du service public de l'enseignement supérieur, protéger et accompagner nos étudiants sur le plan pédagogique, comme sur le plan sanitaire et social.

Dans la guerre que le Gouvernement mène contre le virus, notre recherche est montée au front dès le mois de janvier et les efforts de nos chercheurs ne cessent de gagner en intensité. La France est une grande nation scientifique, avec une tradition d'excellence dans les domaines de la virologie et de l'infectiologie mondialement reconnue. Ceux de nos chercheurs qui travaillent sur le Covid-19 ont été formés par ceux-là mêmes qui ont identifié le HIV et ils ont déjà travaillé sur le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), le MERS (Middle East respiratory syndrome), le virus Zika ou le chikungunya.

Il y a encore quelques mois, nous ne savions rien du virus SARS-Cov-2. Le 24 janvier, le ministère des solidarités et de la santé confirmait les trois premiers cas de patients touchés. Dès le 29 janvier, l'Institut Pasteur, en charge de la surveillance des virus respiratoires en France, avait séquencé intégralement le génome de ce nouveau coronavirus, ce qui était une première en Europe. Aujourd'hui, partout en France, plus d'une centaine d'équipes de recherche étudient l'histoire naturelle et les modes de transmission de ce virus et tentent d'identifier ses faiblesses, particulièrement au sein du réseau REACTING (REsearch and ACTion targeting emerging infectious diseases), piloté par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (AVIESAN). Ce consortium multidisciplinaire réunissant des équipes et des laboratoires d'excellence est notre bras armé contre le virus : créé lors des premières épidémies à risque pandémique, en 2013, il prépare et coordonne la recherche pour faire face à des crises sanitaires liées aux maladies infectieuses émergentes.

Dès le mois de février, une vingtaine de projets de recherche sélectionnés par REACTING ont pu être lancés. D'emblée, nous avons mobilisé 8 millions d'euros à cette fin, auxquels se sont ajoutés 50 millions pour financer tous les projets susceptibles de mettre fin à cette crise sanitaire. REACTING travaille en étroite collaboration avec l'ensemble des équipes mobilisées au sein de l'Union européenne. L'Europe a d'ailleurs joué son rôle, en mettant 90 millions à la disposition des chercheurs dès la fin du mois de mars.

Les travaux en cours sont très variés : s'ils visent avant tout à trouver un traitement contre le Covid-19, ils visent aussi à aider les pouvoirs publics à prendre des décisions. D'une manière générale, toutes les disciplines scientifiques sont concernées. Plusieurs des projets menés dans le cadre de REACTING ont vocation à étudier et comprendre le virus qui provoque le Covid-19, ses modes de transmission de l'animal vers l'homme et au sein de la population. D'autres équipes, en sciences sociales, travaillent sur la diffusion territoriale du virus ou sur la propagation des fausses informations, dont les conséquences sanitaires peuvent être lourdes. Mais l'implication de la recherche s'étend bien au-delà : les mathématiciens sont mobilisés pour modéliser l'épidémie, les informaticiens travaillent au projet StopCovid, piloté par l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA), les économistes à la modélisation des sorties de crise, les chercheurs en sciences environnementales cherchent à comprendre l'impact de la modification des écosystèmes sur les zoonoses…

Pour ce qui est des traitements, trouver une nouvelle molécule prend nécessairement du temps. C'est pourquoi les chercheurs ont principalement travaillé, dans un premier temps, à réorienter des médicaments existants, c'est-à-dire les tester selon des procédures rigoureuses, pour vérifier leur potentielle efficacité contre ce virus. C'est dans ce cadre que s'inscrit le premier essai clinique européen, Discovery, dans lequel nous testons différents produits ; parallèlement, d'autres laboratoires travaillent, soit in vitro, soit in silico, à la recherche de nouvelles molécules.

Nous avons appris que les formes les plus graves de Covid-19 entraînent des réactions immunitaires très fortes, comme l'effet « poumon blanc ». L'essai clinique CORIMUNO-19, qui vise à mettre au point un médicament immunomodulateur, commence à donner des résultats : l'usage du tocilizumab réduit le risque, pour un patient atteint, d'être placé sous ventilation ou de succomber. S'agissant de Discovery, la première analyse intermédiaire menée sur 128 patients pendant quinze jours a été présentée le 20 avril et a conclu que l'étude pouvait se poursuivre. Au total, 38 essais cliniques sont en cours en France. Tout l'enjeu est de permettre aux soignants de trouver la meilleure stratégie thérapeutique, sur la base d'un éclairage scientifique le moins contestable possible. Il y a des protocoles internationaux à respecter, des consensus scientifiques à établir : tout cela prend du temps, mais soyez assurés que nos chercheurs y consacrent toute leur énergie : les résultats et les connaissances accumulés en quelques semaines en témoignent.

Les scientifiques contribuent également, à la demande du Gouvernement, à éclairer la décision publique. Un comité scientifique a été installé, présidé par le professeur Jean‑François Delfraissy, ainsi qu'un comité d'experts, le CARE (comité analyse, recherche et expertise), présidé par la professeure Françoise Barré-Sinoussi, en lien avec la cellule de crise, pour éclairer le Gouvernement, à la fois sur les projets de recherche et sur les développements technologiques susceptibles de nous aider à surmonter la crise.

Le monde de la recherche est également engagé dans la course mondiale au vaccin, qu'il s'agisse de l'Institut Pasteur, des laboratoires de l'INSERM, des autres laboratoires en sciences de la vie et de la santé ou des nombreuses entreprises du secteur des biotechnologies. Nous espérons obtenir un vaccin en essai de phase 1 dans les prochains mois pour un développement à l'horizon du premier trimestre de 2021. C'est un élément essentiel, à la fois pour notre souveraineté sanitaire et pour que la France contribue à juguler la diffusion du virus partout dans le monde, notamment dans les continents africain et sud-américain.

Cette crise sanitaire montre combien il est nécessaire de renforcer les liens entre la science et la société et d'avoir une politique ambitieuse en matière de recherche scientifique. C'est pourquoi le Président de la République a annoncé, le 19 mars, un effort budgétaire de 25 milliards pour la recherche sur les dix prochaines années. Cette trajectoire nous permettra de consolider la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (MIRES) et de la faire passer de 15 à 20 milliards d'euros en crédits de paiement.

Sur le présent quinquennat, le projet de loi de finances pour 2021 inscrira 400 millions supplémentaires, puis 400 millions l'année suivante, soit 800 millions sur deux ans. À titre de comparaison, durant une période récente, le programme 172 avait été abondé de 50 millions sur cinq ans… S'il importe de soutenir les équipes qui travaillent directement ou indirectement sur le Covid-19, il ne faut pas que la recherche s'arrête dans d'autres domaines : personne ne peut prédire de quelles connaissances nous aurons besoin dans les années à venir.

Je tiens à rendre hommage aux personnels de la Direction générale de la recherche et de l'innovation et à son directeur pour leur travail de veille et de coordination, ainsi qu'à nos chercheurs et personnels de laboratoire et à l'ensemble des personnels administratifs essentiels à la recherche, à toutes celles et tous ceux qui, sans compter leurs heures et leurs efforts, travaillent pour nous fournir les armes qui nous permettront de vaincre ce virus. Parce que leur engagement est total, ils bénéficieront de la prime exceptionnelle prévue dans le projet de loi de finances rectificative.

Ma deuxième responsabilité, en tant que ministre, est de veiller à la continuité du service public de l'enseignement supérieur. Dès le 13 février, nous avons travaillé avec les conférences d'établissement, les représentants des personnels et les organisations étudiantes pour permettre aux étudiants de poursuivre leur formation à distance. Pour l'essentiel, les établissements ont mobilisé leur environnement numérique de travail afin que les enseignants restent en mesure de poursuivre leurs cours, d'envoyer du contenu par écrit et de préserver le lien, essentiel, avec leurs étudiants, parfois à un rythme soutenu. Nous avons également mis à leur disposition la plateforme Fun MOOC, où enseignants et étudiants peuvent trouver des contenus utiles, et qui peut héberger des cours en ligne. Un intense travail a été mené par la Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle pour accompagner les établissements et leur apporter des réponses en temps réel. Je tiens à l'en remercier, ainsi que tous les enseignants, enseignants-chercheurs et personnels en charge de l'innovation pédagogique et des environnements numériques.

De nombreux enseignements pourront être tirés de cette crise pour améliorer encore l'accès de tous les étudiants aux formations. Les équipes de gouvernance ont su se mobiliser de façon exemplaire ; les remontées des conférences d'établissements indiquent que la bascule du présentiel vers le distanciel s'est, dans son ensemble, bien déroulée. Parce que les étudiants ne doivent pas être pénalisés par la crise, nous tâchons, avec les universités et les écoles, de maintenir les grandes articulations du calendrier universitaire. À cette fin, vous avez, dans la loi d'urgence, habilité le Gouvernement à prendre par ordonnance des mesures, notamment pour permettre aux universités et aux écoles de changer leurs modalités de contrôle des connaissances, grâce à un assouplissement du cadre procédural, et de proposer des examens en ligne ou en contrôle continu. Les notes de stage pourront également être neutralisées ou reportées sur le prochain semestre.

De nombreux députés m'ont interpellée sur les questions liées aux examens nationaux, aux concours et au calendrier de Parcoursup. Ce dernier a été maintenu pour éviter toute confusion supplémentaire. Le 2 avril, nous avons clos la phase de finalisation des vœux. Les résultats sont satisfaisants, puisqu'un peu plus de 90 % d'entre eux ont été validés par les candidats dont le nombre est en augmentation – contre 88 % l'an dernier. Si le confinement semble ne pas avoir eu d'effet majeur sur la procédure, j'ai demandé aux équipes du ministère en charge de Parcoursup de traiter avec beaucoup de bienveillance les dossiers qui n'auraient pas pu être validés à la date prévue, soit qu'ils résidaient en zone blanche, soit qu'ils étaient dépourvus d'outil informatique : nous avons contacté les candidats de façon à saisir leurs vœux.

S'agissant des concours post‑bac, j'ai décidé, dans les tout premiers jours du confinement, en concertation avec les conférences d'établissements, de les transformer en examens sur dossier. Les équipes dans les écoles et les universités savent examiner les vœux sur dossier et peuvent réunir les commissions à distance. Le calendrier de préparation de la prochaine rentrée sera tenu. Une nouvelle fois, je remercie toutes les personnes qui, jour après jour, nous l'ont permis.

Concernant les concours post‑classes préparatoires aux grandes écoles et ceux organisés par les formations en santé, qui nécessitent de passer des épreuves écrites, nous avons travaillé à un report. J'ai confié à Caroline Pascal, la doyenne de notre inspection générale, la présidence d'un comité de pilotage interministériel, pour réorganiser le calendrier et les modalités d'organisation de ces concours aux mois de juin et de juillet. Je remercie tous ceux, notamment à la direction générale de l'enseignement supérieur, qui ont participé à ce travail particulièrement compliqué et je salue l'esprit de coopération qui a présidé aux échanges. Un nouveau calendrier a été mis en ligne sur le site du ministère. Les établissements travaillent depuis lors à notifier aux candidats les nouvelles modalités d'organisation, pour garantir le calendrier de la rentrée universitaire.

S'il était indispensable de nous donner les moyens de lutter contre le virus et de préserver la continuité des formations, il était aussi fondamental de protéger les étudiants. Les accompagner sur le plan sanitaire et social a été le troisième chantier prioritaire mis en œuvre par mon ministère. Le 12 mars, le Président de la République a annoncé la fermeture au public des établissements d'enseignement supérieur ; dès le 13 mars, nous avons invité les étudiants qui le pouvaient à regagner leur domicile familial. Néanmoins, plus de 62 000 ont dû rester confinés au sein de leurs résidences. Pour faire face à cette situation, notamment sur le plan sanitaire, j'ai pris sans délai un décret permettant aux services de santé des universités, en lien avec les CROUS, les rectorats, les agences régionales de santé et les centres de santé de proximité, d'assurer le suivi sanitaire des étudiants en résidence, afin de les informer et d'identifier ceux d'entre eux qui seraient atteints par le virus ou qui rencontreraient d'autres problèmes de santé. Nous avons aussi mobilisé les organisations étudiantes et les étudiants en médecine. Une attention particulière a été apportée à la prévention des risques psychosociaux.

À ce jour, quelques centaines de cas de Covid‑19 ont été recensés chez les étudiants. Néanmoins, aucune résidence étudiante n'est devenue un cluster, grâce à leur civisme, au respect des gestes barrières et du confinement, ainsi qu'à l'engagement des personnels des CROUS, des services de santé universitaires et des bénévoles associatifs, que je remercie chaleureusement. Ils bénéficieront, eux aussi, bien évidemment, d'une reconnaissance financière sous forme de prime de la part du Gouvernement.

Sur le plan social, des mesures ont été prises pour accompagner les étudiants. Les étudiants salariés dont l'activité est suspendue peuvent bénéficier du chômage partiel ; les autoentrepreneurs sont éligibles au dispositif de soutien du ministère de l'économie et des finances. Pour les attachés temporaires d'enseignement et de recherche, qui sont souvent des doctorants, au nombre de 20 000, les contrats et les paies ont été maintenus. Les bourses sur critères sociaux l'ont également été. Nous avons décidé de prolonger les contrats doctoraux et post‑doctoraux, ainsi que leurs financements, pour que les futurs docteurs puissent mener à bien leurs travaux, contribuer à notre recherche et obtenir leur diplôme.

Avec les conférences d'établissements, nous avons décidé d'utiliser le produit de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) à destination des étudiants en difficulté, qu'ils soient boursiers ou non. Cela représente une première tranche de 80 millions d'euros, qui pourra être abondée. Que ce soit par la distribution de bons d'achat électroniques ou par des aides financières directes, mon engagement est de permettre à tous les étudiants qui en ont besoin de trouver un appui pendant la crise. Aussi avons-nous également déplafonné la part du fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE) pouvant financer les aides sociales et redéployé 10 millions d'euros à destination des aides d'urgence opérées par les CROUS, ouvertes aux étudiants qui ont perdu leur gratification de stage ou qui ne sont pas concernés par le chômage partiel. Nous tâchons de travailler sur le périmètre le plus large possible avec les établissements, puisque notre objectif est clair : aucun étudiant ne doit être laissé de côté.

Le dispositif est opérationnel depuis deux semaines. Selon les premiers chiffres, les établissements distribuent près de 4 millions d'euros d'aides par semaine, majoritairement sous forme d'aides alimentaires. Le réseau des œuvres universitaires est tout autant mobilisé. S'agissant des aides d'urgence, pour la seule semaine du 20 au 26 avril, plus de 3 300 aides ont été versées. Près de 50 % d'entre elles visaient des besoins alimentaires. La demande d'aides pour les loyers est le second poste des demandes ; elle représente 40 % des versements. Au-delà des aides d'urgence, les CROUS sont également mobilisés par le biais d'autres dispositifs, notamment en distribuant des cartes d'achat au bénéfice d'un peu plus de 6 000 étudiants.

Enfin, les actions solidaires se multiplient, à l'initiative notamment des épiceries sociales et solidaires dans les universités. Je tiens à saluer cette formidable mobilisation des associations et l'esprit d'entraide qui président en cette époque troublée, et je remercie tous les étudiants des formations médicales et paramédicales qui se sont retrouvés plongés au cœur des dispositifs. Parfois, les crises révèlent le meilleur de notre humanité. Conformément à l'engagement pris par le Président de la République le 13 avril, nous travaillons à une aide exceptionnelle, que je vous présenterai bientôt, pour répondre aux besoins de certains publics spécifiques, comme les étudiants ultramarins.

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